Lacets rouges et vernis noir

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dimanche 19 juillet 2015

Violence des échanges en milieu militant

Tant que j'en suis à parler de ce qui se passe sur les réseaux sociaux... (promis, après j'arrête).

Un certain nombre de textes sont sortis récemment pour parler de la violence dans les milieux « militants » sur Internet. J'en oublie sans doute un certain nombre, mais parmi ceux dont je me souviens, il y a eu :

Signalons aussi le texte Féminisme et terrorisme, sur Suck My Glock!, qui s'amuse à reprendre des morceaux de la brochure de Léon Trotsky (et de sa préface), Terrorisme et communisme, avec un résultat assez... frontal :

Ivresse sanguinaire ! s'écrient tous les philistins. C'est exactement le contraire. Plus la révolution féministe se montrera décidée, hardie, impitoyable avec l'ennemi, plus sa victoire sera rapide, et donc moins sanglante, moins coûteuse en vies humaines pour les femmes. Voilà comment raisonnent des féministes : en matérialistes implacables, et non en pleurnicheuses ou pusillanimes petites bourgeoises. Hésiter, tergiverser, vouloir fixer des codes de conduite, vouloir éviter l'affrontement inévitable, apporter la moindre restriction à la marche implacable de la révolution féministe, c'est l'affaiblir; ce n'est pas épargner des vies humaines, c'est préparer, dans le meilleur des cas, des bains de sang supplémentaires, c'est, dans le pire, préparer des désastres.

Cela dit, c'est des autres textes dont je vais parler. Il y a des choses pas inintéressantes là-dedans, et qui méritent d'être discutées, et aussi des choses qui sont, disont, moins intelligentes. Je vais commencer par celles-ci, en prenant surtout en exemple des extraits du texte sur Piment du chaos, car étant le seul texte de la liste (à ma connaissance) écrit par un homme, c'est sans suprise celui qui dit le plus de bêtises sur le féminisme.

Pour en finir avec ce piment du chaos

La première chose assez surprenante dans ce texte, c'est qu'il nous explique que dans le milieu des « miiltants SJW » (dont je ne sais pas, au juste, ce qu'il est censé désigner exactement), grosso-modo les rapports d'oppression sont à peu près inversés :

Là ou dans la société mainstream, on est avantagé si on est un homme blanc cis hétérosexuel riche (etc), dans le milieu militant on va privilégier les opprimés, c’est à dire ceux qui n’ont pas ces privilèges.

Mais qu'est-ce exactement qu'être privilégié selon ses critères ? Le paragraphe précédent nous donne un indice :

Si vous êtes mince, par exemple, il faut chercher longtemps avant de trouver une subculture dans laquelle cela ne vous avantage pas, bien que cela finisse toujours par se trouver.

Ce qui est notable dans cette citation, c'est l'adresse du lien sur lequel pointe la fin de la phrase : la page wikipédia « Fat fetishism ». On sera ravie d'apprendre que pour ce gars, avoir des mecs qui nous fétichisent, ce n'est pas juste des porcs dégueulasses, mais qu'on a une situation qui nous avantage en tant que grosse. Facile, alors, de voir des espaces où les femmes sont effectivement avantagées par rapport aux hommes : pas besoin d'aller chez les « SJW », dans la société patriarcale, les femmes ont des entrées gratuites dans les boîtes de nuit, et les hommes expriment tous leurs fantasmes dessus ! Serait-ce donc que les femmes sont avantagées ?

Bref, pour contredire cette prose qui flirte avec le masculinisme : non, même dans les milieux féministes il n'y a pas franchement inversion des rapports d'oppression ; on continue à y subir des effets de notre société patriarcale et raciste, à vouloir lécher le cul des mecs, à trasher les meufs trop féminines, à stigmatiser les femmes trans et racisées, etc. Il y a sans doute des choses qui s'expriment différemment, qui vont peut-être plus prendre la forme d'exotisation ou de fétichisation, mais ça n'est pas pour ça que les opprimées deviennent subitement les dominantes.

Une autre divergence politique profonde que j'ai avec l'auteur de cet article, c'est sa vision libérale du militantisme :

J’ai le sentiment d’en avoir retiré tout ce qu’il y avait à en retirer, qu’y rester plus longtemps sera maintenant contre-productif pour mon évolution personnelle et ma production écrite.

On voit là le symptôme d'une approche finalement limite « carrièriste » du militantisme. Il ne s'agit pas de lutter pour changer le monde, mais d'en retirer tout ce qu'on a à y retirer, de supprimer toute notion de lutte pour parler d'« évolution personnelle ».

Ce n'est malheureusement pas le seul texte à avoir cette approche, et c'est pour ça qu'à plusieurs reprises j'ai placé le mot « militant » entre guillemets, puisque selon les personnes qui l'emploient, il ne s'agit pas forcément de s'organiser pour lutter, mais d'une forme alternative de développement personnel.

Dans la suite du texte, cependant, j'essaierai de surtout parler des conséquences de la « violence » sur les réseaux sociaux « militants » en terme d'organisation des opprimé·e·s pour leur lutte, et pas en but de permettre le développement personnel d'untel ou d'unetelle. Pour être claire : je ne pense pas que le militantisme ait pour but de devenir « une meilleur personne », d'avoir une vie plus heureuse, de favoriser son développement personnel ou d'ouvrir ses chakras. Ça peut, éventuellement, parfois en être une conséquence (pour les premiers points, en tout cas), mais cela n'a rien d'évident : s'engager dans une lutte, et notamment dans la lutte féministe, cela peut avoir un coût, parfois lourd (cf cet article sur Comment peut-on être féministeFéministe, le prix à payer). Ne voir le militantisme que sous l'angle de ce qu'on peut en retirer, c'est, comme le dirait Trotsky, avoir une approche de pusillanime petit-bourgeois.

 De la violence en milieu militant

Ceci étant dit, passons maintenant aux choses plus intelligentes qu'on peut trouver dans les textes que j'ai mis en lien au début, et notamment les critiques faites à une forme de militantisme par Internet, que je ne saurais pas forcément qualifier en terme de courants, mais qui me semble beaucoup inspiré par les mouvements anglo-saxons, pas mal développée via Internet et notamment des Tumblr et Twitter. Si j'essaie de synthétiser, j'y vois les critiques suivantes :

1) Le fait qu'il faille être « parfait·e » dès qu'on débarque, et qu'on ait pas droit à l'erreur

En gros, on peut vite se faire tomber dessus sans ménagement quand on débarque et qu'on dit une bourde ; et ça peut être gardé en mémoire fort longtemps par la suite.

2) La logique de « positionnement située » poussée à l'extrême et parfois à l'absurde

Où en gros on est « légitime » à parler si on est « concernée » par une oppression, à tel point qu'on va parfois demander à des gens de s'outer, ou les outer malgré elles, ou présupposer qu'elles sont cis/blanches/... alors qu'elles ne le sont pas.

3) De même pour la logique de « la colère des opprimé·e·s est légitime » qui en vient à justifier des abus

C'est un point sur lequel je reviendrai, parce qu'il me semble qu'il y a deux choses qui sont mélangées, alors qu'elles sont assez distinctes :

  • le fait d'être super agressi·f·ve, et d'être beaucoup à l'être, envers quelqu'un·e pour quelque chose qui n'est « pas si grave » ;
  • le fait d'utiliser de mécanismes oppressifs dans cette colère ;

4) Le fait de n'attaquer la question de la légitimité de la colère que sous l'angle personnel et pas collectif

L'expression de la colère peut faire du bien à la personne qui l'exprime, mais elle peut être contre-productive pour d'autres personnes de sa classe et plutôt faire flipper d'autres gens.

5) Le manque d'empathie sur Internet, où on a tendance à oublier que la personne qu'on a en face de nous n'est pas que virtuelle

6) Le fait que parfois c'est les alliés qui gueulent, sans considération sur le fait de savoir si ça fait vraiment du bien aux victimes de l'oppression/agression qu'ils dénoncent

Je ne vais pas revenir sur tous ces points. Je suis assez d'accord avec le second, mais il me semble qu'il faudrait plutôt un article spécial là-dessus (en attendant, je trouve celui-ci intéressant, quoique ne parlant pas exactement de cette situation : Situez-vous qu'ils disaient, sur Skinny Fat Grrl). De même, je suis d'accord avec le 6, qui me paraît un problème récurrent (pas que sur Internet) ; mon article précédent parle d'un exemple qui est une bonne illustration des soucis que ça peut poser. Le point 5 ne me paraît pas très intéressant à aborder sous cet angle (ce qui ne veut pas dire que c'est forcément faux en soi), mais je parlerai un peu des spécifités de la communication sur les réseaux sociaux dans différents points. Des six critiques que j'ai listées, je m'attarderai donc surtout sur la 1, 3 et 4 (désolée pour cet usage de chiffres, mais je n'ai pas envie de recopier la critique à chaque fois).

L'injonction à la perfection, et l'exclusion de gens qui n'ont pas les codes

Il me semble que ces critiques (qu'on retrouve, sous une forme ou une autre, dans plusieurs textes) parlent surtout du fait que lorsqu'on débarque dans ces milieux (et pour le coup pas que les mystérieux « SJW », mais tous les milieux militants) ça peut être compliqué si on n'a pas les codes, si on ne maîtrise pas tout le vocabulaire, si on n'a pas lu Marx Tumblr, et que si on dit une connerie ça peut nous être reproché pendant très longtemps.

Globalement, je suis assez d'accord.

Sur l'accessibilité : oui, il faut qu'on se calme un peu sur les textes super compliqués, le vocabulaire hyper ciblé, le militantisme réservé aux gens qui ont fait siences po. Clairement. Je pense que c'est vrai à peu près partout, avec des spécificités différentes (connaître les différents mots en splaining d'un côté, avoir lu l'intégrale de Marx ou Bakounine de l'autre). Il me semble aussi qu'il y a la question de la formation à aborder, c'est-à-dire comment faire en sorte que quelqu'un·e qui débarque puisse avoir accès, petit à petit, à ces différents savoirs. Là-dessus, Internet pourrait être génial (il y a tout qui est accessible, avec des formats différents : si lire des bouquins te gave, tu peux voir des vidéos, etc.) mais donne actuellement des trucs pas terribles, parce qu'en gros on laisse les gens se démerder à trouver ce qu'ils peuvent/veulent, sans structure, sans hiérarchie (la hiérarchie c'est mal), et du coup tu te retrouves avec des gens qui ont l'impression de tout avoir compris mais qui n'ont pas vu les bases (en dehors du fait que je pense qu'il y a des désaccords assez importants sur ce qui constitue les bases).

Sur le droit à l'erreur : oui aussi, quelqu'un qui débarque doit pouvoir avoir le droit qu'on lui dise « là t'as dit une connerie » sans qu'on lui ressorte forcément dans dix ans. Là dessus, il me semble que l'usage qu'on fait sur les réseaux sociaux n'aide clairement pas. Traditionnellement, dans un groupe militant il y a un peu deux espaces : l'espace interne, où tu peux dire des connerie sans (trop) de jugement, et où ça reste en interne, les gens en dehors n'ont pas à savoir que t'as dit ça ; et un espace public où vaut mieux éviter de dire de la merde, parce que t'impliques ton groupe, et donc si tu connais pas un truc il vaut mieux la boucler et demander après à tes camarades. Sur un truc comme Twitter, y'a pas trop ça, en partie parce qu'il n'y a pas vraiment de « groupes » constitués (éventuellement des regroupements d'individus, mais c'est pas tout à fait pareil), et surtout parce qu'il n'y a pas vraiment de séparation entre discussion interne et publique. Et du coup si tu débarques et que tu dis de la grosse merde en public, tu risques de prendre un peu plus cher que si ça avait été dans un groupe plus restreint. Par ailleurs, sur Internet c'est par écrit, les choses ont tendance à rester, et dix ans après on peut encore tomber sur la merde que t'as dite quand t'as débarqué, alors qu'à l'oral il y a des chances que les gens oublient assez vite.

Je mettrai quand même un gros bémol par rapport au point « droit à l'erreur » : il y a « erreur » et « erreur ». Personne ne t'en voudra dans un groupe anarchiste si avant de militer tu votais PS. Par contre si avant t'étais chez les Identitaires, c'est pas exactement la même chose. Ce qui veut pas dire qu'il y a pas de changement possible, etc., mais il est compréhensible que des gens mettent plus de temps avant de te faire confiance. De même, si avant d'être initiée au féminisme tu pensais que, quand même, les féministes exagéraient, c'est pas la même chose que si t'étais un mec pick up artist.

Par ailleurs, mais ça c'est peut-être mon côté vieille conne, autant je pense que je peux pardonner à des gens qui ont dit de la merde quand c'est pas très grave, autant je pense aussi que quand tu débarques sur un truc, avoir un peu d'humilité ça peut être une bonne approche. Et commencer par te former avant de dire n'importe quoi sur n'importe quoi, ça me paraît pas idiot, dans le monde physique comme sur Internet.

La logique de « la colère des opprimé·e·s est légitime », poussée à l'extrême, en vient à justifier des abus

Comme je le disais, dans cette critique il me semble qu'il y a deux choses qui sont mélangées, alors qu'elles sont assez distinctes :

  • le fait d'être super agressi·f·ve, et d'être beaucoup à l'être, envers quelqu'un·e pour quelque chose qui n'est « pas si grave » ;
  • le fait d'utiliser de mécanismes oppressifs dans cette colère.

Le deuxième point, clairement, ne me paraît pas faire l'objet de beaucoup de discussion : non, c'est pas bien. Si on te dit un truc raciste, répondre par un truc homophobe, c'est pas cool. Ça veut pas forcément dire que la personne est forcément la pire des merdes (je pense que le droit à l'erreur ça s'applique aussi quand tu t'énerves, et des fois quand t'es agressée le truc qui te sort spontanément c'est pas le plus intelligent mais c'est quand même dans une situation particulière), mais c'est pas pour autant que c'est bien. Donc : utiliser des mécanismes oppressifs, même pour se défendre : pas bien.

Le premier point, par contre, me paraît moins évident, parce que c'est aussi lié à ce qu'on qualifie de violence ou pas, et que dans l'absolu faire un texte argumenté et relativement « poli » (comme j'espère que je fais là) c'est pas forcément moins violent pour les gens visés que de leur dire d'aller se pendre. Ce qui me gêne aussi dans un certain nombre d'articles c'est d'utiliser des mots comme « harcèlement » pour parler non pas de violence d'un groupe dominant sur un groupe dominé mais aussi de la réaction de personnes opprimées face à un dominant. Je suis pas persuadée qu'on puisse dissocier cette notion des raports de pouvoir. Oui, ça un sens de dire que les femmes sont victimes de harcèlement de rue de la part des hommes. Ça n'en en aurait pas des masses de dire que les nazis qui sortent avec un tee-shirt muni d'une croix gammée sont victimes de harcèlement de rue à cause de ça. (Et voilà, j'ai atteint le point Godwin.)

Par ailleurs, je pense que là dessus il y a une vraie spécificité des réseaux sociaux (ça n'empêche pas que la question « est-ce qu'il fallait que des féministes soient aussi violentes envers un mec qui est certes un machiste, mais qui est notre camarade » d'être posée régulièrement dans le monde physique), à la fois liée au mélange public/privé qui peut entraîner des trucs compliqués, mais aussi aux usages « acceptables » qui ne sont pas forcément les mêmes pour tout le monde. Par exemple, un certain nombre de choses qui sont l'usage « normal » de (ou en tout cas, prévu par) Twitter, comme remonter tous les tweets qu'un profil a dit, ou faire une liste où on peut lire différentes personnes sans les suivre vont être vécues par certaines personnes comme du stalking[1]. De même, la notion de dogpiling, c'est-à-dire le fait que plusieurs personnes répondent en même temps à une autre pour lui dire qu'elle a dit une connerie, me parait assez douteuse (je ne parle évidemment pas du cas où ces gens tiennent des propos oppressifs). Oui, dans le monde physique, avoir dix personnes qui te parlent dessus en même temps, c'est violent parce que tu ne peux pas en placer une et qu'il y a le côté intimidation physique (tu te retrouves seule contre dix). Est-ce que c'est la même chose sur Twitter ? Je ne suis pas sûre que ce soit si simple. Et ne parlons même pas du cas du subtweet (fait de parler de quelqu'un sans mentionner son identifiant), qui peut être vu par certaines personnes comme agressif... mais tout comme peut l'être, par d'autres, le fait d'être mentionné·e.

Ce que je veux dire par là, ce n'est pas que tel ou tel comportement n'est en fait pas violent et que les gens qui le trouvent violent ont tort ; c'est plus qu'il s'agit d'une façon de communiquer qui a ses spécificités, qui est nouvelle, et où je ne suis pas sûre que les règles « implicites » de communication soient les mêmes pour tout le monde (dans le monde physique, il y a d'ailleurs aussi un certain nombre de personnes qui ne maîtrisent pas forcément très bien les règles implicites, notamment de communication non verbale, mais en général il y a quand même un consensus global qui dit, par exemple, que consulter ostensiblement ta montre quand quelqu'un t'explique quelque chose, c'est mal vu.). À noter, il y a par exemple des forums où il y a des « codes de conduite » ou des « chartes » et où c'est un peu plus explicite. Par ailleurs, ces forums peuvent en général activer ou désactiver des fonctionnalités selon leurs besoin, contrairement à Twitter qui est certes un outil adapté au microblogging mais pas forcément à tout un tas d'autres choses.

Bref, ma rengaine classique : Twitter et Facebook, c'est pas parce que je suis dessus que c'est pas de la merde, et peut-être qu'il faudrait qu'on arrive à faire autre chose que de dépendre de ça.

Sinon, sur l'agressivité légitime ou pas... ce sera l'objet du dernier point.

Le fait de n'attaquer la question de la légitimité de la colère que sous l'angle personnel et pas collectif

Il me semble que c'est un point intéressant soulevé dans le texte sur Colère militante (et peut-être dans un ou deux autres, mais je ne les ai plus tous parfaitement en tête). En gros, dire que la colère de l'opprimée est tout le temps légitime, y compris sous sa forme la plus agressive, ça peut avoir un côté positif pour la personne qui exprime cette colère, mais pas forcément pour toutes les autres concernées par cette oppression.

Je suis en partie d'accord avec ça, mais il me semble important d'utiliser une notion qui n'est pas, à ma connaissance, abordée par ces textes, c'est celle de tactique.

C'est-à-dire que dans l'absolu, je pense que la colère d'un·e opprimé·e qui subit une oppression est tout le temps « légitime ». Oui, elle a le droit d'avoir cette colère. Non, je peux difficilement lui en vouloir de l'exprimer. Par contre, ça n'empêche pas qu'il me semble intéressant de savoir s'il est tactiquement approprié d'exprimer cette colère ainsi, ou pas.

Prenons une manifestation contre les violences policières. Une personne se prend un coup de tonfa par un flic. Énervée, elle veut leur jeter des caillasses. Est-ce que je pense que c'est légitime ? Oui. Est-ce que je pense que c'est, tactiquement, une bonne idée ? S'il y a deux fois plus de flics que de militant·e·s, et qu'ils n'attendent qu'un petit débordement pour embarquer tout le monde, peut-être pas.

Autrement dit, il ne s'agit pas juste de savoir si quelque chose est « juste » ou « légitime » dans l'absolu, mais aussi de savoir si ça va te faire du bien à toi, ou se retourner contre toi. À toi, mais aussi à ton groupe, et c'est là que je pense que la notion de collectif peut se poser.

Concrètement, oui, à des moment la réaction « violente » ou « agressive » peut soit être dangereuse pour toi ou d'autres personnes (exemple ci-dessus), soit faire flipper des gens qui n'ont pas le même rapport à la violence que toi, qui n'ont pas les mêmes capacités, etc. (par exemple si tu organises une manif en invitant des personnes qui ne sont jamais allées à une manif de leur vie, qui ne sont pas forcément tou·te·s des jeunes mecs valides, et en leur disant qu'ils et elles peuvent venir avec leurs enfants, c'est tactiquement très con si une fois sur place tu veux faire partir ça en mode black bloc).

Bref, je n'irai pas reprocher à une meuf d'être trop agressive lorsqu'elle est la cible d'une violence sexiste ; par contre je pense que c'est bien de garder cete notion de tactique dans un coin de sa tête, et se dire « ok, là peut-être que ça risque de faire flipper d'autres personnes, je vais voir avec elles avant ». Je suis pas à dire que, disons, les personnes trans, puisque c'est l'exemple donné avec « Die Cis Scum » dans le premier article, devraient tout le temps être super pacifistes pour à la fois donner une bonne image des personnes trans et éviter de faire flipper des personnes trans qui ne sont pas sur ce mode. Par contre, je pense que c'est bien d'essayer de réfléchir au contexte, aux conséquences, pour déterminer si à un moment T l'approche « vénèr » est la meilleur option ou pas (par exemple dans une manif LGBT vénèr, ça peut avoir un sens ; s'il s'agit de faire l'accueil de jeunes personnes trans qui viennent avec leurs proches, ça parait pas terrible).

Il me semble que pour ça il est effectivement nécessaire de sortir de l'individualisme : c'est possible de se poser la question de la tactique quand tu prends le temps de réfléchir à plusieurs, de savoir ce qui le fait ou pas pour les différentes que ça implique, etc. Clairement, un média comme Twitter, qui privilégie l'instantanéité et où les discussions (privées) de groupe sont très compliquées, ne favorise pas ça du tout.

Du coup j'en reviens à ma rengaine : là encore, il n'y a pas que Twitter dans la vie, Internet c'est pas que le web, il y a des outils vieux mais qui marchent quand même pas mal, comme des mailings lists, etc.

Conclusion

Cet article est déjà très long, alors je ne vais pas m'étaler encore dans la conclusion. J'ai juste livré quelques réflexions personnelles sur le sujet de la « violence » dans le milieu cyber-militant. J'espère que certains trucs auront vaguement fait sens chez certaines personnes. Pour ma part, la rédaction de cet article m'aura un peu plus persuadée que si parler de « militantisme » sur Internet peut avoir un vrai sens (et pas juste au sens libéral de permettre son propre développement personnel), l'élaboration d'un projet militant un peu collectif ne peut pas se faire sur une des grande plate-formes de réseau social actuelle, et particulièrement Twitter. Je ne veux pas dire par là qu'il faut absolument fermer son compte, mais que le format encourage plus la réaction impulsive et individuelle (et donc un certain côté « défouloir ») que l'élaboration collective.

Et cet article se finira comme il l'a commencé, avec une citation un peu troll[2] de Trotsky revu par Suck My Glock!

"Mais alors, en quoi votre tactique se différencie-t-elle de celle du patriarcat ?" nous demandent les pontifes du libéralisme.

Vous ne le comprenez pas, faux dévots ? Nous allons vous l'expliquer. La terreur du patriarcat était dirigée contre les femmes et les LGBT. Nos Commissions Extraordinaires fusillent les machos, les violeurs, les généraux qui s'efforcent de rétablir l'ordre patriarcal. Vous saisissez cette... nuance ? Oui ? Pour nous, féministes, elle est tout à fait suffisante.

Notes

[1] L'usage sur Internet semble montrer que stalking ne serait pas exactement un synonyme de harcèlement, j'avoue que je m'y perds un peu puisque pour moi ça veut dire à peu près la même chose ; peut-être encore un cas où on pourrait gagner en clarté avec moins d'anglicismes...

[2] Je tiens quand même à préciser que je ne défends pas spécialement les propos de Lev dans ce texte. J'aurais plutôt tendance à trouver que c'est un de ceux que j'ai lus de lui avec lequel j'ai le plus de mal : écrit en plein contexte de guerre civile (ce qui se ressent évidemment), il y défend non seulement la nécessité de la terreur d'État, mais également de la militarisation du travail, et utilise une approche « la fin justifie les moyens, je fais ce qui doit être fait » qui ferait passer Jack Bauer dans 24 heures chrono pour un sale droit-de-l'hommiste. Par contre je trouve très drôle l'adaptation pour parler de lutte féministe, où on a plus l'habitude de lire « le féminisme n'a jamais tué personne » que des textes justifiant de fusiller nos ennemis.

vendredi 17 juillet 2015

Une enième histoire de réacs soi-disant militants

Je n'ai pas l'habitude de parler ici[1] des petites embrouilles qui ont lieu sur Twitter, vu que ça n'intéresse pas forcément grand monde, mais il me semble que l'affaire en question est sorti un peu du microcosme microblogging. En effet, par une succession compliquée d'évènements, une liste contenant un certain nombre d'informations sur des « militant·e·s » sur twitter (liste dont je faisais partie, comme beaucoup d'autres), notamment féministes, antiracistes et/ou LGBT, ont fini par se retrouver sur un site d'extrême-droite.

Ce qui est le plus atterrant dans cette affaire est que tout cela est le fruit de l'action de militants de gauche et d'extrême-gauche.

Le but de cet article n'est pas de blâmer en particulier certaines personnes (je ne donnerai d'ailleurs aucun nom), mais d'analyser un peu comment on a pu en arriver là. Essentiellement, par des attitudes machistes (et racistes, transphobes, homophobes...) revendiquées chez certains mecs d'un côté, et un manque sidérant de réflexion sur des questions féministes, antiracistes et LGBT de l'autre.

Je vais essayer de résumer la situation, en espérant ne pas rendre les choses trop pénibles à lire.

Les « factions » en présence

Twitter est un réseau social sur lequel, comme sur d'autres, se retrouvent notamment des personnes plus ou moins militantes. Ces personnes ne sont pas toujours d'accord, il y a différentes tendances politiques, y compris au sein « des féministes », « des anarchistes », « des anticapitalistes », etc. Parler de groupes est parfois un peu compliqué car il ne s'agit pas d'organisations politiques mais essentiellement de liens, souvent en bonne partie affinitaire, entre des personnes, liens qui évoluent au cours du temps, ce qui est d'ailleurs souvent la cause de drames mineurs (machin a arrêté de me suivre, pourquoi tu t'es mis à suivre bidule ?, etc.)

Parmi ces regroupements au final plus affinitaires que politiques, il y en a un constitué de « militants » de gauche, qu'on pourrait désigner à la fois critique du PS mais également de ces gauchistes de LO et du NPA et encore plus des anars. Mais ce qui caractérise surtout ce groupe, c'est une façon de s'attaquer à des féministes, et en particulier à des personnes qui se visibilisent comme racisées ou comme trans.

Il convient de signaler que ces personnes ne se revendiquent pas, et ne se pensent sans doute pas, spécialement anti-féministes, racistes, ou transphobes et leur manière d'attaquer des gens est rarement (même si cela arrive occasionnellement) frontalement raciste, misogyne ou transphobe, préférant plutôt attaquer telle ou telle revendication, tel propos, etc. en se cachant derrière le fait qu'ils ne sont pas racistes/misogynes/transphobes mais que les militantes qu'ils attaquent, ils les attaquent sur des divergences militantes.

Cet argument ne tient pas la route très longtemps lorsqu'on a une vision d'ensemble : clairement, on voit que leur façon de choisir leurs cibles n'est pas anodine, que s'ils prétextent une divergence politique pour attaquer des militantes ils sont rarement capables de discuter sur le terrain politique, etc., mais disons qu'ils peuvent faire vaguement illusions chez certaines personnes qui ne regardent pas de trop près.

Il n'y a pas, jusque là, de spécificité propre aux réseaux sociaux. Bénies sont les militantes qui n'ont jamais eu à croiser ce genre d'énergumènes, qui cachent en général leur antiféminisme, leur racsme et leur mépris des LGBT derrière, d'une part, des analyses incompréhensibles sur le « post-modernisme », l'« identitarisme », etc., et d'autre part derrière les arguments plus classiques des machos et des racelards : « oh là t'as pas d'humour », « on peut plus rien dire », « mais qu'est-ce que t'es susceptible ».

 La particularité d'Internet

La particularité d'Internet, en revanche, c'est que les gens n'habitent généralement pas à côté, et donc lorsqu'un groupe de potes veut communiquer entre eux (et sans que ce soit public) il y a des échanges, peut-être par mail, ou par facebook, ou par compte privé sur twitter.

Et ce qui s'est passé c'est qu'un document « interne » qui circulait entre ces gars a fini par fuiter, et qu'on voit la façon donc ces mecs parlent des féministes (notamment) entre eux. Évidemment, on s'en doute, que les petits machos, lorsqu'ils parlent de nous autour d'une bière, c'est pas joli joli. Mais là, il y a un document écrit donc déjà on voit les choses noir sur blanc et... ben effectivement, comme on s'en doutait, c'est pas joli joli.

Le document en question

Le document en question est un fichier Excel, qui liste 95 comptes Twitter. On y trouve, a priori, un peu de tout, en tout cas de tout ce qui est vaguement « à l'extrême-gauche » et qui n'est pas d'accord avec notre groupe de petits machos sus-mentionné.

Ce qui frappe, en revanche, c'est les qualificatifs qui décrivent ces pseudos. En effet, à chaque pseudo correspond deux champs, qui peuvent être remplis ou pas, pour désigner à la fois si cette personne est féministe, anarchiste, mais aussi homosexuelle, trans, grosse, racisée, etc.. Histoire de s'y retrouver, le ou les rédacteur(s) a(ont) prévu un petit lexique en bas, qui résume à quoi correspond chaque champ. Je le reproduis ici. Rappelez vous que les gens qui ont participé à ça sont censés être « à la gauche de la gauche », ce n'est pas évident :

  • anar : survivant du 1er Kronstadt, mais pas du 2e (à venir)
  • antifa : émotion blanche
  • antirass : racisme anti-blanc
  • fem : sexisme anti-male
  • geek : libertaré qui joue à WoW
  • homa(sic) : voir homo
  • homo : voir homa
  • lipo : leur cul = continent perdu
  • NPA : self-explanatory
  • pross : pute ou mac
  • soce : droite
  • trans : iel
  • veg : assassins de légumes
  • whiteknight : espère coucher avec iels

Je ne vais pas détailler pourquoi ces descriptions sont pour le moins empeintes de sexisme, d'antiféminisme, de transphobie et de racisme, mais passer directement à l'autre particularité de ce document, c'est-à-dire les commentaires personnalisés dont sont affublés un certain nombre de pseudos.

À titre personnel, tout ce qu'on dit de moi est plutôt bénin : « amie de Untel ». J'ai de la chance. Certaines personnes ont droit à des qualificatifs vagument politiques (« hippie libéral-libertaire EELV ») mais un certain nombre de meufs ont droit à des commentaires gratinés sur leur physique et ce qu'il inspire à nos machos : « Bonnasse, Fap-time de Untel (qui approuve) », « Autre bonnasse, boobs de Machin », « gros boobs », « petits boobs ».

On voit donc que notre groupe de « militants » à la gauche de la gauche a donc un fichier qui liste non seulement si leurs « adversaires politiques » sont homosexuelles, trans, racisées, grosses, mais au passage parlent des meufs dans des termes dignes de collègiens post-pubères à la cour de récré.

Après la fuite de ce fichier, il va sans doute leur être plus difficile de prétendre que leur façon d'attaquer « comme par hasard » des militantes féministes racisées ou trans ne relève pas d'une volonté misogyne, raciste et transphobe consciente, puisqu'ils font quand même des fiches avec ces critères.

La fuite de ces informations

Ce fichier a « fuité », c'est-à-dire que quelqu'un qui y avait accès l'a balancé. Je ne connais pas les détails de comment ça s'est passé, mais toujours est-il que cela a fini dans les mains de blogueurs antifas qui ont décidé d'en faire un article, afin de dénoncer ces comportements.

Malheureusement, ces blogueurs antifas ne se sont visiblement pas dit au départ que ma foi, il fallait flouter correctement ce document, et le résultat c'est que cette liste, ou une partie en tout cas, s'est manifestement retrouvée dans les commentaires d'un blog d'extrême droite.

Ce qui est le plus navrant dans tout ça, c'est la réponse initiale de ces blogueurs (qui ont fini par comprendre le problème, mais trop tard) : les informations étaient de toute façon publique puisque c'est des comptes twitters publics, et il n'y a pas le vrai nom des gens.

Ce qui montre une méconnaissance totale de certaines problématiques, et notamment, mais pas que, liées à la notion d'outing : effectivement, il n'est pas insultant d'être homo ou trans, mais lorsque cela est révélé sans ton accord, en particulier si c'est repris par l'extrême droite (mais pas que, malheureusement), c'est une forme de violence, et ça peut entraîner des agressions, du harcèlement, etc. La logique, je pense, de nos camarades était que les personnes avaient dû, pour se retrouver anisi étiquetées dans le document, dire sur Twitter qu'elles étaient homos ou trans, et donc c'était public et voilà il n'y avait pas de souci. Sauf que ce n'est pas parce que tu as dit il y a 2 ans que tu étais homo que tu as forcément envie que tout le monde se mette à le répéter maintenant, en particulier sur un site qui a une audience plus large que ton compte twitter.

Bref, il ne s'agit probablement pas là d'une volonté consciente, machiste, raciste ou transphobe comme celle qui a pu guider l'écriture du document, et plutôt d'une erreur politique résultant d'une méconnaissance de ce que peuvent subir des meufs, des LGBT ou des personnes racisées.

La morale de tout ça

Comme je le disais au départ, je pense que cette situation n'est au final pas très original. Des machos censément de gauche ou d'êtreme gauche mais qui passent leur temps à cracher sur les militant·e·s féministes, antiracistes, ou LGBT, il y a un certain nombre, et malheureusement pas que sur les réseaux sociaux. Le contenu du fichier, s'il est atterrant, n'est pas non plus au final très surprenant : on se doute que ce même genre de connards passe son temps, lorsqu'ils sont entre eux, à déblatérer sur quelle meufs ils peuvent baiser, à balancer que machine est trans et que bidule est pédé, haha, tu le savais ? et que quand même unetelle a grossi, oh la la.

Ça n'empêche pas qu'il y a des spécificités. Il ne s'agit pas juste d'une discussion de comptoir, mais d'un document écrit qui constitue un fichier, pas juste au sens informatique du terme, qui a probablement circulé entre un certain nombre de mecs de cette liste. En particulier, la question juridique se pose de manière différente que lorsqu'on apprend que Bob a sorti des trucs dégueulasses sur nous avec dans un barbecue ses potes. Le fait de lister des gens en répertoriant, sans leur consentement, si elles sont racisées, homos ou trans peut poser quelques problèmes et il n'est pas impossible qu'une des nombreuses personnes citées dans ce document décide de porter plainte.

Cela dit, il me semble que la morale à tirer de tout cela s'applique de manière plus générale : il est peut-être temps qu'à un moment donné on commence à prendre certaines questions un peu plus au sérieux pour éviter que ce genre de conneries ne se reproduisent trop souvent. Et ça veut dire non seulement dégager et lutter contre les machos, les racelards, les homophobes et les transphobes et de manière général les réacs de tous poils, mais aussi prendre en compte certains rapports d'oppressions pour ne pas metre en danger des meufs, des personnes racisées ou des personnes LGBT en prétendant les soutenir. Et éviter la situation, au final fort peu original, où des mecs débarquent avec leur gros sabots et laissent les meufs se démerder pour gérer la merde derrière eux.

Notes

[1] Les mauvaises langues diront que je n'ai plus l'habitude de parler ici, tout court.

dimanche 17 mai 2015

La place des lesbiennes et des meufs trans dans la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie

Avant-propos

Le texte qui suit vient à la base d'un évènement organisé par le collectif féministe Apocalipstick en 2012, à l'occasion de l'IDAHOT (International Day Against HOmophobia and Transphobia). Plus exactement, le texte a été rédigé à partir des notes prises pour la présentation qui introduisait la discussion.

La place des lesbiennes et des meufs trans dans la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie

Le 17 mai, c'est la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie. Une occasion de rappeler que les oppressions des personnes homos et trans existent toujours. En tant que groupe non-mixte constitué de lesbiennes et/ou de meufs trans, nous avons décidé de profiter de l'occasion pour visibiliser les manières spécifiques dont l'homophobie et la transphobie interagissent avec la misogynie, et pour parler plus particulièrement de lesbophobie (oppression subie par les lesbiennes) et de transmisogynie (oppression subie par les meufs trans).

L'aspect légal

Depuis décembre 2004, les propos à caractère homophobes sont condamnés par la loi ; ou, plus exactement, les injures, appels à la haine, etc., proférés « en raison de l'orientation sexuelle » d'une personne. Les propos transphobes ne sont pas condamnés à l'heure actuelle, mais beaucoup d'associations LGBT ont comme revendication d'inclure « l'identité de genre » à la liste des discriminations interdites[1]. Si, pour notre part, nous ne comprenons pas vraiment en quoi interdire les propos insultants et discriminations en raison de l'« identité de genre » est censé protéger contre la transphobie – si un employeur refuse de recruter un homme trans, il nous paraît peu probable que cela soit parce qu'il est un homme, ou parce qu'il a une identité de genre d'homme (deux facteurs qui semblent en général plutôt bénéfiques sur le marché du travail), mais plutôt parce qu'il est trans (facteur beaucoup moins bénéfique sur le marché du travail, cela va sans dire) – on peut au moins se dire que l'idée d'une condamnation légale des propos homophobes et transphobes semble progresser, ce que l'on pourrait interprêter comme une avancée.

Un problème de cette « reconnaissance légale », qu'il s'agisse de l'homophobie mais également du racisme, du sexisme, etc., c'est qu'elle se fait sans prendre aucunement en compte les rapports de classe et d'oppressions, et qu'elle place de façon complétement symétrique les oppresseurs et les opprimé·e·s : on ne parle pas d'homophobie, de racisme, de sexisme, mais de discrimination en fonction de l'orientation sexuelle, de la race, ou du sexe. Et comme on refuse de prendre on compte qu'il y a des oppresseurs et des opprimé·e·s, il devient possible d'inverser les oppressions, cela permet par exemple à l'extrême-droite de porter plainte contre Houria Bouteldja pour « racisme anti-blanc ».

Par ailleurs, si les discriminations sexistes sont théoriquement condamnées par la loi, tout comme les injures « en raison du sexe », il n'y a pas de prise en compte de l'oppression sexiste subie au quotidien, qui, souvent, ne prend pas la forme d'insultes ou d'agressions assumées, mais de « compliments », de drague relou, de paternalisme, de coups de klaxons, etc. En ce domaine, on ne peut pas feindre de croire que les choses vont dans le bon sens : ainsi, le 4 mai dernier, le conseil constitutionnel a abrogé la loi condamnant le harcèlement sexuel, légalisant de facto celui-ci[2].

La misogynie subie par les lesbiennes et les meufs trans

Si nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer l'homophobie et la transphobie de manière « générale » (et en ce domaine comme dans les autres, force est de constater que le neutre est toujours le masculin), c'est parce que, en tant que lesbiennes et meufs trans, nous subissons la misogynie tous les jours.

Cette misogynie, c'est notamment, comme pour toutes les meufs, le harcèlement quotidien dès que l'on sort dans la rue, à base de drague par des inconnus, de remarques sur notre physique, de regards insistants, de sifflements ou encore quand un type nous suit quand on rentre le soir ou quand on se fait mettre une main aux fesses par un connard dans le métro ; bref, c'est le fait d'être toujours ramenée au statut d'objet sexuel, de morceau de viande sur pattes, et dans ce domaine, nous ne sommes pas dupes : même les remarques considérées comme les moins violentes et prononcées avec le sourire servent à nous rappeler, au cas où nous aurions pu l'oublier, que les hommes estiment avoir tout pouvoir sur nous.

Cette misogynie, elle prend aussi des formes un peu différentes parce qu'on est lesbienne et/ou meuf trans.

  • Sexualisation et exotisation des lesbiennes et des meufs trans, envahissement de la vie privée et de l'intimité physique.
  • Réactions parfois plus violentes quand on est visible comme meuf trans ; parfois comme lesbienne aussi, mais un peu d'une autre façon peut-être.
  • Pour les meufs trans, peur de répondre, de crier, …, de peur d'être « captée » comme trans et que l'agression sexiste ne soit doublée de transphobie.
  • Pour les meufs trans, difficulté à faire reconnaitre qu'elles ont vécu une agression sexiste (carte d'identité, tout ça), et difficultés accrues pour porter plainte.

Tout ça n'est pas pris en compte pas les enquêtes sur les LGBT-phobies car relevant du sexisme, ou parce qu'il est difficile de savoir s'il s'agissait d'une agression sexiste, transphobe ou lesbophobe : c'est un peu dur d'aller voir un agresseur pour lui demander « excuse-moi, tu m'insultes parce que je suis une meuf, ou alors c'est parce que tu as capté que j'étais lesbienne ? Ou encore, parce que tu as capté que j'étais trans ? ». Par conséquent, seule une petite fraction des agressions qu'on subit peuvent être reconnues comme lesbo/transphobes.

Visibilité des oppresseurs

Lorsqu'on regarde un peu quels sont les oppresseurs et les agresseurs qui sont visibilisés et dénoncés en tant que tels, et ceux qui passent à travers les mailles du filet, on constate qu'il n'est pas forcément inutile de lier cela à d'autes axes d'oppressions. Il y a par exemple plus de facilité à montrer du doigt certains types d'agresseurs que d'autres, et à stigmatiser certaines populations (racisés plutôt que blancs, musulmans plutôt que cathos (et athées), plutôt les pauvres que les riches (qui sont éduqués, eux), les banlieues plutôt que les quartiers bourges, etc.). De même il est plus facile de dénoncer l'homo/transphobie dans d'autres pays plutôt que dans la nôtre, et plus de facilité à dénoncer l'homophobie et la transphobie dans ces pays qu'à relayer les luttes locales menées par des personnes LGBT.

Il est par ailleurs parfois plus facile de considérer que quelqu'un est homophobe, misogyne, lesbophobe, transphobe, si c'est quelqu'un qu'on ne connait pas que si c'est quelqu'un du groupe (de la famille, des amis, …). De plus, l'oppression plus insidieuse (paternalisme, non prise au sérieux, etc.) est souvent plus difficile à dénoncer que les insultes directes ; or, souvent la misogynie prend cette forme là. Par conséquent, il est très bien de de dénoncer les oppressions à l'extérieur, mais quand on le fait au sein d'un groupe on se fait trasher, et dès que l'on nomme les oppressions, on est considérée comme méchante, violente, inquistrice, …

Conclusion

Les meufs trans et les gouines ne subissent pas simplement l'homophobie et la transphobie, mais également la misogynie, et le fait que ça ne soit pas souvent pris en compte chez les LGBT conduit à une invisibilisation, tout comme le fait que la lesbophobie et la transmisogynie ne soient pas pris en compte dans les mouvement féministes hétéro/cis.

À partir du moment où nous vivons dans un système patriarcal (entre autres), on ne peut pas se contenter de demander une prise en compte par la loi. Il est aussi nécessaire de lutter pour combattre ces oppressions, et qu'elles ne soient plus invisibilisées. En attendant, pour pouvoir continuer à survivre dans ce monde de merde, il est nécessaire de pouvoir compter sur la solidarité féministe et d'essayer de faire en sorte qu'on puisse apprendre à se défendre (auto-défense féministe).

Notes

[1] Depuis la rédaction de ce texte, le critère de « l'identité sexuelle » a été ajouté dans la loi.

[2] Celui-ci a néanmoins été réintroduit quelques mois plus tard.

samedi 2 mai 2015

À propos de caca et de non-mixité

Il y a quelques temps, j'avais écrit un article sobrement intitulé La non-mixité de dominants, c'est caca, qui s'attaquait notamment à la plaie des groupes non mixtes de mecs « proféministes » (je vous suggère d'ailleurs de lire cet article de Lamia, intitulé Homme proféministe : un oxymore).

J'ai eu le plaisir que ce texte soit un peu diffusé, notamment, et avec mon autorisation, dans le numéro deux de Suck My Glock !. Récemment, j'ai aussi découvert qu'il était diffusé par un autre site, Remuer notre merde, et, soyons honnête, ça m'a plus posé des questions que vraiment mise en joie.

Le site se présente de la façon suivante (je ne mets pas toute la description :

Nous sommes des personnes nées avec des caractéristiques physiques masculines et donc éduqués et socialisés comme hommes et oppresseurs, plus ou moins conscients de profiter et de participer à la société patriarcale.

(...)

On notera déjà le côté passablement essentialiste du truc, et on n'ose pas trop demander à ces « camarades pro-féministes »[1] comment ils considèrent les meufs trans (mais en même temps, leur avis on s'en tape un peu, il faut bien dire), ni les mecs trans d'ailleurs.

Mais au-delà, la première question que je me pose c'est : OK, Morrays, si vous reprenez mon texte c'est, j'imagine, que vous l'avez lu et que vous le trouvez intéressant, donc pourquoi vous continuez à faire de la non-mixité entre mecs ? Vous savez pas lire ou alors vous avez conscience que c'est de la merde mais vous le faites quand même, ce qui, dans le jargon du milieu, fait de vous des ennemis politiques ?

Le deuxième point, qui n'est pas négligeable, c'est que je n'ai pas donné l'autorisation à ce groupe de diffuser ce texte et qu'ils n'ont même pas eu la décence de foutre un lien vers l'endroit où ils l'avaient pompé. Bon, soyons claire, je ne suis pas hyper au taquet sur la propriété intellectuelle dans le cadre de textes militants[2], maintenant ce qui me fait chier[3] c'est que ce site a, ces derniers jours, bénéficié d'une publicité assez large sur des réseaux d'informations alternatifs (Paris Luttes Infos, Rebellyon, Indymedia Nantes par exemple) et que ça ressemble quand même furieusement à l'appropriation du travail des meufs par des mecs, surtout quand t'es même pas foutu de faire un lien pour dire d'où vient le texte. Faudrait quand même pas que les gens aillent directement lire des sites tenus par des meufs, ouh la.

Bref, petit message aux pro-fems[4] : j'attends pas de vous que vous « remuiez votre merde », comme vous dites, ce qui serait cool c'est que vous arrêtiez d'en faire.

Et petit message aux camarades mecs : sérieusement, arrêtez avec le pro-féminisme. Vous voulez soutenir les luttes féministes ? Ok, pas de soucis, mais plutôt que de prendre de la place dans les luttes féministes et de vous branler la nouille sur comment vous vous déconstruisez (ou, pour les scatophiles, sur comment vous remuez votre merde), commencez par parler des questions féministes dans les luttes qui vous concernent, et je pense par exemple à la lutte de classes (à moins que vous soyez patron en plus, là on a peut-être plus grand chose à faire ensemble). Faites en sorte que votre syndicat, votre orga politique, votre groupe antifasciste, etc., ait des positions carrées sur les questions féministes et LGBT, inclut correctement les meufs et les LGBT, etc. Vous voulez absolument faire des réunions entre gars pour réfléchir à comment vous faites de la merde ? Attendez la prochaine réu de votre orga, de votre syndicat, de votre groupe antifa, où vous vous retrouverez qu'entre mecs et réfléchissez à comment ça se fait, quelle part de responsabilité vous avez là dedans, comment vous pouvez faire pour que ça se reproduise pas. C'est pas exactement la peine de faire des réus entre mecs en plus, hein, il y a des chances que ça revienne de temps en temps.

Notes

[1] Regarde-toi, ah ah ah, regarde-toi ah ah ah

[2] Petit point juridique, cela dit : en acceptant qu'il soit diffusé dans Suck My Glock ! j'ai accepté que ce texte soit mis en license Creative Commons, mais autre que pour moi ça visait à permettre la reproduction du zine dans son intégralité et celle articles spécifiques (quoique ça se discute), nulle part n'est faite mention de cette licence sur leur site, donc ils ne se basent pas là-dessus pour l'avoir copié ou, s'ils le font, ils sont quand même en tort puisqu'ils ne respectent pas les conditions.

[3] Outre le principe d'être diffusé sur un site non-mixte mecs pour faire la caution « regardez on réfléchit quand même à notre non-mixité, mais bon on la maintient quand même même si on a conscience que c'est de la merde », cela dit c'est vrai que c'est dans le nom du site.

[4] Enfin, façon de parler, j'attends rien des pro-fems.

jeudi 9 avril 2015

Militantisme par gif animés

Je viens de me rappeler que j'avais un blog ici, sur lequel je n'avais pas posté depuis une éternité (en tout cas, près d'un an).

Bon, je n'ai pas grand-chose d'intéressant à vous raconter, mais je voulais vous faire part de ma perplexité devant cette mode des gifs animés tirées de films, séries et autres interventions télévisées. Je ne parle pas de celles où l'on voit une petite scène amusante, comme un facepalm, un chien qui se mange une porte, ou encore un coup de boule sauté. Non, ce que je ne comprends pas, c'est celles où il y a plusieurs images, et où on voit quelqu'un parler, avec en-dessous les sous-titre de ce que la personne dit (vu que c'est du gif animé, pas une vidéo). Des choses comme ça, on en voit beaucoup sur tumblr, en voici juste un exemple pris au hasard, et je ne comprends toujours pas : POURQUOI ?

Concrètement, je ne vois pas quelle est l'information apportée par le poids du gif animé, par rapport à quelque chose du style :

Blablablabla

(Machin)

Certes, je comprends qu'on puisse mettre la photo de Machin en question, tu fais un petit photomontage de la citation avec la tête de Machin à côté, c'est un peu plus classe. Mais pourquoi l'animation ? Pour montrer que les lèvres de la personne qui parle bougent ? Au cas où on se demanderait si elle n'est pas ventriloque ?

C'est absurde.

Ceci étant dit, ce n'est pas parce que je trouve quleque chose d'absurde que je n'ai pas envie de l'imiter bêtement. Voici donc quelques petites images du même style, pour les gens qui aiment mettre leur navigateur Web à genou juste pour afficher une animation toute pourrie.

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vendredi 29 août 2014

Sortie d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)

Je me rends compte que je n'en ai pas encore parlé sur ce blog, mais il n'est pas trop tard pour corriger ce fait : hier, le 28 août, c'était le jour de sortie d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) ! Le livre peut être commandé directement sur le site de l'éditeur, Dans Nos Histoires, ou a priori dans n'importe quelle librairie.

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Le quatrième de couverture

« J’ai conscience que, pour beaucoup de gens, je ne peux pas être une vraie lesbienne parce que je suis trans. Et j’avoue que j’ai du mal à imaginer qui pourrait tomber amoureuse d’une fille comme moi.

— Je vais te donner le même conseil qu’aux jeunes vampires qui viennent de subir leur transformation et qui ont une sale tendance à se lamenter sur le fait qu’ils sont des monstres et qu’on les regarde bizarrement : oui, c’est difficile au début, oui, les gens sont des connards, mais, non, je ne suis pas la bonne personne auprès de qui venir chercher du réconfort ou à qui déclamer des poèmes qui illustrent la douleur de ton âme tourmentée. Rassure-moi, tu n’écris pas de poèmes ? »

Afin d'avancer dans son parcours transsexuel, Cassandra décide de se procurer des hormones de manière illégale, sans se douter que l'association lesbienne à laquelle elle s'adresse sert en fait de couverture à un gang de motardes surnaturelles. A travers un univers fantastique mêlant vampires, loups-garous et sorcellerie, le roman de Lizzie Crowdagger nous raconte l'histoire d'une émancipation. 'Vous avez toujours trouvé que les biographies trans manquaient de guns et de motos ? Vous n'avez jamais compris cette obsession pour la poésie chez les auteures lesbiennes ? Alors vous aimerez Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), située entre 'Buffy', 'True Blood' et 'Sons Of Anarchy', mais avec plus de gouines'.

Quelques petites choses en plus

Si le quatrième de couverture n'est pas suffisant pour vous faire une idée (ou que vous avez envie de retrouver brièvement certains personnages après avoir lu le livre), j'avais aussi écrit quelques petites nouvelles centrées sur des personnages qui apparaissent dans ce roman :

Accessoirement, si vous n'avez pas d'argent pour acheter le livre, ce n'est pas la peine de le voler en magasin ou de chercher une version numérique pirate sur un site bourré de publicités, il est possible de le lire en ligne sur le site de l'éditeur.

Voilà, c'est tout pour cette annonce : j'avais prévu d'en raconter un peu plus sur l'écriture de ce livre mais je suis un peu en retard, alors ce sera pour les jours à venir, si ça vous intéresse. En attendant, j'espère que ce bouquin plaira à celles et ceux qui le liront !

Critique cinéma : X-Men : Days of the future past (avec spoilers)

Et nous revoilà pour ma seconde partie de ma critique cinéma sur le dernier X-Men (la première étant ici). Vu que là, je vais vraiment parler du film, autant prévenir qu'il va y avoir des spoilers.

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Critique cinéma : X-Men : Days of the future past (sans spoilers)

Il est rare que je fasse des critiques cinéma sur ce blog. Il y a à cela une raison principale : je ne suis pas une très bonne critique. J'ai un rapport assez basique aux films et en général tout ce que je peux en dire quand je les ai aimés, c'est « c'était cool, il y avait des gros flingues, plein d'explosions et des course-poursuites ». Et comme c'est des ingrédients constitutifs de la plupart des films que je regarde, si je faisais des critiques cinéma régulières, on tournerait vite en rond.

Cela dit, il se trouve que sur le dernier X-Men, j'ai des choses à dire. Pertinentes, ça reste à voir, mais il me semblait absolument vital de les partager.

Le Diesel Test

D'abord, il convient de signaler, si vous ne l'aviez pas compris aux premiers paragraphes, que je ne fais pas trop partie des féministes hyper critiques sur ce que je regarde. J'aime bien les films d'action comme j'aime bien la junk food. Et pour les deux, je crois que je préfère les apprécier sans examiner trop en détail le genre de saletés toxiques que ça peut contenir. Comme on dit en anglais, ignorance is bliss.

Bref, je ne m'amuse pas trop en général à regarder si un film passe le « Bechdel Test ». Si vous ne connaissez pas, pous passer le Bechdel test il faut trois critères : d'abord, qu'il y ait au moins deux femmes, ensuite, qu'elles se parlent à un moment du film et, pour terminer, que ce soit d'autres choses que de mecs. Il y a paraît-il assez peu de films qui passent ce test, ce qui montre qu'il y a une certaine misogynie à Hollywood.

Bon, c'est très triste et c'est pas bien, mais quand je regarde un film, je m'intéresse surtout à savoir s'il passe le Diesel test :

  1. Est-ce qu'il y a Vin Diesel dans le film ?
  2. Est-ce que Vin Diesel met un coup de boule à un moment du film ?
  3. Est-ce que le coup de boule en question est sauté ?

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Coupons court à tout suspens : je crois bien que X-Men : jours du passé antérieur ne passe aucun de ces deux tests.

La mauvaise foi est politique

Maintenant, il y a des tristes sires qui n'ont pas la même vision du cinéma que moi, et qui aiment pinailler et décortiquer d'un point de vue politique ceux qu'ils regardent. Et parmi ces gens, il y en a qui sont un peu over the top ou, pour prendre une expression un peu plus française, qui pousse parfois un peu le bouchon dans les orties. J'ai nommé : Le cinéma est politique.

Évidemment, ils ont pas trop aimé ce film. Notamment parce que, je cite :

En faisant de Mystique une méchante qui doit être matée, le film me semble donc véhiculer un discours que l’on pourrait qualifier de « transphobe ».

La première fois que j'ai lu ça, ma première réaction a été :

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Parce qu'il faut quand même le dire, quitte à spoiler sans prévenir : il n'y a rien dans le film qui indique que Mystique est une femme trans. Mais bon, il y a quand même une justification :

Si Mystique n’est pas à proprement parler un ou une trans et que sa capacité à se métamorphoser instantanément en n’importe qui n’a pas grand-chose à voir avec les transitions effectuées dans la réalité par les trans, son pouvoir contient tout de même un potentiel subversif vis-à-vis l’ordre cis dominant.

Et attention, la justification ultime : 

Le potentiel subversif de Mystique apparaît également dans ce témoigne d’une trans, qui raconte ce qui l’a attirée dans ce personnage dès son plus jeune âge :

S'ensuit alors un témoignage de femme trans.

Et là, je trouve ça génial, parce que du coup, moi aussi je peux dire :

Si Wolverine n’est pas à proprement parler une lesbienne butch, le fait qu'il fasse de la moto et fume le cigare contient tout de même un potentiel subversif. Le potentiel féministe de Wolverine apparaît également dans ce témoignage d'une butch, qui raconte ce qui l'a attirée dans ce personnage :

  1. Wolverine a des rouflaquettes. Et c'est cool.
  2. Wolverine fume le cigare. Et c'est classe.
  3. Wolverine fait de la moto. Et plein de lesbiennes fantasment sur les motos.
  4. Wolverine met des chemises de bucherons. Les mêmes chemises que pas mal de butches.
  5. Wolverine a des griffes rétractiles. Ce qui est vachement pratique pour plein de lesbiennes pour réconcilier ongles longs et faire du sexe avec ses doigts sans trop risquer de se couper.
  6. Wolverine devient vraiment le personnage que l'on connaît à partir du moment où il subit une opération (qui transforme son squelette en Adamantium), ce qui est une dénonciation d'une vision restrictive d'un parcours transsexuel ;
  7. Wolverine, peu après cela, perd la mémoire, ce qui est là encore une dénonciation de la vision du parcours transsexuel tel qu'il est imposé, où il faut absolument oublier toute trace de son passé ;
  8. Wolverine a une moto, mais je crois que je l'ai déjà dit.

Conclusion temporaire

Ce qu'il faut conclure de tout cela, c'est que dorénavant, grâce à moi, vous pourrez dire que tout film qui a Wolverine comme héros est un film fort sur la visibilité lesbienne et trans. Malheureusement, à ma connaissance pour l'instant aucun d'entre eux ne passe le Diesel test, alors ce n'est pas parfait.

Et avec tout cela, on n'a toujours pas parlé du film dont on est censé parler, à savoir le dernier X-Men. Comme cette article commençait à se faire long, je réserve cela pour la prochaine fois. Et cette séparation tombe plutôt bien, parce que pour la suite, ça va spoiler.

lundi 25 août 2014

Quelques réflexions sur la représentation des homos dans la fiction

Il y a quelques temps, j'étais tombée sur cet article de Marie Ozymandias intitulé l'Effet True Blood, qui reprochait notamment à la série True Blood sa façon de représenter les gays, et plus particulièrement Lafayette :

Le seul personnage principal homosexuel est Lafayette. Et il regroupe à peu près tous les clichés les plus négatifs qu’on peut avoir sur les homosexuels.

(...) Le problème vient du fait que le seul personnage ouvertement gay et appartenant au casting principal du début de la série est aussi le personnage le plus stéréotypé possible: il est dealer, il est prostitué, il se maquille. Alors j’entends déjà des personnes me rétorquer qu’il s’agit d’un personnage complexe qui essaie de survivre comme il peut. Certes, mais pour ce qui est de personnages homosexuels, il est le seul à vraiment être présent et à avoir du temps d’écran. Et il est défini par un amas de clichés sur les homosexuels… donc non, True Blood n’est pas exactement gay-friendly vu l’image qu’elle nous donne de Lafayette.

On retrouve d'ailleurs des critiques assez similaires dans la vidéo d'Anita Sarkeesian sur cette série. Toujour est-il que ce passage me posait problème ; s'en était suivie une petite discussion avec l'auteure de ce texte et j'avais promis de faire un article pour développer un peu. Dont acte.

L'importance de la prise en compte de la classe (au sens badass)

Pour résumer : j'ai un problème avec le fait de reprocher à des personnages gays d'être «effeminés» ou «folles» parce que ça correspondrait trop aux stéréotypes. Il me semble que ça ignore une partie importante de l'équation, qui est qu'en l'occurrence à aucun moment le fait que Lafayette se maquille ou porte des vêtements «féminins» ne me semble, dans la série, présenté comme négatif. Au contraire, Lafayette est un personnage classe, plutôt badass, et n'a pas du tout le rôle de la folle ridicule qui sert juste à faire rire.

On peut, certes, reprocher à True Blood de ne pas avoir plus de personnages gays, ce qui permettrait effectivement de montrer une plus grande diversité (même si, comparativement à d'autres séries ou films, il y a déjà pas mal de personnages gays dans True Blood). Par contre, il me paraît délicat de reprocher à un personnage homosexuel de ne pas représenter l'ensemble de ce que peuvent être les homosexuels. Si Lafayette était un petit-bourgeois viril, la représentation des homosexuels ne serait pas plus diverse pour autant et ne représenterait pas plus l'ensemble «des gays».

Car en disant juste que la représentation d'un gay comme «folle» est un stéréotype ou un cliché, on risque de faire l'impasse sur le fait que ce n'est pas, pour autant, qu'il n'existe pas de gays «effeminés» ou «folle» (ou de lesbiennes butches ou masculines, pour parler un peu des meufs). Certes, il est envisageable de critiquer le fait que ce soit les seuls à être représentés dans la fiction. Il me semble néanmoins que cette affirmation n'est vraie.

D'accord, il y a un certain nombre de représentations homophobes de personnages de folles, qui ne proposent pas de personnages intéressants auxquels on a envie de s'identifier ; par contre, on trouve peu de représentations positives de ces personnages. À vrai dire, dans le domaine des séries ou films populaires pas spécialement à thématique LGBT, je n'en vois pas beaucoup d'autres que Lafayette.

Par ailleurs, il commence tout de même à y avoir un certain nombre de personnages gays représentés de manière un peu positives dans la fiction, et en général ceux-ci ne sont, pour le coup, pas spécialement des folles. Juste deux exemples, là comme ça, plus pour appâter le lectorat en mettant des images de mecs beaux gosses que par argument politique :

  • Le personnage d'Omar Little dans la série The Wireomar-little.jpg
  • Le sergent Porter Nash dans le film Blitz (à droite ; d'accord, le personnage n'est peut-être pas super-viril en tant que tel, mais il est quand même co-équipier de Jason Statham, quoi) blitz_01-596x396.jpg

Ceci étant dit, je veux bien admettre que sur ce point précis, je puisse ne pas avoir une vision complète de la production cinématographique et télévisuelle, mais toujours est-il que si l'on veut critiquer telle ou telle surreprésentation dans les personnages homos dans les séries ou au cinéma, il me semblerait plus pertinent de regarder l'ensemble de la production plutôt que de s'intéresser uniquement à un personnage ou à une œuvre. Et surtout, de ne pas mettre dans le même sac des représentations de folles qui visent uniquement à servir de blagues homophobes et les vrais personnages intéressants. De fait, sans avoir fait d'analyse sociologique, j'aurais plutôt l'impression que les personnages gays qui ont la classe vont avoir une expression de genre en moyenne plus masculine que les personnages gays qui servent juste à faire rire avec des blagues potaches.

Folles et Butches s'abstenir

Cette parenthèse étant faite, revenons sur le problème principal que j'ai avec ces reproches sur la représentation des personnages homos. Le truc, c'est que j'ai du mal à ne pas voir de ressemblance entre la critique (progressiste, demandant une représentation moins homophobe dans les séries) de tel personnage gay comme trop efféminé et correspondant aux stéréotypes, et l'injonction (réactionnaire, imposant une présentation «dans les normes» aux homosexuels) faite aux homos à ne pas être trop folles pour les gays et pas trop masculines pour les lesbiennes ; injonction tenue à la fois par des personnes LGBT intégrationnistes («veuillez donner une bonne image pour qu'on puisse être respectables») et par des homophobes («on veut bien vous tolérer, mais à condition que vous soyez discrets»).

Autrement dit, lorsque je vois le reproche d'être trop stéréotypé fait à l'unique personnage masculin qui a une expression de genre un peu ambigüe, j'ai du mal à ne pas mettre ça en parallèle avec les gens qui trouvent que, vraiment, on voit déjà beaucoup trop de butches et de folles et que quand même, les gens normaux, eux, on ne les voit pas beaucoup. Scoop : c'est faux. Chez les homos comme ailleurs.

Une petite anecdote personnelle

Si je suis peut-être un peu à cran sur ce sujet, c'est que c'est un reproche qui m'a déjà été fait : en effet, j'écris de la fiction, et un de mes personnages préféres est Lev, qui est, pour schématiser, une grosse butch. Ça doit être le personnage que j'ai créé auquel je m'identifie le plus et qui d'un point de vue look me ressemble ou a pu me ressembler sur pas mal de points.

Par conséquent, lorsqu'on m'avait fait un reproche bien intentionné comme quoi ce personnage était trop stéréotypé parce qu'il correspondait au cliché sur la lesbienne, je l'avais un peu mal vécu, parce que de fait indirectement ça me donnait un peu l'impression qu'on me reprochait à moi d'être trop caricaturale et stéréotypée.

Alors, certes, je ne suis pas derrière True Blood (malheureusement), mais je ressentirais la même chose si je me disais «oh, tiens, enfin un personnage de gouine à laquelle je m'identifie trop, génial» et qu'on venait dire «ah la la, quelle représentation lesbophobe, ce personnage correspond trop au cliché». C'est pour ça que je pense qu'il faut faire un peu gaffe sur les critiques qu'on peut faire sur la représentation des homos (et plus généralement de toute minorité, je pense) dans des œuvres de fictions, surtout lorsqu'on se concentre sur un personnage en particulier.

Surtout qu'un autre truc à prendre en compte, sans faire du statut social l'unique élément déterminant, c'est qu'a priori un des responsables de la création du personnage de Lafayette est Alan Ball[1], qui est lui-même homosexuel. Ça ne veut pas dire qu'on doit tout lui passer pour cette raison (surtout qu'une série télévisée n'est pas exactement une œuvre individuelle réalisée seul, sans contrainte et correspondant purement à la vision de son créateur), mais il ne me semble pas aberrant d'envisager de laisser des homos avoir un peu de liberté dans le choix des personnages homos qu'ils créent. Ce qui ne veut pas dire les mettre au-dessus de la critique, mais ne pas leur donner pour responsabilité de donner une représentation parfaite et correspondant à l'intégralité de la communauté[2].

Pour revenir sur moi et mon narcissisme : en tant qu'auteure écrivant des textes avec pas mal de personnages de lesbiennes, je n'ai pas spécialement envie d'avoir le devoir de représenter fidèlement toutes les lesbiennes. Je n'ai pas envie de me dire qu'il y a un cliché sur les lesbiennes présentées comme agressives et violentes et que du coup je devrais peut-être réduire le nombre de flingues et d'explosions pour éviter d'alimenter le stéréotype[3].

Bref, pour conclure : il me paraît utile (peut-être pas aussi fondamental qu'à d'autres, certes, mais utile quand même) d'analyser la façon dont des œuvres, le cinéma, la télé, la littérature, etc. peuvent véhiculer une idéologie, mais il me semble important de faire attention à ce que ça ne revienne pas à (po)lisser les représentations de minorités et au final à vouloir montrer en priorité les éléments les plus «respectables» de ces groupes.

Notes

[1] Le personnage de Lafayette apparait de manière très anecdotique dans les livres La communauté du sud, de Charlaine Harris, donc les éléments de caractérisation viennent à mon avis principalement des créateurs de la série.

[2] Il me parait, cela dit, important de préciser que je pense que toutes les critiques sur la sur-représentation de certaines catégories ne se valent pas. Je ne pense pas que ce soit la même chose de râler sur la «sur-»représentation de gays folles que sur celle de gays blancs bourges, par exemple.

[3] Ou encore que je devrais mettre une protagoniste blanche qui porte des dreads et du Quechua sous prétexte qu'il y a effectivement des lesbiennes qui le font. Il ne faut pas déconner : il y a un dress-code à respecter pour être héroïne dans ma tête.

jeudi 26 juin 2014

Bienveillance

« Bienveillance », c'est un bien joli mot. Être bienveillant, au final, c'est être gentil, et qui voudrait ne pas l'être ? Et lorsque des groupes militants érigent la bienveillance comme principe de fonctionnement et comme mode de régulation, il ne s'agit plus uniquement d'être gentil, mais d'être dans le camp des gentils, histoire de ne pas être dans le camp des méchants. Dans l'axe du mal, en quelque sorte.

Ce qui est fabuleux, avec la bienveillance, c'est le nombre de fois où tu peux te prendre des pains dans la gueule par des gens avec un sourire aimable, qui ne veulent que ton bien. Si on regarde l'oppression sexiste, par exemple, il est clair que celle-ci se perpétue en bonne partie par bienveillance, par ces hommes qui ne te laissent pas porter quelque chose de lourd de peur que tu te blesses, qui te font des reproches quand tu manges de peur que tu ne grossisses, qui viennent te draguer lourdement de peur que tu ne passes la nuit seule dans ton lit (ou en tout cas sans eux). De même, c'est sans doute par bienveillance que des parents ne veulent surtout pas que leurs enfants deviennent lesbiennes, gays, bi·e·s, ou trans. Et lorsque des psychiatres bloquent l'accès de personnes trans à des hormones ou à de la chirurgie, ils le font toujours par bienveillance (c'est pour leur bien, après tout, ces personnes-là ne savent pas vraiment ce qu'elles veulent et ne réalisent pas les implications d'une transition, qu'il vaut mieux leur épargner).

Bref, il paraît clair qu'il est facile d'être un oppresseur et d'être bienveillant : c'est le principe des dominants, finalement, d'avoir le sentiment de légitimité de penser faire le bien mieux que les autres.

Quand on est opprimée, ce n'est pas si facile. À force de se prendre des coups de toute part, il devient plus difficile de continuer à être bienveillante envers ceux qui les portent. On aurait peut-être envie d'être un peu malveillante, à vrai dire. D'envisager de répliquer de manière qui ne nous place pas dans le camp des gentils. Heureusement, l'injonction à la bienveillance vient corriger cela : «pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font», ou, autrement dit, si on te frappe sur la joue droite, présente spontanément l'autre joue.

En cela, l'injonction à la bienveillance, de même que celle à la non-violence ou à la tolérance, est une autre façon, sans doute plus positive pour des milieux alternatifs, de vouloir préserver la paix sociale, c'est-à-dire l'ordre établi. Bref, des outils de dominants, qui aussi bienveillants soient-ils dans leur conception, ont surtout pour effet de faire taire les personnes opprimées un peu trop énervées.

Bien sûr, les bienveillants alternatifs, contrairement aux bienveillants machos et agresseurs, ont compris ce qu'il y avait de problématique lorsque l'oppression prenait un visage souriant, et vont peut-être même applaudir lorsque tu dis qu'«il y a un moment où il faut sortir les couteaux». Mais avec l'addendum non verbalisé : tu peux sortir les couteaux, ta colère, voire ta malveillance contre les Vrais Machos Agresseurs, mais pas contre eux. Eux, ils se donnent du mal, ils font des efforts, et ils mériteraient plutôt que tu leur fasses des cookies pour les récompenser de leur bienveillance. Eux, ce sont tes Alliés, au moins dans les paroles, alors il serait malavisé de malveiller.

Et si tu t'obstines à être du côté des Méchantes, ne te fais pas d'illusion, parce que bienveillance ne veut pas dire bisounours et que préserver la paix sociale vaut bien quelques dommages, fussent-ils collatéraux. Alors, avec un sourire chaleureux, une petite tape sur l'épaule et un mot de compassion, ils te jetteront dehors, te cracheront dessus et te détruiront. Et ils t'achèveront avec l'insulte suprême : «je ne visais que ton bien».

vendredi 20 juin 2014

Pièces et Main d'Œuvre, bis

Il y a déjà pas mal de temps, j'avais écrit un article sur les dérives confusionnistes de Pièces et Main d'Œuvre (PMO pour les intimes, même si ça devrait plutôt être PMŒ). Et puis, malgré mon côté post-moderniste, cyber-féministe et adepte de la french theory (quoi que cela puisse vouloir dire), je n'étais pas assez masochiste pour y retourner régulièrement. Mais, comme on dit, la curiosité a tué le chat.

Et évidemment, sans doute à cause d'un aspect sadique dû au post-modernisme, je vais vous en faire profiter un peu.

Je ne vais pas prétendre à l'exhaustivité, je n'ai fait que survoler quelques articles. Il y a notamment un long texte en quatre parties d'Alexis Escudero, qui parle en gros du danger de la PMA (Procréation Médicalement Assistée), et de la GPA (Gestation Pour Autrui), et du clonage, et de l'utérus artificiel, et de la transplantation de conscience dans des ordinateurs. Cela dit, même s'il y a quelques cris contre les cyber-post-féministes qui veulent nier les différences biologiques entre homme et femme, ça reste assez soft et c'est pas «signé» PMO, donc passons.

Surtout qu'il y a déjà une brochure assez indigeste à se mettre sous la dent, Quel éléphant irréfutable dans le magasin de porcelaine ? (Sur la gauche sociétale-libérale). Le postulat de celle-ci, ma foi pas idiot, est que le PS se sert des questions comme le mariage homosexuel pour essayer de se faire passer un peu de gauche alors qu'il a, pour le reste (et notamment d'un point de vue économique), une politique de droite.

Que fait PMO en partant de ce postulat ? Ce serait dur de résumer, parce que c'est long et que ça mélange beaucoup de trucs, donc, voilà quelques morceaux plus ou moins choisis (parmi les passages que j'ai eu le courage de lire, pour être honnête). Je vous laisse juger (parce que de toute façon il y a des mots chelous que je suis pas sûre d'avoir compris), mais rassuron nous, dans un autre texte, ils précisent ne pas être homophobes.

Un passage sur la lutte des minorités, le lobby gay, l'intersectionnalité

En désignant et nommant des minorités et des majorités, en mettant sans relâche en accusation les secondes au profit (douteux) des premières, sans cesse enfermées dans une identité victimaire, la « politique des minorités » a concentré l’attention sur les conflits qu’elle déchaînait au détriment de ceux qu’elle enfouissait. Les colonialistes n’ont pas fait autre chose pour régner au Rwanda sur les Hutus et les Tutsis. La fiction de « la politique des minorités » vise la création d’une alliance face à l’ennemi désigné, le mâle, blanc, hétérosexuel, avec lequel tout le monde a un compte à régler (et d’abord lui-même), mais tout le monde a des comptes à régler avec tout le monde (ethnies, genres, sexes, religions, fumeurs/ non-fumeurs). D’où l’intersectionnalisme qui permet à nos experts « post » de se poser en arbitres des subtilités casuistiques, en directeurs de conscience et commissaires aux bonnes mœurs

(...)

Mais les manipulateurs en sciences sociales et humaines qui ont devisé cette stratégie des valeurs et cette politique des minorités - reprise perverse des politiques d’apartheid, de « développement séparé », de ségrégation, américaine et sud- africaine - n’en sont pas à une falsification près pour instrumentaliser leurs alliés comme boucliers humains de la seule cause qui leur importe : celle qui a traversé l’incendie du sida dans les années 80, et dont ils sont issus. Comment objecter sans essuyer l’accusation d’homophobie, aussi infâmante, aussi pétrifiante aujourd’hui que celle de judéophobie (et pour des raisons voisines). Le monde doit quelque chose, doit réparation aux rescapés des crimes et des fléaux, et même au-delà, parce que l’horreur subie est irréparable.

(...)

Combien d’années faudra-t-il avant de pouvoir critiquer ce qui aux Etats-Unis se nomme le lobby gay, sans être réduit à ce même nazisme et à l’homophobie.

Un petit coup de transphobie discrète au milieu d'une énumération

Curieusement, dans ce monde post- moderne où à peu près tout se transforme en tout, les hommes en femmes et vice-versa, les humains en machines, les ordinateurs en philosophes ; dans ce monde de l’oxymore et des Merveilles où le plus improbable est de règle

Un petit amalgame discret entre luttes LGBT/féministes, pédophilie et infanticide

Il faut en finir avec l’âgisme en matière sexuelle et abolir l’interdiction des rapports entre adultes et enfants consentants, ouvrir de nouveaux droits aux mariages et filiations collectives et plurielles. Si un enfant a plein de papas et de mamans, et qu’il entretient avec certains-es d’entre eux-elles, des rapports charnels, où est le problème ? Ça dérange qui ? État paternaliste, oppresseur, hors de nos lits ! Mieux vaudrait lever le tabou de l’infanticide plutôt que de culpabiliser les femmes. Un enfant n’existe que dans un désir de parentalité. Se débarrasser d’un enfant non désiré, ce n’est pas tuer mais régler un problème. Au minimum, il faut permettre l’euthanasie post-natale en cas d’erreur de diagnostic pré-implantatoire (DPI). L’inégalité entre les cisgenres et les transgenres ne peut se réduire que par la parité dans les instances représentatives et les conseils d’administration. S’il n’y a pas assez de transgenres, on en fera, ou on leur permettra de siéger dans de multiples instances pour compenser leur moindre nombre.

dimanche 1 juin 2014

Rien à battre

Régulièrement, je vois fleurir des discussions sur la gestion des agresseurs et la notion de changement, rédemption, etc., c'est-à-dire : certes, on a viré un agresseur il y a un certain temps, mais c'était il y a un bout de temps, de l'eau a coulé sous les ponts, et peut-être qu'il faudrait revoir ça et lui permettre à nouveau de se repointer.

En gros, ce qu'il se passe, c'est que dans le mileu anar/punk/antifa, comme dans le reste de la société, il y a des mecs qui sont des agresseurs. Il y a aussi un schéma qu'on voit, je trouve, apparaître fréquemment, c'est le gars plutôt inséré dans le milieu, qui est reconnu parce que c'est le chef — mais il faut pas dire chef, parce qu'on est chez les anars — d'un groupe politique, ou alors parce qu'il fait de la musique dans un groupe, ou parce qu'il est artiste, etc. Ce type profite de son petit prestige local pour pécho des gens (en général des filles, parfois des garçons) qui sont vachement plus jeunes ou qui débarquent dans le milieu.

Alors sans doute que le mec reconnu socialement n'est pas systématiquement un agresseur, en attendant c'est quand même la situation idéale pour qu'il y ait des rapports de domination. Peut-être qu'il s'agit d'une stratégie consciente, ou peut-être inconsciente, ou peut-être juste que certains de ces gars-là ne se posent pas de question mais en tout cas, le résultat c'est que tout est fait pour qu'il y ait une situation de domination renforcée d'un individu sur un autre, et dans la grande majorité des cas d'un mec sur une meuf.

Et donc, souvent, il y a des agressions. Des fois, on en parle (souvent, non, parce que la victime, dans ce cas, elle sait que vu les rapports de domination elle va s'en prendre plein la gueule si elle rend l'affaire publique). Et des fois, l'agresseur est tricardisé, c'est-à-dire est exclu d'un lieu, voire parfois de plusieurs, voit ses concerts ou ses affiches annulées, se paie une vaguement sale réputation.

C'est à ce moment là qu'il y a le genre de discussions dont je parlais au début, celles où on se dit que c'est sans doute pas la solution idéale — je veux bien l'admettre, la solution idéale ce serait qu'il n'y ait pas ces agressions —, celles où on se pose des questions sur la « culpabilité » d'untel ou d'untel, sur la durée de ces exclusions, sur la capacité des gens à changer, etc. En gros, l'idée, c'est qu'il y a peut-être des gars qui ont changé depuis, et que voilà, prononcer une exclusion à vie, ce n'est peut-être pas très juste.

Et vous savez quoi ? En fait, à l'heure actuelle, je n'en ai rien à battre, de savoir si c'est juste ou pas, de savoir si parmi les quelques gars tricards il y en a qui ont vraiment changé ou qui sont « innocents » ou « repentis ». Ça peut paraître cruel, je vais peut-être passer pour une grosse connasse, mais c'est sincère.

Pour expliquer pourquoi, je vais prendre l'exemple d'un concert antifa plutôt chouette, qui a eu lieu il y a un bon bout de temps (un an ? deux ?) mais qui doit être le dernier gros concert auquel je suis allée. Je vais faire la liste complète des meufs qu'il y avait sur scène :

Voilà. Non, j'ai pas oublié de faire la liste : il n'y avait aucune meuf sur scène. Alors voilà, c'était un concert de Oi! trop bien, avec des groupes que je kiffais, et c'était un chouette moment, mais quand même : pas une seule meuf sur scène ? Sérieusement ?

Je pourrais prendre d'autres exemples. Je pourrais faire la liste des lieux dans lesquels je ne peux pas mettre les pieds parce que je vais y croiser quelqu'un qui a agressé une copine. Je pourrais faire une liste des cas où des féministes un peu trop grandes gueules se sont retrouvées tricardisées, non pas à cause d'agressions qu'elles auraient commises, mais parce qu'elles avaient eu le malheur de dénoncer des comportements machistes. C'est pas toujours, et même rarement, une tricardisation officielle, mais ça marche aussi bien, voire mieux.

À côté de ça, les gars tricardisés pour agression ne le sont pas tant que ça, tricardisés. D'ailleurs, ils mettent régulièrement en avant les trucs qu'ils font avec des groupes militants anarchistes/antifas/etc pour dire « regardez, eux me virent pas, donc c'est que je suis fréquentable, hein ? ». Parce que oui, pour un lieu militant qui vire effectivement un gars outé pour agression, t'en as plusieurs qui l'accueillent à bras ouverts. À l'inverse, les meufs qui ont été agressées (ou simplement qui ont dénoncé un agresseur), elles, se retrouvent régulièremet exclues de fait d'espaces où elles militaient, pas par une décision officielle mais parce qu'elles ne se sentent plus en sécurité. Et le pire, c'est que c'est aussi un argument utilisé pour dire que les agresseurs devraient pouvoir revenir : regardez, la meuf qui a été agressée, elle ne vient plus, de toute façon, alors ça ne changera rien qu'il revienne, si ? Et puis ce serait dommage de s'en priver, il a tellement de potes/joue dans un groupe tellement bien/est un tellement bon artiste/etc.

Donc, non, j'irais pas pleurer sur les éventuels types qui seraient tricards de lieux militants pour agressions mais qui seraient « innocents » ou qui auraient changé. Ne serait-ce que parce que je ne me fais aucune illusion : malgré leurs tricardisations ponctuelles, ces types auront toujours largement plus de place que moi dans ces milieux, donc ça me paraît absurde de parler par exemple de « réhabilitation », alors qu'ils sont déjà plus « habilités » que moi. On peut juste les « habiliter » encore plus, ce qui me paraît pas franchement souhaitable.

Et en fait, je crois que ça me gave vraiment que dans des milieux où y'a une très grosse majorité de mecs cis blancs hétéros, où les meufs ont souvent une place plus que limitée, toute discussion portant sur la gestion ou la prévention des violences finissent par tourner autour des pauvres petits agresseurs qui ont tellement changé. À côté de ça, à chaque meuf qui ne revient plus jamais parce qu'elle s'est faite agresser et que ça n'a pas été gérée, ou parce qu'elle s'en est pris plein la gueule en dénonçant un comportement sexiste, personne ne s'offusque, personne ne hurle à l'exclusion, tout le monde s'en balance.

lundi 14 avril 2014

Déménagement

Ce blog a déménagé, mais ne vous en faites pas : si vous êtes là, c'est que vous êtes déjà au bon endroit.

Pourquoi ce changement d'adresse ? Tout simplement parce que j'avais envie de me simplifier la vie, et qu'en gros avant j'avais deux sites distincts : le premier, sous le nom de Lizzie Crowdagger, qui parlait de mes textes de fiction (en gros, de la fantasy), et donc ce blog, sous le nom de Cassidy, qui, ben, n'était pas de la fiction.

Et puis voilà, je me suis dit qu'au final c'était pénible à gérer et que je pouvais regrouper les deux à peu près au même endroit et à peu près sous le même pseudo. À peu près, parce que « Lizzie Crowdagger » ça passe pour de la fantasy mais c'est quand même un peu pompeux sinon, alors pour mettre des musiques de Hors Contrôle, « Liz Kro » me semblait plus approprié.

Et d'ailleurs, ça faisait longtemps que j'en avais pas mis, alors :

Hors Contrôle – Luttes d'hier et d'aujourd'hui

vendredi 4 avril 2014

Du militantisme par Internet

Suite à certaines discussions « Internetesques » sur la notion de militantisme par Internet, j'avais envie de faire un petit article là-dessus, vu qu'il se trouve que je suis militante et que je passe pas mal de temps sur Internet.

Donc déjà, est-ce que je considère que mon activité sur Internet est du militantisme ? Majoritairement, non, pour moi ça relève du divertissement ou du passe-temps, en tout cas pour ce qui consiste à glander sur Twitter ou aller regarder les derniers articles de blogs de gens que je suis vaguement. De la même façon, je précise, que je considère pas que je fais un acte militant en allant à un concert de Oi!, quand bien même c'est des groupes militants et dans un lieu militant. (C'est déjà autre chose s'il s'agit de participer à l'organisation.)

Alors vous allez me dire : il faudrait peut-être définir ce que j'entends par « militant », ce à quoi je répondrai : OH MON DIEU DERRIÈRE VOUS, IL Y A UN CLOWN ARMÉ D'UN COUTEAU QUI VA VOUS ÉGORGER ! (*profite de la diversion pour s'eclipser sans répondre à la question*).

Cela dit, je veux bien donner quelques exemples de ce que je considère, dans la vie réelle, comme des trucs relevants du militantisme, et des trucs qui n'en relèvent pas, sans dire que c'est une vérité absolue ou quoi, histoire de présenter un peu comment je vois les choses :

Trucs où j'ai l'impression d'être dans une démarche militante quand je les fais :

  • écrire un tract ou un article de journal ;
  • participer à une réunion afin d'organiser une action (au sens large, l'action pouvant être une manifestation, une discussion, une projection de film, whatever) ;
  • participer à une manifestation, coller des affiches, etc.

Trucs où j'ai pas spécialement l'impression de militer quand je les fais :

  • lire un article, un bouquin, voir un film, intéressant qui m'apprend des trucs ;
  • discuter avec des potes en buvant des bières, y compris si ces potes militants et qu'on parle de politique ;
  • me prendre la tête avec mon oncle Bob de droite à un repas de famille.

On pourra me répondre que c'est un peu arbitraire, que tel ou tel truc pourrait rentrer ou ne pas rentrer dedans. Après on pourrait aussi dire qu'il y a un continuum de la définition du militantisme qui peut aller de « t'es pas vraiment militant·e si tu t'engages pas dans la lutte armée » à « le simple fait de vivre quand on est dans un groupe minorisé est un acte militant », mais au final une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit (d'ailleurs c'est juste pour faire un article plus long que je le dis), donc je préfère partir sur quelques exemples concrets.

Partant de là, on voit que les exemples que j'ai donnés comme faisant partie du militantisme dans la vie réelle peuvent aussi être effectués par Internet, en tout cas pour certains (participer à une manifestation semble difficile par Internet, même si avec le développement des drones, on sait jamais).

De fait entre écrire un article de blog ou un article pour un journal militant, il n'y a pas forcément de différence flagrante : du texte, c'est du texte, qu'il soit imprimé ou lu sur écran (et parfois il y aura les deux versions, de toute façon). Et là-dessus, je pense qu'il y a des choses qui se font « par Internet » et qui permettent notamment de trouver des textes intéressants sur des thématiques très spécifiques qu'on ne verrait pas forcément abordées souvent dans tel ou tel journal anarchiste. Je pense que globalement c'est plutôt une bonne chose. Là où je serai quand même critique, c'est que j'ai l'impression que c'est souvent quelque chose de très individuel. Après, je ne suis pas contre le fait qu'il y ait des choses individuelles, hein, d'ailleurs je suis bien contente d'avoir un blog où je peux dire ce que je veux sans qu'on vienne me faire chier parce que ça correspond pas à la ligne du parti, et où accessoirement je peux être juge, jurée et bourreau pour ce qui concerne les commentaires. Le problème, c'est qu'il y a assez peu de choses collectives qui se font à ce niveau. Il y en a quelques unes, mais globalement les sites collectifs proposant des textes militants proviennent surtout de groupes (au sens large, qu'il s'agisse de groupe affinitaires ou de partis structurés) qui ont avant tout une existence en dehors d'Internet, ce qui pose à mon avis la question de faire des choses un peu collectives uniquement par Internet.

Un autre exemple symptomatique de ça, c'est dans ma liste d'exemple de trucs militants, le fait de participer à une réunion. C'est un truc qui se transpose assez facilement avec Internet, avec des choses comme les listes mails de travail, ou des choses comme les téléconférences. Sauf que c'est des choses qui, j'ai l'impression, sont surtout utilisées par des groupes ayant une existence dans le monde physique et qui se donnent un moyen supplémentaire de communiquer, et très peu par des groupes qui émergeraient via Internet.

Conclusion : est-ce qu'il y a possibilité d'utiliser Internet comme un outil pour militer ? Oui, carrément. Est-ce que c'est possible de ne militer que par Internet ? Peut-être dans l'absolu (pourquoi pas), mais à l'heure actuelle, avec les usages qu'on a, ça me paraît compliqué si on veut être dans une démarche un peu collective, même s'il y a sans doute des choses qui existent et dont je ne suis pas au courant[1].

Après, je pense qu'il y aurait des grandes études à faire sur les spécifités du militantisme via Internet. En plus de l'aspect individuel que j'ai évoqué, un autre truc que je voudrais mentionner vite fait c'est la distinction floutée entre ce qui est « interne » et « externe » (ce qui peut être lié au point précédent). En gros je me dit régulièrement en lisant des discussions sur Internet que c'est chelou de voir ces choses en public, lisibles par n'importe qui, alors que ça devrait être discuté en priorité au sein d'un groupe ou en tout cas à l'intérieur de personnes qui partagent un même courant. Après, peut-être que je suis réac et que c'est une évolution normale causée par les réseaux sociaux et qu'il faut faire avec, je n'en sais rien. De même qu'il y a d'autres choses qui me semblent induites par l'utilisation massives de réseaux sociaux, comme le buzz, des dynamiques au final très affinitaires, l'importance de la « popularité », et qui mériteraient peut-être d'être analysées un peu (et peut-être que c'est fait, j'avoue que je lis pas des masses de trucs sociologiques), et qu'on se penche un peu sur l'usage qu'on se fait de la technologie plutôt que suivre la dernière mode (et j'ai conscience que dire ça c'est très « yakafokon », je peux pas dire que je le fasse des masses.

Bon, et puisque jusque là j'ai été assez mesurée, je vais sortir un peu ma bile.

Je pense que, collectivement, on fait quand même de la grosse merde avec Internet. Je veux dire, y'a quelques trucs chouettes qui se font, des collectifs militants qui proposent des hébergements web alternatifs pour des groupes histoire de pouvoir avoir un blog à la fois sans se prendre la tête et sans, je sais pas, avoir de la pub. Il y aussi des choses comme Indymedia, Rebellyon, Paris Luttes infos, qui sont pour le coup des trucs collectifs et qui permettent la publication d'informations liés à des choses militantes.

Mais pour le reste, c'est pas glorieux... allez, quelques exemples :

  • avoir un compte Twitter ou Facebook « pour soi », c'est une chose, et je comprends vu que je suis un peu trop accro aussi, malheureusement. Mais quand la conséquence de ça, c'est que la diffusion d'informations militantes ne passe que par là, désolée, mais ça craint du boudin. Quand je vois des manifestations pour lesquelles les organisat·eur·rice·s ont pris la peine de faire une page Facebook mais pas d'annoncer sur le site militant du coin (voir ci-dessus), ça me pose quand même question ;
  • j'en rajoute une couche sur les évènements Facebook. Sérieusement, les groupes militants qui utilisent ça et invitent des gens, je suis désolée mais ça m'énerve. Surtout quand la liste des personnes « invitées » et de celles qui ont « dit » qu'elles y allaient est publique. Pour moi, c'est absolument irresponsable,c'est complètement permettre le flicage des gens. Bon après peut-être que je suis parano, on va me dire, mais quand même ;
  • les sites et blogs militants qui ne se donnent pas le moindre effort pour être un minimum indépendant d'une boîte, qu'il s'agisse de trucs où t'as de la pub chiante et contradictoire avec ce que tu défends (d'accord, on peut utiliser Adblock, mais c'est pas une raison) ou des sites qui disent explicitement dans leurs conditions d'utilisation qu'ils peuvent utiliser tout ce que tu postes comme contenu pour, de façon générale, faire des bénéfices. Alors je peux comprendre qu'individuellement on ait pas les compétences ou l'argent pour avoir un truc un peu carré, mais quand il s'agit de groupes constitués, j'ai un peu plus de mal.

Et pour conclure sur le truc qui va peut-être me faire passer pour une connasse élitiste : je peux comprendre que des gens ne considèrent pas le militantisme sur Internet comme une priorité, n'aillent sur Internet que pour se changer ies idées, et du coup fassent pas hyper gaffe là-dessus. Je suis un peu là-dessus (même si je suis assez ambivalente) avec un côté un peu réac « le vrai militantisme, c'est dans la rue, Internet c'est pour faire mumuse », et c'est peut-être une erreur en terme de stratégie (parce que oui, Internet permet de toucher des gens et en vrai je pense que les organisations anarchistes et d'extrême-gauche ont globale pas mal de retard sur ce sujet).

Mais à partir du moment où on veut faire du militantisme sur Internet quelque chose d'important, où on râle sur les gens qui reprochent au militantisme par Internet de ne pas être du vrai militantisme, il me semble qu'il faut se donner un minimum les moyens de ses ambitions et pas juste utiliser des outils clé en main et censément gratuits produits par des entreprises qui au final ont un peu le même fonctionnement que TF1, c'est-à-dire de vendre du temps de cerveau disponible (mais en le vendant en plus grâce au contenu qu'on leur apporte gratuitement). Bref, il me semble que le militantisme par Internet implique d'avoir un minimum de réflexion militante concernant Internet et les nouvelles technologies, et là-dessus je pense qu'on est pas sorti de l'auberge parce que c'est des enjeux qui sont souvent vus comme réservés à des experts un peu chiants. D'ailleurs, là, je parle de ça, je suis chiante et moralisatrice, alors que je dis pas non plus — je serais mal placée — qu'il fsaut supprimer tout compte Facebook, Twitter, Google, etc. et que mon propos est pas de dire que chacun·e devrait être capable d'avoir et de gérer son propre serveur dans sa cave, mais plutôt de dire que collectivement on pourrait déjà commencer par promouvoir les solutions alternatives qui existent, les améliorer, en créer d'autres.

Notes

[1] Par exemple pour sortir du cadre du militantisme anticapitaliste/anarchiste/féministe, des projets du type « logiciel libre » — comme Debian — ont pu émerger et se construire très majoritairement grâce à Internet et ont un aspect collectif, avec une organisation, etc Par contre je vois peu d'exemples d'émergence de tels projets collectifs en dehors du domaine assez spécifique hacker/geek.

lundi 27 janvier 2014

Sur les privilèges « monosexuel » et « sexuel » (et d'autres, tiens)

J'avais dit dans le précédent article que j'en ferai peut-être un là-dessus, et ça avait vaguement l'air d'intéresser des gens, donc voilà.

Histoire de parler un peu dans une position située, je vais commencer par me « situer » et dire que j'imagine que je peux à peu près me qualifier d'asexuelle, et à peu près pas de bisexuelle puisque je suis lesbienne. Accessoirement, bien que ça n'ait sans doute pas grand-chose à voir, mais disons-le quand même : je ne suis pas cis.

Une petite note là-dessus : en vrai, je suis vraiment pas fan de « l'étiquette », pas dans le sens « on est tous des êtres humains, je ne comprends pas les gens qui se mettent des étiquettes », mais que ça me gonfle VRAIMENT quand on me colle des étiquettes sans que ce soit un choix voulu. Donc pour être claire : j'ai une identité de lesbienne, parce que pour moi c'est aussi une identité politique et pas juste une orientation sexuelle, ET C'EST TOUT[1]. Ce qui veut dire par là que c'est pas parce que j'ai d'autre parcours, statuts ou je sais pas quoi que j'autorise d'autres gens à m'étiqueter avec telle ou telle étiquette et à me balancer ça à la gueule.

Donc : là je me situe parce que pour cet article ça peut être intéressant (notamment parce que je parle pas entièrement dans une position d'exteriorité et que je n'ai pas exactement la même position que celle du mec cis hétéro blanc etc. qui viendrait dire que le seul truc qui compte c'est la lutte de classes), maintenant si à un moment vous vous sentez légitime pour me ressortir les trucs que je dis sur moi dans un autre contexte, m'outer à des gens à un autre endroit, ou je ne sais pas quoi, je vous traquerai, je vous retrouverai et je vous arracherai le cœur. Ou peut-être pas, mais sérieusement, le faites pas, c'est vraiment gavant de se voir coller des termes alors qu'on a pas choisi de s'identifier avec. Je prends un peu de temps pour dire ça parce que ça arrive, et c'est pénible.

Ceci étant dit, revenons aux privilèges dont je voulais parler, et pourquoi je suis assez dubitative sur le fait de qualifier ça de privilège.

Le « privilège monosexuel »

Le plus gros problème que j'ai avec ça, comme je l'ai un peu un peu évoqué dans le précédent article, c'est que ça regroupe deux catégories différentes de population, c'est-à-dire les personnes homos et hétéros, comme si elles avaient la même place de dominants. Alors certes, on pourra me répliquer que lorsqu'on parle de privilège masculin, on met dans le même sac des mecs blancs super bourges et des mecs racisés prolos. Sauf que dans ce cas là, il y a l'idée que les statuts se cumulent, et que même un mec racisé prolo aura plus de pouvoir qu'une meuf racisée prolo.

Ce qui ne marche pas tout à fait avec l'idée de privilège monosexuel, puisqu'on ne peut pas vraiment dire que même une lesbienne monosexuelle aura plus de pouvoir qu'une lesbienne bisexuelle, vu qu'en général les catégories hétéro/bi/homo sont conçues comme à peu près mutuellement exclusives (on pourrait envisager d'autres classifications, certes, mais là actuellement c'est plutôt comme ça).

Après on pourrait me dire : ouais, mais en fait c'est juste que tu ne veux pas reconnaitre qu'en tant que lesbienne tu es en situation de domination par rapport à des meufs bies.

Ben ouais, exactement[2], et en tout cas je trouve ça bizarre de considérer que t'as la même position de domination que tu sois hétéro ou homo.

Le « privilège sexuel »

Là, c'est un peu différent, puisque par rapport au cas précédent, on pourrait effectivement dire que c'est plus compliqué pour une lesbienne asexuelle que pour une lesbienne sexuelle[3] vu qu'être asexuel ou pas c'est un truc qui est a priori orthogonal par rapport au fait d'être homo, bi ou hétéro, vu que ce n'est pas parce que tu es asexuel·le que tu n'as pas d'attirances ou envie d'avoir des relations.

Du coup je vais dire les choses de façon un peu crues et sans y aller par quatre chemins, et on verra comment c'est reçu : je suis de moins en moins pour la « non-hiérarchie de toutes les oppressions » et inclure n'importe quel vécu pas évident comme une oppression.

Autrement dit, non, je ne pense pas que les personnes « sexuelles » aient le pouvoir par rapport aux personnes « asexuelles ». Je pense qu'il y a des mécanismes d'injonction à la sexualité qui sont super pourris, mais je ne sais pas si on peut dire que c'est un truc qu profite aux personnes « sexuelles » en général, puisque je pense notamment que c'est quelque chose qui opprime énormément les meufs, parce qu'en fait je pense que la « sexualité » et les relations amoureuses en général (je suis pas persuadée qu'une relation romantique asexuelle soit exempte de ça, par exemple) c'est un lieu qui est le vecteur d'énormément de rapports de pouvoirs (notamment, mais pas que, mecs/meufs).

(Et d'autres, tiens)

En fait je crois que ce qui me gêne le plus dans tous ces « nouveaux » privilèges qui apparaissent (au sens où on en parle), c'est qu'il y a une volonté de calquer les conclusions d'une analyse sur d'autres oppressions mais sans forcément faire un réel travail de réflexion sur les rapports de pouvoir, de domination, qui se jouent. Et je me pose de plus en plus de questions sur ce que désigne exactement le terme « privilège » : est-ce que c'est l'appartenance à un groupe dominant qui détient une forme de pouvoir sur un groupe dominé, ou est-ce que c'est « juste » avoir la liberté de faire des trucs, qui devient tout de suite beaucoup plus large ? Est-ce que ça a vraiment un sens, par exemple, de parler de « privilège mince » ? Je me demande ça sincèrement alors que je suis grosse, et que j'avoue qu'il y a des moments où, oui, les personnes minces me soûlent et où j'ai pas envie de les voir, mais est-ce qu'il y a vraiment un rapport d'oppresseur au même sens que les « classiques » sexe/race/classe ? Je suis pas persuadée. Ou alors est-ce qu'on se dit que la notion de « privilège » c'est quelque chose qu'on doit dissocier de la notion d'oppresseur/opprimé ? Mais alors on parle de quoi, exactement ?

Bref, j'ai pas de réponse claire à apporter, mais je suis de plus en plus dubitative sur l'idée de non-hiérarchie absolue des luttes et d'élargissement des oppressions à plein de choses (il y avait une discussion sur la notion de végéphobie, par exemple), et en même temps j'ai pas spécialement envie de faire ma stalinienne « ce qui compte c'est la lutte de classes, le reste c'est des luttes parcellaires », mais je sais pas vraiment comment résoudre ça.

O ! Déesse de la dialectique, éclaire-moi.

Notes

[1] Pour ce qui est des identités relatives aux questions de genre de sexualité ou je ne sais pas quoi, en tout cas. Par exemple je suis aussi skin antifa et debianiste, mais ça n'a pas grand-chose à voir.

[2] On pourrait m'objecter « oui mais en milieu LGBT tout ça », ce à quoi je répondrai que le milieu LGBT et ce qui peut bien se passe dedans, je m'en cogne complètement.

[3] Je pense que parler d'asexualité et de lesbianisme ça demanderait un truc vraiment à part vu qu'il y a beaucoup l'idée que les lesbiennes n'ont pas vraiment de sexualité, ce qui ne s'applique pas de la même façon pour les gays par exemple (ni pour les hétéros, évidemment), Peut-être qu'il y a des trucs là-dessus, d'ailleurs, je sais pas.

samedi 25 janvier 2014

Sur les privileges checklists

Ça ne va pas être un billet très élaboré, mais comme ça fait longtemps que je n'ai rien posté ici, autant que je le ponde quand même...

Donc, en résumé : plus le temps passe, plus je trouve que les trucs de privileges checklists c'est bidon.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Comment ça, c'est vraiment lapidaire ? Mais euh, ça fait longtemps que j'ai pas écrit d'articles, je sais plus comment on fait. Bon, thèse, antithèse, synthèse.

Thèse : les privilege checklists, c'est de la bombe

Déjà, c'est quoi les privileges checklists ? Tout simplement des listes de privilèges que t'es censé·e avoir si t'es, mettons, un mec ou hétéro, ou cis, ou blanc, ou mince, ou « sexuel », ou « monosexuel », ou valide, ou riche, etc.

Je dois préciser que les « ou » dans ma phrase précédente sont censés être exclusifs, c'est à dire que tu dois choisis une privilege checklist là-dessus. Les deux derniers exemples sur lesquels je suis tombée :

Après on en trouve plein d'autres sur un peu tout, j'ai juste la flemme de chercher.

Quel est le but de ça ? Faire une sorte de pédagogie, pour faire prendre conscience aux membres d'un groupe qui ne vivent pas une oppression qu'il y a plein de choses qui leur semblent naturelles mais qui ne sont pas données à tout le monde. L'intention est louable, reconnaissons-le.

 Antithèse : les privilege checklists, c'est du caca

Le problème c'est que concrètement, et les deux listes que j'ai citées au-dessus sont des bons exemples de ça, ça marche moyennement. Parce que vous vous souvenez, au début, quand je faisais la liste des privilèges que t'es censé·e avoir, et que je disais que les « ou » au départ étaient censés être exclusifs ? Ben au final, ils le sont moyennement. Ce qui s'explique assez logiquement : il y a différentes oppressions qui jouent, et les privilèges que tu peux avoir parce que, mettons, t'es hétérosexuel·le ne vont pas donner concrètement la même chose si à côté de ça tu subis certaines autres oppressions.

Donc en pratique, dès que le lecteur est autre chose qu'un mec hétérosexuel blanc cis valide riche mince jeune etc., il y a des choses qui ne vont pas marcher. Ce qui fait que très rapidement tu as des listes qui ne correspondent pas aux privilèges que t'es censé·e avoir mais aux privilèges que t'as peut-être si t'as de la chance, mais en fait peut-être pas.

Les deux articles que j'ai cités précédemment, par exemple, ne marchent pas du tout si tu n'es pas hétéro et cis. À sa décharge, la liste sur le privilège « sexuel » l'admet :

Please note that some of these examples of privilege overlap with heterosexual privilege, and that some LGBTQ+ people may find that these examples do not apply to them, as they experience marginalization in their sexual identity as well

Mais en même temps ça pose question : dans ce cas, pourquoi ne pas avoir dit d'emblée que c'était, en fait, une liste de privilèges cishétéros sexuels ? Même si même là ça ne marcherait sans doute que moyennement, et que plein de personnes à la fois cis et hétéros n'auraient pas tous ces privilèges à cause d'autres choses qu'elles vivent.

Ce qui me frappe avec ces listes, c'est que les personnes qui les diffusent se considèrent souvent « intersectionnelles » [2] mais au final participent plutôt à ne pas prendre en compte les autres oppressions que celle checkée.

Ce n'est pas le seul problème que j'ai avec ces listes. Ce qui me gêne c'est qu'au lieu de parler de rapports de domination entre un groupe A et un groupe B, ou de comment des choses sont le produit d'un système patriarcal, capitaliste et raciste, on a souvent une forme de bilan comptable : toi tu peux faire ça et moi pas, sans prendre du tout en compte les rapports d'oppression qu'il peut y avoir ou pas, la façon dont certaines choses sont les conséquences de telles autres[3] ou la façon dont des choses relèvent d'un système ou pas[4].

Synthèse

Certes, ces privileges checklists (surtout populaires en langue anglaise, ce qui explique mon absence de traduction, c'est pas juste pour faire branchée) sont à la base conçues comme un outil pédagogique et n'ont pas pour objectif de se substituer à des analyses profondes. Il me semble cependant que leur format fait que ça tombe souvent à l'eau, puisqu'à moins d'être vraiment d'une bonne foi inébranlable[5] c'est quand même dur de lire un truc où il n'y a rien (ou qu'une partie) qui tape effectivement dans le mille et de te dire « ah, oui, effectivement, j'ai pas ce privilège mais je pourrais l'avoir si j'étais un mec hétérosexuel, je vois ce qu'ils ou elles veulent dire », donc je ne suis pas persuadée que ça aide beaucoup à convaincre des gens que des personnes d'un groupe donné subissent une oppression.

Épilogue

Il est d'usage, dans ce rade, de conclure un article un peu chiant à lire par une chanson de Oi!. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de chanson de Oi! sur les privileges checklists, mais si ça ne vous va pas, c'est pareil, je n'ai...

Notes

[1] Comme pansexuel, pas comme le dieu Pan

[2] Il serait peut-être intéressant de discuter un jour de l'omniprésence de ce mot dans certains milieux et de la pertinence de son utilisation à tout bout de champ par des personnes blanches, mais pour l'intant je me contenterai de paraphraser une publicité pour des frites au four en disant que ce n'est pas forcément ceux qui en parlent le plus qui en font le plus.

[3] Par exemple, j'étais tombée sur une privilege checklist pour les minces qui ne faisait pas du tout le lien avec oppression sexiste, sauf qu'en fait je ne suis pas complètement sûre que la répression au niveau de la bouffe (notamment les remarques du genre « ouh la, tu reprends du dessert, t'es sûr·e ? mais c'est pas bon pour ta ligne, hein, tu sais ? ») soit vraiment plus forte pour les mecs gros que pour les nanas, même minces.

[4] Par exemple sur l'asexualité, autant je trouve hyper pertinent de critiquer l'injonction à la sexualité et aux relations, autant les trucs du genre « l'asexualité est une orientation sexuelle comme les autres », j'avoue que ça me parle moyennement.

[5] Ce que j'admets ne pas être lorsqu'on parle de privilège « sexuel » ou « monosexuel », d'ailleurs c'est bien pour ça que je mets des guillemets, mais c'est pareil, c'est un truc que je développerai peut-être dans un autre article, si je me motive à en écrire plus d'un tous les six mois.

jeudi 26 septembre 2013

Une petite page de publicité : éditions Dans nos histoires

Je profite de la large audience de ce blog pour relayer la prochaine parution des premiers ouvrages publiés par les éditions Dans nos histoires :

Bonjour,

nous y sommes: après bien des efforts et quelques retards, nos premières histoires paraîtront bientôt! Il s'agira de:

* Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), de Lizzie Crowdagger (en novembre)

* Mulholland drive. La clef des songes, de Pierre Tevanian (en janvier)

Il y a en pièce jointe une souscription, valable jusqu'au 10 novembre, qui vous permet de les commander dès maintenant et de les recevoir au moment de leur parution. C'est pour nous le seul moyen d'assurer financièrement leur publication: merci d'avance pour votre soutient!

Le site internet: http://www.dansnoshistoires.org/

Et pour la souscription, c'est ici.

Et oui, parmi ces deux livres il y a Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires). Allez hop, un petit copié/collé :


Je suis fort heureuse de pouvoir enfin vous l'annoncer : après avoir été auto-édité pendant un certain temps, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) a trouvé un vrai éditeur, Dans nos histoires, et paraîtra en novembre prochain. Il est d'ores et déjà possible de le précommander en participant à la souscription pour le prix de 9€.

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— J’ai conscience que, pour beaucoup de gens, je ne peux pas être une vraie lesbienne parce que je suis trans. Et j’avoue que j’ai du mal à imaginer qui pourrait tomber amoureuse d’une fille comme moi.

— Je vais te donner le même conseil qu’aux jeunes vampires qui viennent de subir leur transformation et qui ont une sale tendance à se lamenter sur le fait qu’ils sont des monstres et qu’on les regarde bizarrement : oui, c’est difficile au début, oui, les gens sont des connards, mais, non, je ne suis pas la bonne personne auprès de qui venir chercher du réconfort ou à qui déclamer des poèmes qui illustrent la douleur de ton âme tourmentée. Rassure-moi, tu n'écris pas de poèmes ?

Constituée de trois histoires où l'on suit le parcours de la narratrice, Cassandra, et d'un gang de lesbiennes surnaturelles, les Hell B☠tches, cette oeuvre mélange thématiques féministes, lesbiennes, trans avec vampirisme, motos et gros calibres.

Que puis-je dire d'autre pour vous donner envie de le précommander ? Voyons :

  • en dehors de la narratrice, il y a plein de personnages cools, notamment Morgue et Sigkill dont vous pouvez déjà lire deux nouvelles de « présentation » (et, promis, je mettrai un vrai extrait du livre à un moment) ;
  • vous pourrez frimer auprès de vos potes LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans) en disant que vous avez lu le premier livre (à ma connaissance, il faudrait vérifier) qui traite de la question de l'inclusion des personnes trans dans les gangs de bikeuses vampiriques ;
  • si vous le précommandez maintenant, vous n'aurez pas à le demander en librairie, ce qui vous évitera de devoir perdre trente secondes juste pour prononcer le titre ;
  • c'est une maison d'édition qui est toute nouvelle, et je m'en voudrais si elle se cassait la gueule parce que mon bouquin ne se vend pas ;
  • j'ai dit qu'il y avait des motos, des vampires et des flingues, mais ai-je mentionné qu'il y avait aussi des loups-garous et des explosions ?

lundi 16 septembre 2013

Les dérives confusionnistes de Pièces et Main-d'œuvre

Pièces et Main d'œuvre est un groupe anti-tech grenoblois, qui, on va résumer très brièvement, offre une vision critique de la technologie, par exemple vis à vis des nanotechnologies et produit un certain nombre d'articles sur ce sujet. Fort bien.

Le problème, c'est que depuis quelques mois, le site Pièces et Main d'œuvre multiplie les productions et reprises d'articles pour le moins problématiques. Allez, on va faire par ordre chronologique :

Éloge du patriotisme républicain

Le 12 janvier dernier, PMO publie un texte de Ragemag intitulé : Devoir d'insolence : nique les bobos. Je vous invite d'ailleurs à vous renseigner un peu sur RageMag ici ou , mais vu le contenu du texte ce n'est pas forcément la peine : l'article propose : « contre le repli identitaire, le patriotisme républicain ». Contre l'anti-France, aussi. Le tout ayant pour objet de dénoncer le soutien des Inrocks à une pétition soutenant deux personnes accusées de racisme anti-blanc pour une chanson Nique la France. Une chanson rythmée par la haine, selon Ragemag :

Une chanson anticapitaliste, quoi de mieux pour plaire à la conscience simplette du gaucho de base que je suis ? Qui oserait douter de la bonne parole de ces fiers chevaliers du travail ? Et pourtant, ce n’est pas uniquement ce que l’on trouve dans cet « hymne rouge ». Une simple lecture en diagonale permet de remarquer un antipatriotisme échevelé, une focalisation sur le racisme venant des Blancs (ou « bidochons ») et visant les « Noirs et les Arabes », et quelques insultes au passage à l’égard de Caroline Fourest.

Le tout avec un chapeau qui doit être signé de Pièces et Main d'œuvre, vu qu'on ne le trouve pas sur le site de Ragemag : 

Un animateur de radio faisait récemment remarquer que les Français était le seul peuple à s’être donné un surnom péjoratif : franchouillard. On ne sait si le fait est vrai, il n’en reste pas moins que l’auto-dénigrement est un trait national de plus en plus accusé. Allez, dites-le, faites un effort, poussez, poussez : "J’ai hoooooonte de la France". Bravo. Bel étron. Il en est tant qui, se pliant au conformisme dominant, préfèrent avoir honte de leur pays qui n’en peut mais, plutôt que d’eux-mêmes. En fait, ces soi-disant honteux sont pétris de fierté. Ils sont fiers de leur honte, et en tirent un surplomb moral et politique sur ceux qui n’ont pas honte. C’est la fierté des renégats.

L'anti-fascisme, c'est has-been

Acte II. Le 18 juin 2013, PMO publient un texte de leur cru, intitulé Bas les pattes devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au techno-totalitarisme. Ce texte fait les louanges de Snowden, dénonce le techno-totalitarisme, Facebook et compagnie. En soi, rien de mal[1].

Le texte en profite pour taper sur les antifascistes, parce que Clément Méric est mort quelques jours avant et qu'il y a eu une mobilisation en réaction qu'il n'y a pas eu pour Edward Snowden :

En France depuis le 10 juin 2013, aucune des organisations qui, avant ou depuis le meurtre de Clément Méric, clament l’urgence de la « lutte antifasciste », n’a pris la défense de Snowden. Aucune manifestation de soutien, aucun communiqué, aucun appel contre la surveillance totale, y compris celle de la DGSE française (services secrets extérieurs), comparée par un ex-agent à une « pêche au chalut ». (2) À ce jour, le seul appel pour l’asile politique de Snowden en France émane de Marine Le Pen. Un coup de pub dont le Front de Gauche n’a pas été capable.

Ou encore : 

En France, le rétro-fascisme à front bas et crâne ras, qu’on reconnaît au premier coup d’œil, obsède l’anti-fascisme rétro, patrimonial et pavlovien, tout ému de combattre la bête immonde qu’on lui a tant racontée et qu’il croit connaître. Il est vrai qu’ils partagent quelquefois les mêmes goûts en matière de look et de dress code. Les skinheads, c’est quand même plus simple que les RFID et la « planète intelligente » d’IBM.

Et puis, du coup, PMO estime que c'est pertinent de comparer les boneheads de Troisième Voie aux délinquants de banlieue :

Facebook n’a pas plus balayé Ben Ali et Kadhafi, que les abrutis de Troisième Voie et des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires ne menacent la démocratie. (...)

Ils sont, en somme, le pendant rural des délinquants de banlieue. De ceux qui, en septembre 2012, massacrèrent Kevin et Sofiane à la Villeneuve d’Echirolles, parce qu’ils étaient d’un quartier différent.

Mouais.

Homophobie

Acte III : Pièces et Main d'œuvre décide manifestement que, si les analyses des antifascistes ne sont plus très pertinentes, il faut se tourner vers les analyses des fafs. Le 11 juillet 2013 est publié À fronts renversés, un article supprimé d'Indymedia Grenoble. PMO expliquent pourquoi ils le publient :

Nous publions ci-dessous un article trouvé dans les poubelles d’Indymedia Grenoble. Le site de libre publication l’a refusé, sans doute en raison de son intelligence, qui tranche fâcheusement avec le tout venant de ses contributions.

Ah, bon, Indymedia Grenoble doit être un site de teubé·e·s qui refusent tout ce qui est intelligent. Soit. Lisons donc l'article.

La calamiteuse affaire du mariage homosexuel, le mariage pour tous dans la novlangue du pouvoir, y participe, où une petite minorité activiste qui revendique à la fois l’onction des corps constitués et l’aura sulfureuse de la transgression quand ça l’arrange, semble avoir pris le gouvernement et la gauche entière en otage pour faire passer une loi emblématique du « mon cul ma gueule » qui tient lieu de philosophie à une grande partie de la société ; une loi qui est à la mesure de leur quête éperdue de reconnaissance et de normalité, mais qui heurte le sens commun de la plupart des gens ordinaires, qualifiés en cette occasion comme en d’autres d’arriérés ou d’ incultes incapables de vivre avec leur temps et de se mettre en phase avec les évolutions sociétales.

Ah, d'accord, en fait le texte n'a pas été supprimé d'Indy Grenoble parce qu'il était trop intelligent, mais parce qu'il était complétement homophobe.

Face à la bien-pensance, quelle est la solution ? L'église catholique, même si elle fait trop d'efforts pour se rendre acceptable et devait, on le suppose, être plus cool avant.

Dans ce combat homérique, l’Église catholique fait toujours figure de repoussoir, comme de bien entendu. Mais si elle est en bute à tant d’agressivité, ça n’a plus rien à voir avec les combats laïque du passé, ni avec la lutte contre l’obscurantisme, comme l’imagine naïvement l’extrême-gauche, dont le fond de commerce, en ce qui concerne les questions de société-, est constitué d’un ensemble de demi vérités que les évolutions du capitalisme ont peu à peu transformées en véritables mensonges- ; c’est seulement qu’elle porte encore, malgré tous ses efforts pour se rendre acceptable au monde tel qu’il est, des valeurs de transcendance qui ne sont pas complètement réductible à la sous-culture de consommation.

Bon, d'accord, ce n'est pas un texte signé par Pièces et Main d'œuvre. Ils se sont contentés de le sortir des poubelles d'Indymédia Grenoble de le pubiler, et d'expliquer à quel point il était intelligent. Et puis ils n'avaient manifestement pas envie de s'arrêter là, et décident, le 31 juillet, de publier Faut-il changer la nature de la filiation ?, écrit à l'origine par Hervé le Meur dans la revue l'Écologiste.

Je vais passer rapidement sur ce texte, parce qu'il y a déjà une analyse conséquente à son sujet, Allez, juste une petite citation, qui correspond à ce que j'en pense :

Mais toute cette emphase ne parvient ni à dissimuler le caractère confus de l’argumentation ni à en rendre l’idéologie acceptable. Naïvement naturaliste, tout le propos participe à la justification des positions homophobes et anti-féministes. Ode à la famille nucléaire hétérosexuelle, à la maternité « naturelle », et à l’ordre hétérosexiste, ce texte s’en prend tout azimut à l’homoparentalité, aux lesbiennes, aux « théories du gender », aux intellectuels qui « haïssent l’engendrement naturel », etc.

Bref, ce texte est dans la lignée du précédent, en un peu plus subtil.

Que dit PMO de ce texte ? Le plus grand bien :

La revue l’Ecologiste (disponible en kiosque et par correspondance sur www.ecologiste.org) publie dans son numéro d’été 2013 un article d’Hervé Le Meur, consacré à la reproduction artificielle de l’humain (RAH), PMA en novlangue (Procréation médicalement assistée).

Ça part bien..

Cet article réussit la prouesse d’exposer en trois pages claires et concises, les enjeux liés à la nature de la filiation, et les bouleversements que la social-technocratie "post-moderne", "libérale libertaire", entend lui infliger, notamment à la suite du "mariage pour tous" (c’est-à-dire homosexuel). Haine de la nature, de tout ce qui naît, par opposition à ce qu’on fabrique. Haine de l’inné. Haine de la maternité, des mères et des pères. Biophobie et anthropophobie. Manipulations génétiques et manipulations de langage (les unes ne vont pas sans les autres). "Dérives" (prétendues dérives) eugénistes et marchandes.

Vous reprendrez un peu d'homophobie discrète ?

Et puis "l’altérité", ne serait-ce pas un concept hostile à l’égalité pour tous ? Heureusement nous sommes tous de plus en plus égaux ; tous pareils ; tels des foetus en kit personnalisés. Merci Ikea ! Merci Baby World Company !

Non, Frigide Barjot n'a pas été recrutée par PMO (elle a une page Facebook et ils sont anti-tech, alors c'est pas possible).

 Conclusion

Sur leur page de présentation, Pièces et Main d'œuvre disent notamment :

Nous refusons la bien-pensance grégaire

Ce qui prouve bien que c'est vraiment l'argument utilisé par tous les réacs.

Plus sérieusement, Pièces et Main d'œuvre est peut-être un site et un collectif qui a fait des analyses pertinentes dans le passé, et qui va sans doute continuer à le faire sur des questions comme les RFID, les nanotechnologies ; toujours est-il qu'à l'heure actuelle il s'agit d'un site qui publie des articles on ne peut plus douteux et qu'il faut espérer que les organisations libertaires et anarchistes réfléchiront à deux fois avant de leur faire de la publicité en relayant leurs articles sans se poser de questions.

Notes

[1] On pourrait sans doute critiquer la façon dont Julian Assange a beaucoup été présenté comme grand martyr du complot américano-suédois en dénigrant les deux femmes qui l'ont accusée de violences sexuelles, mais cela n'est pas propre à PMO et en l'occurrence, dans cet article précis, le nom d'Assange n'apparaît assez bizarrement que dans le titre.

mercredi 28 août 2013

La non-mixité de dominants, c'est caca

J'avais prévu un titre plus subtil, mais en fait ça résume bien.

Il fut un temps où j'étais encore jeune et naïve et où j'avais un avis plus nuancé sur le sujet, où je me disais que dans certains cas, si c'était fait avec des bases claires et dans une optique de questionner tes privilèges et blablabla, ça pouvait se justifier. J'en suis revenue.

Avant de commencer, précisons qu'il y a deux types de non-mixité de dominants : celle qui est ouvertement caca, et celle qui essaie de couvrir les mauvaises odeurs.

La première, c'est tous les groupes réservés aux mecs (ou aux blancs, etc) à cause de vieilles traditions patriarcales (ou racistes, etc.) ouvertement assumées. Ça mérite pas spéciament qu'on en parle parce que je pense que dans le milieu un peu progressiste il y a consensus pour dire que c'est de la merde. En tout cas pour certaines oppressions, peut-être pas pour toutes, mais bon, là je vais surtout parler des trucs réservés aux gars, pas trop du reste.

Ce dont je vais surtout parler, c'est la seconde catégorie, en l'occurrence les groupes de mecs qui estiment que c'est trop bien de se retrouver en groupe de mecs pour déconstruire ses privilèges, lutter contre le patriarcat, etc.

Mais avant d'en venir là, je précise qu'un autre truc dont je vais pas parler ici, c'est les groupes non-mixtes de fait. Du genre, t'as un groupe anarchiste composé uniquement de mecs (ou de blanc·he·s, ou d'hétéros, ou...), ce qui est quelque chose qui est assez couramment et qui pose plus ou moins de questions selon la taille du groupe (si sur trois personnes y'a que des gars, ça peut être la faute à pas-de-chance ; si c'est sur 30 personnes, ça pose déja plus question sur les pratiques du groupe en question), mais qui est pas un truc revendiqué.

Donc, voilà, les groupes non-mixtes gars en mode «pro-féministes». Ou parfois pas «pro-», d'ailleurs, il y en a qui se revendiquent «féministes» tout court.

Il faut reconnaître un truc, quand même, et c'est pour ça que j'avais dans le temps un avis plus nuancé sur le sujet, c'est que ça part de bonnes intention, notamment de moins faire porter aux meufs une partie de la pédagogie faite aux gars pour leur dire «si, quand tu dis/fais ça, c'est sexiste. Oh non, ne pleure pas mon petit chou».

Et sur ce point, effectivement, c'est bien quand des dominant·e·s se bougent le cul pour remettre en place les membres de leurs groupe, ça évite que les dominé·e·s, ou en l'occurrence les féministes, se retrouvent complétement épuisées, et soient en plus les grandes connasses qui arrêtent pas de faire chier les gens parce que les autres bouffons sont incapables d'ouvrir leur gueule face à leurs potes.

Cela dit, il y a pas besoin de non-mixité gars pour ça, et encore moins de rajouter un autre cadre de non-mixité masculine dans un milieu où ça arrive tout de même assez souvent de fait.

Et c'est ça le problème des groupes non-mixtes de dominants, c'est que ça rajoute de la socialisation, de la convivalité, et au final de la solitarité, entre dominants. Je pense que sur à peu près toutes les oppressions il y a le truc où quand t'es membre du groupe dominant tu as beaucoup plus de facilité à créer des liens avec d'autres gens, à avoir des réseaux, et surtout à créer des liens et avoir des réseaux avec des gens qui ont une certaine place sociale, une reconnaissance, etc. En tout cas pour ce qui est du sexisme c'est flagrant : par exemple dans tous les groupes militants mixtes que j'ai côtoyés, c'est surtout des gars qui étaient capable de relayer telle information venant d'une autre ville parce qu'ils ont un pote là-bas, ou sont en contact avec tel groupe, etc.

Donc à partir du moment où tu permets à des gars, et uniquement des gars, de créer d'autres liens avec des gars, et uniquement des gars, quelles que soient les bonnes intentions de base, ça participe à accentuer une oppression qui existe déjà. C'est évidemment pire quand c'est des groupes de gars qui ont une existence durable, parce que ça veut dire que tu sais qu'au bout d'un moment, si le groupe ne se pète pas la gueule violemment, c'est que les discussion ne portent pas sur «oh, toi t'arrêtes pas de faire de la merde sexiste, tu vas te calmer», mais que c'est sans doute des rapports cordiaux, voire amicaux. Et c'est évidemment pire quand tu fais pas un petit truc local, mais que tu veux faire de grandes rencontres pour mettre plein de mecs de différentes villes en contact.

Et là, que je sois claire : pour l'instant je pars uniquement des groupes où ça se passe relativement «bien», et où c'est pas en train de dériver soit vers un groupe masculiniste, soit vers un groupe «pro-féministe» qui a mieux compris le féminisme que ces connes de meuf.

La première dérive, le masculinisme, est sans celle pour laquelle il existe le plus de critiques : c'est lorsque des gars passent du mode «déconstuire leur privilége» et «réfléchir sur en quoi ils sont des oppresseurs» à «quand même c'est dur d'être un mec, ta meuf elle peut avorter sans te demander ton avis». Je vais pas m'étendre là-dessus parce que, là encore, ça me paraît évident que c'est de la merde.

La seconde dérive est peut-être moins perçue comme problématique : c'est quand un groupe de gars décide de faire des actions publiques (qu'il s'agisse de réunions, d'actions, d'affiches, d'autocollants, de tracs, peu importe) pour lutter sur la question du féminisme. Ce qui là encore peut partir de bonnes intentions, mais quand t'y réfléchis un peu ça revient à avoir un groupe qui prétend être actif sur la question du féminisme et dont sont tout simplement exclues les meufs. Et comme en général ces gars n'ont pas à gérer ce que les meufs féministes ont à gérer au quotidien, comme gérer des agresseurs, essayer de soutenir les copines agressées, ne rien oser faire de peur de se faire agresser, bizarrement ça va être les groupes qui vont faire les trucs valorisants, les trucs les plus publics, etc. Sans compter qu'évidemment c'est plus facile d'avoir de la visibilité quand tu as des capacités de réseauter avec des gens qui ont ou simplement d'avoir toi-même une position sociale de ouf. Prenons l'exemple de Zero Macho, qui se revendiquent «des hommes contre la prostitution» ou «fiers de ne pas être clients». En dehors des positions politiques qu'ils peuvent avoir, si tu regardes leurs positions sociales c'est assez hallucinant : y'a trois porte-paroles, dont Patric Jean, réalisateur de documentaires quand même bien diffusés (son film «la domination masculine» est, je pense, le documentaire sur la question du sexisme le plus diffusé ces dernières années), et Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Perso je connais peu de groupes non-mixtes meufs avec une documentariste renommée et une rédactrice en chef de journal, au mieux y'a une meuf qui mets des vidéos sur youtube et une qui fait un fanzine.

Au-delà de ça, rien que sur le principe, le résultat concret qui est de donner de la visibilité à des mecs sur la question du féminisme est plus que problématique. Est-ce que ça veut dire que je pense que les mecs peuvent absolument pas s'impliquer sur cette lutte ? Ben en fait, même pas, mais y'a d'autres façons de faire, tu peux être en soutien sans te mettre (individuellement ou collectivement) en avant en tant que mec, tu peux commencer par essayer de faire avancer les choses dans les groupes dont tu fais partie, etc. Mais faire un groupe de mecs, dont les meufs sont exclues, pour prendre la parole sur cette question, c'est une purée de mauvaise idée.

J'ai l'impression que le problème des groupes de gars là-dessus, c'est qu'il y a une vision naïve de la non-mixité, qui prend pas en compte que la non-mixité de meufs (ou n'importe quel groupe opprimé) est un élément de lutte, d'autonomie, etc., alors que dans l'autre sens c'est juste renforcer une oppression qui existe déjà de fait à plein d'endroits. Et du coup t'en arrives à avoir des groupes de gars où il faudrait respecter la confidentialité des échanges, parce que c'est de la non-mixité, alors que c'est de la non-mixité de dominants et que le minimum serait de rendre des comptes au groupe au nom duquel tu prétends avoir créé ce groupe au départ.

Voilà pour les arguments qui relèvent de l'analyse, y'a un autre truc qui est plus compliqué à étayer puisque je ne peux évidemment pas balancer de noms, c'est que perso, dans les milieux militants, je trouve ça fou le nombre de types qui traînent des casseroles d'agression ou de viol qui ont fait partie à un moment ou à un autre de groupes non-mixtes mecs censés leur permettre de se déconstruire et de ne plus être des oppresseurs. Au mieux je pourrais me dire que ces groupes ne marchent pas, mais en fait je pense que si, malheureusement : ils offrent à des gars des outils supplémentaires pour opprimer des meufs.

Tout ça pour en conclure avec le point de départ : la non-mixité de dominants, tu peux mettre tout le désodorant que tu veux pour essayer de masquer l'odeur, c'est caca.

dimanche 25 août 2013

Moi aussi, j'ai envie d'écrire un texte réac

Avant d'écrire ce qui suit, je tiens à préciser que je n'ai rien contre les croyant·e·s. J'ai des ami·e·s croyantes. Et puis je ne suis pas raciste : j'ai même longtemps vécu au Maroc, comme dirait OSS117.

Non, ce qui me pose problème, ce sont les gens qui ne s'intègrent pas. Parce que notre belle république est quand même un putain de fleuron des droits de l'homme, et tout serait beau et bien si les gens s'intégraient à notre belle république une et indivisible. Et laïque. Laïque, c''est important. Ça veut dire que tout le monde est libre de ses opinions religieuses, à condition d'avoir une façon de l'exprimer qui fasse ben d'chez nous.

Prenez les meufs voilées. Quitte à se mettre un truc sur la tête, ça pourrait être un béret bien de chez nous, mais non, il faut qu'elles mettent un hijab, si c'est pas malheureux. Elles n'ont rien compris à la laïcité, parce que la laïcité, ça dit qu'il faut pas de signes religieux ostentatoires. D'ailleurs moi je suis une vraie athée laïque : la preuve, j'en ai rien à foutre des religions. Rien du tout. C'est pour ça que je passe mon temps à réfléchir pour déterminer si tel morceau de tissu c'est un truc religieux. En gros, si c'est sur une meuf musulmane, c'est religieux : t'as enlevé ton voile, mais t'as une jupe longue ? OS-TEN-TA-TOIRE. Raah ça m'énerve ces idiot·e·s qui ne comprennent pas ça. C'est facile pourtant : musulmane + tissu = ostentatoire.

En plus ce qui m'énerve avec les musulmanes, c'est qu'elles ne comprennent pas qu'il faut les libérer. Oh, je ne dis pas que je suis contre le slogan « Ne me libère pas, je m'en charge » D'ailleurs, en tant que bonne blanche laïque et athée, je l'applique aussi : « Ne te libère pas, je m'en charge ». Je veux dire, y'a des limites aux slogans, quand même.

C'est comme la non-mixité. En tant que féministe, quand des meufs se retrouvent en non-mixité, je trouve ça cool. Mais y'a des limites. Comme la piscine. Bordel, tu te retrouves pas en non-mixité à la PISCINE, là c'est abusé, c'est du communautarisme et du musulmanisme radical. Horreur. La non-mixité, ça va, mais pas dans l'eau, merde.

Et puis il y a les islamo-gauchistes, cette tendance de l'ultragauche vendue à la solde du fascisme vert qui veut draguer le musulmanisme radical par pure démagogie individualo-libertarienne. Ces gens ne se rendent même pas compte de l'inanité qu'il y a à se revendiquer progressistes sans soutenir la république une, individible, et la-fucking-ïque.

Certaines personnes sous-estiment la façon dont ce communautarisme minoritaire met en danger les fondements de notre beau pays aux 42 000 clochers. C'est bien simple : il y a certaines rues de mon quartier où tous les numéros, je dis bien tous, sont notés avec des chiffres arabes. Rendez-vous compte.

La république, tu l'aime ou tu la quittes, pardon, je me suis un peu emportée, je veux dire que ça ne se négocie pas, et qu'il est important que tout le monde participe à une intégration bien-pensée pour qu'on puisse vivre ensemble. Et vivre ensemble correctement, ça se fait autour d'un apéro saucisson-pinard.

(Toute ressemblance avec des textes ou des propos tenus par des personnes existant ou ayant existé ne serait que purement fortuite, évidemment.)

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