Lacets rouges et vernis noir

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vendredi 29 août 2014

Sortie d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)

Je me rends compte que je n'en ai pas encore parlé sur ce blog, mais il n'est pas trop tard pour corriger ce fait : hier, le 28 août, c'était le jour de sortie d'Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) ! Le livre peut être commandé directement sur le site de l'éditeur, Dans Nos Histoires, ou a priori dans n'importe quelle librairie.

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Le quatrième de couverture

« J’ai conscience que, pour beaucoup de gens, je ne peux pas être une vraie lesbienne parce que je suis trans. Et j’avoue que j’ai du mal à imaginer qui pourrait tomber amoureuse d’une fille comme moi.

— Je vais te donner le même conseil qu’aux jeunes vampires qui viennent de subir leur transformation et qui ont une sale tendance à se lamenter sur le fait qu’ils sont des monstres et qu’on les regarde bizarrement : oui, c’est difficile au début, oui, les gens sont des connards, mais, non, je ne suis pas la bonne personne auprès de qui venir chercher du réconfort ou à qui déclamer des poèmes qui illustrent la douleur de ton âme tourmentée. Rassure-moi, tu n’écris pas de poèmes ? »

Afin d'avancer dans son parcours transsexuel, Cassandra décide de se procurer des hormones de manière illégale, sans se douter que l'association lesbienne à laquelle elle s'adresse sert en fait de couverture à un gang de motardes surnaturelles. A travers un univers fantastique mêlant vampires, loups-garous et sorcellerie, le roman de Lizzie Crowdagger nous raconte l'histoire d'une émancipation. 'Vous avez toujours trouvé que les biographies trans manquaient de guns et de motos ? Vous n'avez jamais compris cette obsession pour la poésie chez les auteures lesbiennes ? Alors vous aimerez Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), située entre 'Buffy', 'True Blood' et 'Sons Of Anarchy', mais avec plus de gouines'.

Quelques petites choses en plus

Si le quatrième de couverture n'est pas suffisant pour vous faire une idée (ou que vous avez envie de retrouver brièvement certains personnages après avoir lu le livre), j'avais aussi écrit quelques petites nouvelles centrées sur des personnages qui apparaissent dans ce roman :

Accessoirement, si vous n'avez pas d'argent pour acheter le livre, ce n'est pas la peine de le voler en magasin ou de chercher une version numérique pirate sur un site bourré de publicités, il est possible de le lire en ligne sur le site de l'éditeur.

Voilà, c'est tout pour cette annonce : j'avais prévu d'en raconter un peu plus sur l'écriture de ce livre mais je suis un peu en retard, alors ce sera pour les jours à venir, si ça vous intéresse. En attendant, j'espère que ce bouquin plaira à celles et ceux qui le liront !

Critique cinéma : X-Men : Days of the future past (avec spoilers)

Et nous revoilà pour ma seconde partie de ma critique cinéma sur le dernier X-Men (la première étant ici). Vu que là, je vais vraiment parler du film, autant prévenir qu'il va y avoir des spoilers.

Lire la suite...

Critique cinéma : X-Men : Days of the future past (sans spoilers)

Il est rare que je fasse des critiques cinéma sur ce blog. Il y a à cela une raison principale : je ne suis pas une très bonne critique. J'ai un rapport assez basique aux films et en général tout ce que je peux en dire quand je les ai aimés, c'est « c'était cool, il y avait des gros flingues, plein d'explosions et des course-poursuites ». Et comme c'est des ingrédients constitutifs de la plupart des films que je regarde, si je faisais des critiques cinéma régulières, on tournerait vite en rond.

Cela dit, il se trouve que sur le dernier X-Men, j'ai des choses à dire. Pertinentes, ça reste à voir, mais il me semblait absolument vital de les partager.

Le Diesel Test

D'abord, il convient de signaler, si vous ne l'aviez pas compris aux premiers paragraphes, que je ne fais pas trop partie des féministes hyper critiques sur ce que je regarde. J'aime bien les films d'action comme j'aime bien la junk food. Et pour les deux, je crois que je préfère les apprécier sans examiner trop en détail le genre de saletés toxiques que ça peut contenir. Comme on dit en anglais, ignorance is bliss.

Bref, je ne m'amuse pas trop en général à regarder si un film passe le « Bechdel Test ». Si vous ne connaissez pas, pous passer le Bechdel test il faut trois critères : d'abord, qu'il y ait au moins deux femmes, ensuite, qu'elles se parlent à un moment du film et, pour terminer, que ce soit d'autres choses que de mecs. Il y a paraît-il assez peu de films qui passent ce test, ce qui montre qu'il y a une certaine misogynie à Hollywood.

Bon, c'est très triste et c'est pas bien, mais quand je regarde un film, je m'intéresse surtout à savoir s'il passe le Diesel test :

  1. Est-ce qu'il y a Vin Diesel dans le film ?
  2. Est-ce que Vin Diesel met un coup de boule à un moment du film ?
  3. Est-ce que le coup de boule en question est sauté ?

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Coupons court à tout suspens : je crois bien que X-Men : jours du passé antérieur ne passe aucun de ces deux tests.

La mauvaise foi est politique

Maintenant, il y a des tristes sires qui n'ont pas la même vision du cinéma que moi, et qui aiment pinailler et décortiquer d'un point de vue politique ceux qu'ils regardent. Et parmi ces gens, il y en a qui sont un peu over the top ou, pour prendre une expression un peu plus française, qui pousse parfois un peu le bouchon dans les orties. J'ai nommé : Le cinéma est politique.

Évidemment, ils ont pas trop aimé ce film. Notamment parce que, je cite :

En faisant de Mystique une méchante qui doit être matée, le film me semble donc véhiculer un discours que l’on pourrait qualifier de « transphobe ».

La première fois que j'ai lu ça, ma première réaction a été :

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Parce qu'il faut quand même le dire, quitte à spoiler sans prévenir : il n'y a rien dans le film qui indique que Mystique est une femme trans. Mais bon, il y a quand même une justification :

Si Mystique n’est pas à proprement parler un ou une trans et que sa capacité à se métamorphoser instantanément en n’importe qui n’a pas grand-chose à voir avec les transitions effectuées dans la réalité par les trans, son pouvoir contient tout de même un potentiel subversif vis-à-vis l’ordre cis dominant.

Et attention, la justification ultime : 

Le potentiel subversif de Mystique apparaît également dans ce témoigne d’une trans, qui raconte ce qui l’a attirée dans ce personnage dès son plus jeune âge :

S'ensuit alors un témoignage de femme trans.

Et là, je trouve ça génial, parce que du coup, moi aussi je peux dire :

Si Wolverine n’est pas à proprement parler une lesbienne butch, le fait qu'il fasse de la moto et fume le cigare contient tout de même un potentiel subversif. Le potentiel féministe de Wolverine apparaît également dans ce témoignage d'une butch, qui raconte ce qui l'a attirée dans ce personnage :

  1. Wolverine a des rouflaquettes. Et c'est cool.
  2. Wolverine fume le cigare. Et c'est classe.
  3. Wolverine fait de la moto. Et plein de lesbiennes fantasment sur les motos.
  4. Wolverine met des chemises de bucherons. Les mêmes chemises que pas mal de butches.
  5. Wolverine a des griffes rétractiles. Ce qui est vachement pratique pour plein de lesbiennes pour réconcilier ongles longs et faire du sexe avec ses doigts sans trop risquer de se couper.
  6. Wolverine devient vraiment le personnage que l'on connaît à partir du moment où il subit une opération (qui transforme son squelette en Adamantium), ce qui est une dénonciation d'une vision restrictive d'un parcours transsexuel ;
  7. Wolverine, peu après cela, perd la mémoire, ce qui est là encore une dénonciation de la vision du parcours transsexuel tel qu'il est imposé, où il faut absolument oublier toute trace de son passé ;
  8. Wolverine a une moto, mais je crois que je l'ai déjà dit.

Conclusion temporaire

Ce qu'il faut conclure de tout cela, c'est que dorénavant, grâce à moi, vous pourrez dire que tout film qui a Wolverine comme héros est un film fort sur la visibilité lesbienne et trans. Malheureusement, à ma connaissance pour l'instant aucun d'entre eux ne passe le Diesel test, alors ce n'est pas parfait.

Et avec tout cela, on n'a toujours pas parlé du film dont on est censé parler, à savoir le dernier X-Men. Comme cette article commençait à se faire long, je réserve cela pour la prochaine fois. Et cette séparation tombe plutôt bien, parce que pour la suite, ça va spoiler.

lundi 25 août 2014

Quelques réflexions sur la représentation des homos dans la fiction

Il y a quelques temps, j'étais tombée sur cet article de Marie Ozymandias intitulé l'Effet True Blood, qui reprochait notamment à la série True Blood sa façon de représenter les gays, et plus particulièrement Lafayette :

Le seul personnage principal homosexuel est Lafayette. Et il regroupe à peu près tous les clichés les plus négatifs qu’on peut avoir sur les homosexuels.

(...) Le problème vient du fait que le seul personnage ouvertement gay et appartenant au casting principal du début de la série est aussi le personnage le plus stéréotypé possible: il est dealer, il est prostitué, il se maquille. Alors j’entends déjà des personnes me rétorquer qu’il s’agit d’un personnage complexe qui essaie de survivre comme il peut. Certes, mais pour ce qui est de personnages homosexuels, il est le seul à vraiment être présent et à avoir du temps d’écran. Et il est défini par un amas de clichés sur les homosexuels… donc non, True Blood n’est pas exactement gay-friendly vu l’image qu’elle nous donne de Lafayette.

On retrouve d'ailleurs des critiques assez similaires dans la vidéo d'Anita Sarkeesian sur cette série. Toujour est-il que ce passage me posait problème ; s'en était suivie une petite discussion avec l'auteure de ce texte et j'avais promis de faire un article pour développer un peu. Dont acte.

L'importance de la prise en compte de la classe (au sens badass)

Pour résumer : j'ai un problème avec le fait de reprocher à des personnages gays d'être «effeminés» ou «folles» parce que ça correspondrait trop aux stéréotypes. Il me semble que ça ignore une partie importante de l'équation, qui est qu'en l'occurrence à aucun moment le fait que Lafayette se maquille ou porte des vêtements «féminins» ne me semble, dans la série, présenté comme négatif. Au contraire, Lafayette est un personnage classe, plutôt badass, et n'a pas du tout le rôle de la folle ridicule qui sert juste à faire rire.

On peut, certes, reprocher à True Blood de ne pas avoir plus de personnages gays, ce qui permettrait effectivement de montrer une plus grande diversité (même si, comparativement à d'autres séries ou films, il y a déjà pas mal de personnages gays dans True Blood). Par contre, il me paraît délicat de reprocher à un personnage homosexuel de ne pas représenter l'ensemble de ce que peuvent être les homosexuels. Si Lafayette était un petit-bourgeois viril, la représentation des homosexuels ne serait pas plus diverse pour autant et ne représenterait pas plus l'ensemble «des gays».

Car en disant juste que la représentation d'un gay comme «folle» est un stéréotype ou un cliché, on risque de faire l'impasse sur le fait que ce n'est pas, pour autant, qu'il n'existe pas de gays «effeminés» ou «folle» (ou de lesbiennes butches ou masculines, pour parler un peu des meufs). Certes, il est envisageable de critiquer le fait que ce soit les seuls à être représentés dans la fiction. Il me semble néanmoins que cette affirmation n'est vraie.

D'accord, il y a un certain nombre de représentations homophobes de personnages de folles, qui ne proposent pas de personnages intéressants auxquels on a envie de s'identifier ; par contre, on trouve peu de représentations positives de ces personnages. À vrai dire, dans le domaine des séries ou films populaires pas spécialement à thématique LGBT, je n'en vois pas beaucoup d'autres que Lafayette.

Par ailleurs, il commence tout de même à y avoir un certain nombre de personnages gays représentés de manière un peu positives dans la fiction, et en général ceux-ci ne sont, pour le coup, pas spécialement des folles. Juste deux exemples, là comme ça, plus pour appâter le lectorat en mettant des images de mecs beaux gosses que par argument politique :

  • Le personnage d'Omar Little dans la série The Wireomar-little.jpg
  • Le sergent Porter Nash dans le film Blitz (à droite ; d'accord, le personnage n'est peut-être pas super-viril en tant que tel, mais il est quand même co-équipier de Jason Statham, quoi) blitz_01-596x396.jpg

Ceci étant dit, je veux bien admettre que sur ce point précis, je puisse ne pas avoir une vision complète de la production cinématographique et télévisuelle, mais toujours est-il que si l'on veut critiquer telle ou telle surreprésentation dans les personnages homos dans les séries ou au cinéma, il me semblerait plus pertinent de regarder l'ensemble de la production plutôt que de s'intéresser uniquement à un personnage ou à une œuvre. Et surtout, de ne pas mettre dans le même sac des représentations de folles qui visent uniquement à servir de blagues homophobes et les vrais personnages intéressants. De fait, sans avoir fait d'analyse sociologique, j'aurais plutôt l'impression que les personnages gays qui ont la classe vont avoir une expression de genre en moyenne plus masculine que les personnages gays qui servent juste à faire rire avec des blagues potaches.

Folles et Butches s'abstenir

Cette parenthèse étant faite, revenons sur le problème principal que j'ai avec ces reproches sur la représentation des personnages homos. Le truc, c'est que j'ai du mal à ne pas voir de ressemblance entre la critique (progressiste, demandant une représentation moins homophobe dans les séries) de tel personnage gay comme trop efféminé et correspondant aux stéréotypes, et l'injonction (réactionnaire, imposant une présentation «dans les normes» aux homosexuels) faite aux homos à ne pas être trop folles pour les gays et pas trop masculines pour les lesbiennes ; injonction tenue à la fois par des personnes LGBT intégrationnistes («veuillez donner une bonne image pour qu'on puisse être respectables») et par des homophobes («on veut bien vous tolérer, mais à condition que vous soyez discrets»).

Autrement dit, lorsque je vois le reproche d'être trop stéréotypé fait à l'unique personnage masculin qui a une expression de genre un peu ambigüe, j'ai du mal à ne pas mettre ça en parallèle avec les gens qui trouvent que, vraiment, on voit déjà beaucoup trop de butches et de folles et que quand même, les gens normaux, eux, on ne les voit pas beaucoup. Scoop : c'est faux. Chez les homos comme ailleurs.

Une petite anecdote personnelle

Si je suis peut-être un peu à cran sur ce sujet, c'est que c'est un reproche qui m'a déjà été fait : en effet, j'écris de la fiction, et un de mes personnages préféres est Lev, qui est, pour schématiser, une grosse butch. Ça doit être le personnage que j'ai créé auquel je m'identifie le plus et qui d'un point de vue look me ressemble ou a pu me ressembler sur pas mal de points.

Par conséquent, lorsqu'on m'avait fait un reproche bien intentionné comme quoi ce personnage était trop stéréotypé parce qu'il correspondait au cliché sur la lesbienne, je l'avais un peu mal vécu, parce que de fait indirectement ça me donnait un peu l'impression qu'on me reprochait à moi d'être trop caricaturale et stéréotypée.

Alors, certes, je ne suis pas derrière True Blood (malheureusement), mais je ressentirais la même chose si je me disais «oh, tiens, enfin un personnage de gouine à laquelle je m'identifie trop, génial» et qu'on venait dire «ah la la, quelle représentation lesbophobe, ce personnage correspond trop au cliché». C'est pour ça que je pense qu'il faut faire un peu gaffe sur les critiques qu'on peut faire sur la représentation des homos (et plus généralement de toute minorité, je pense) dans des œuvres de fictions, surtout lorsqu'on se concentre sur un personnage en particulier.

Surtout qu'un autre truc à prendre en compte, sans faire du statut social l'unique élément déterminant, c'est qu'a priori un des responsables de la création du personnage de Lafayette est Alan Ball[1], qui est lui-même homosexuel. Ça ne veut pas dire qu'on doit tout lui passer pour cette raison (surtout qu'une série télévisée n'est pas exactement une œuvre individuelle réalisée seul, sans contrainte et correspondant purement à la vision de son créateur), mais il ne me semble pas aberrant d'envisager de laisser des homos avoir un peu de liberté dans le choix des personnages homos qu'ils créent. Ce qui ne veut pas dire les mettre au-dessus de la critique, mais ne pas leur donner pour responsabilité de donner une représentation parfaite et correspondant à l'intégralité de la communauté[2].

Pour revenir sur moi et mon narcissisme : en tant qu'auteure écrivant des textes avec pas mal de personnages de lesbiennes, je n'ai pas spécialement envie d'avoir le devoir de représenter fidèlement toutes les lesbiennes. Je n'ai pas envie de me dire qu'il y a un cliché sur les lesbiennes présentées comme agressives et violentes et que du coup je devrais peut-être réduire le nombre de flingues et d'explosions pour éviter d'alimenter le stéréotype[3].

Bref, pour conclure : il me paraît utile (peut-être pas aussi fondamental qu'à d'autres, certes, mais utile quand même) d'analyser la façon dont des œuvres, le cinéma, la télé, la littérature, etc. peuvent véhiculer une idéologie, mais il me semble important de faire attention à ce que ça ne revienne pas à (po)lisser les représentations de minorités et au final à vouloir montrer en priorité les éléments les plus «respectables» de ces groupes.

Notes

[1] Le personnage de Lafayette apparait de manière très anecdotique dans les livres La communauté du sud, de Charlaine Harris, donc les éléments de caractérisation viennent à mon avis principalement des créateurs de la série.

[2] Il me parait, cela dit, important de préciser que je pense que toutes les critiques sur la sur-représentation de certaines catégories ne se valent pas. Je ne pense pas que ce soit la même chose de râler sur la «sur-»représentation de gays folles que sur celle de gays blancs bourges, par exemple.

[3] Ou encore que je devrais mettre une protagoniste blanche qui porte des dreads et du Quechua sous prétexte qu'il y a effectivement des lesbiennes qui le font. Il ne faut pas déconner : il y a un dress-code à respecter pour être héroïne dans ma tête.

jeudi 26 juin 2014

Bienveillance

« Bienveillance », c'est un bien joli mot. Être bienveillant, au final, c'est être gentil, et qui voudrait ne pas l'être ? Et lorsque des groupes militants érigent la bienveillance comme principe de fonctionnement et comme mode de régulation, il ne s'agit plus uniquement d'être gentil, mais d'être dans le camp des gentils, histoire de ne pas être dans le camp des méchants. Dans l'axe du mal, en quelque sorte.

Ce qui est fabuleux, avec la bienveillance, c'est le nombre de fois où tu peux te prendre des pains dans la gueule par des gens avec un sourire aimable, qui ne veulent que ton bien. Si on regarde l'oppression sexiste, par exemple, il est clair que celle-ci se perpétue en bonne partie par bienveillance, par ces hommes qui ne te laissent pas porter quelque chose de lourd de peur que tu te blesses, qui te font des reproches quand tu manges de peur que tu ne grossisses, qui viennent te draguer lourdement de peur que tu ne passes la nuit seule dans ton lit (ou en tout cas sans eux). De même, c'est sans doute par bienveillance que des parents ne veulent surtout pas que leurs enfants deviennent lesbiennes, gays, bi·e·s, ou trans. Et lorsque des psychiatres bloquent l'accès de personnes trans à des hormones ou à de la chirurgie, ils le font toujours par bienveillance (c'est pour leur bien, après tout, ces personnes-là ne savent pas vraiment ce qu'elles veulent et ne réalisent pas les implications d'une transition, qu'il vaut mieux leur épargner).

Bref, il paraît clair qu'il est facile d'être un oppresseur et d'être bienveillant : c'est le principe des dominants, finalement, d'avoir le sentiment de légitimité de penser faire le bien mieux que les autres.

Quand on est opprimée, ce n'est pas si facile. À force de se prendre des coups de toute part, il devient plus difficile de continuer à être bienveillante envers ceux qui les portent. On aurait peut-être envie d'être un peu malveillante, à vrai dire. D'envisager de répliquer de manière qui ne nous place pas dans le camp des gentils. Heureusement, l'injonction à la bienveillance vient corriger cela : «pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font», ou, autrement dit, si on te frappe sur la joue droite, présente spontanément l'autre joue.

En cela, l'injonction à la bienveillance, de même que celle à la non-violence ou à la tolérance, est une autre façon, sans doute plus positive pour des milieux alternatifs, de vouloir préserver la paix sociale, c'est-à-dire l'ordre établi. Bref, des outils de dominants, qui aussi bienveillants soient-ils dans leur conception, ont surtout pour effet de faire taire les personnes opprimées un peu trop énervées.

Bien sûr, les bienveillants alternatifs, contrairement aux bienveillants machos et agresseurs, ont compris ce qu'il y avait de problématique lorsque l'oppression prenait un visage souriant, et vont peut-être même applaudir lorsque tu dis qu'«il y a un moment où il faut sortir les couteaux». Mais avec l'addendum non verbalisé : tu peux sortir les couteaux, ta colère, voire ta malveillance contre les Vrais Machos Agresseurs, mais pas contre eux. Eux, ils se donnent du mal, ils font des efforts, et ils mériteraient plutôt que tu leur fasses des cookies pour les récompenser de leur bienveillance. Eux, ce sont tes Alliés, au moins dans les paroles, alors il serait malavisé de malveiller.

Et si tu t'obstines à être du côté des Méchantes, ne te fais pas d'illusion, parce que bienveillance ne veut pas dire bisounours et que préserver la paix sociale vaut bien quelques dommages, fussent-ils collatéraux. Alors, avec un sourire chaleureux, une petite tape sur l'épaule et un mot de compassion, ils te jetteront dehors, te cracheront dessus et te détruiront. Et ils t'achèveront avec l'insulte suprême : «je ne visais que ton bien».

vendredi 20 juin 2014

Pièces et Main d'Œuvre, bis

Il y a déjà pas mal de temps, j'avais écrit un article sur les dérives confusionnistes de Pièces et Main d'Œuvre (PMO pour les intimes, même si ça devrait plutôt être PMŒ). Et puis, malgré mon côté post-moderniste, cyber-féministe et adepte de la french theory (quoi que cela puisse vouloir dire), je n'étais pas assez masochiste pour y retourner régulièrement. Mais, comme on dit, la curiosité a tué le chat.

Et évidemment, sans doute à cause d'un aspect sadique dû au post-modernisme, je vais vous en faire profiter un peu.

Je ne vais pas prétendre à l'exhaustivité, je n'ai fait que survoler quelques articles. Il y a notamment un long texte en quatre parties d'Alexis Escudero, qui parle en gros du danger de la PMA (Procréation Médicalement Assistée), et de la GPA (Gestation Pour Autrui), et du clonage, et de l'utérus artificiel, et de la transplantation de conscience dans des ordinateurs. Cela dit, même s'il y a quelques cris contre les cyber-post-féministes qui veulent nier les différences biologiques entre homme et femme, ça reste assez soft et c'est pas «signé» PMO, donc passons.

Surtout qu'il y a déjà une brochure assez indigeste à se mettre sous la dent, Quel éléphant irréfutable dans le magasin de porcelaine ? (Sur la gauche sociétale-libérale). Le postulat de celle-ci, ma foi pas idiot, est que le PS se sert des questions comme le mariage homosexuel pour essayer de se faire passer un peu de gauche alors qu'il a, pour le reste (et notamment d'un point de vue économique), une politique de droite.

Que fait PMO en partant de ce postulat ? Ce serait dur de résumer, parce que c'est long et que ça mélange beaucoup de trucs, donc, voilà quelques morceaux plus ou moins choisis (parmi les passages que j'ai eu le courage de lire, pour être honnête). Je vous laisse juger (parce que de toute façon il y a des mots chelous que je suis pas sûre d'avoir compris), mais rassuron nous, dans un autre texte, ils précisent ne pas être homophobes.

Un passage sur la lutte des minorités, le lobby gay, l'intersectionnalité

En désignant et nommant des minorités et des majorités, en mettant sans relâche en accusation les secondes au profit (douteux) des premières, sans cesse enfermées dans une identité victimaire, la « politique des minorités » a concentré l’attention sur les conflits qu’elle déchaînait au détriment de ceux qu’elle enfouissait. Les colonialistes n’ont pas fait autre chose pour régner au Rwanda sur les Hutus et les Tutsis. La fiction de « la politique des minorités » vise la création d’une alliance face à l’ennemi désigné, le mâle, blanc, hétérosexuel, avec lequel tout le monde a un compte à régler (et d’abord lui-même), mais tout le monde a des comptes à régler avec tout le monde (ethnies, genres, sexes, religions, fumeurs/ non-fumeurs). D’où l’intersectionnalisme qui permet à nos experts « post » de se poser en arbitres des subtilités casuistiques, en directeurs de conscience et commissaires aux bonnes mœurs

(...)

Mais les manipulateurs en sciences sociales et humaines qui ont devisé cette stratégie des valeurs et cette politique des minorités - reprise perverse des politiques d’apartheid, de « développement séparé », de ségrégation, américaine et sud- africaine - n’en sont pas à une falsification près pour instrumentaliser leurs alliés comme boucliers humains de la seule cause qui leur importe : celle qui a traversé l’incendie du sida dans les années 80, et dont ils sont issus. Comment objecter sans essuyer l’accusation d’homophobie, aussi infâmante, aussi pétrifiante aujourd’hui que celle de judéophobie (et pour des raisons voisines). Le monde doit quelque chose, doit réparation aux rescapés des crimes et des fléaux, et même au-delà, parce que l’horreur subie est irréparable.

(...)

Combien d’années faudra-t-il avant de pouvoir critiquer ce qui aux Etats-Unis se nomme le lobby gay, sans être réduit à ce même nazisme et à l’homophobie.

Un petit coup de transphobie discrète au milieu d'une énumération

Curieusement, dans ce monde post- moderne où à peu près tout se transforme en tout, les hommes en femmes et vice-versa, les humains en machines, les ordinateurs en philosophes ; dans ce monde de l’oxymore et des Merveilles où le plus improbable est de règle

Un petit amalgame discret entre luttes LGBT/féministes, pédophilie et infanticide

Il faut en finir avec l’âgisme en matière sexuelle et abolir l’interdiction des rapports entre adultes et enfants consentants, ouvrir de nouveaux droits aux mariages et filiations collectives et plurielles. Si un enfant a plein de papas et de mamans, et qu’il entretient avec certains-es d’entre eux-elles, des rapports charnels, où est le problème ? Ça dérange qui ? État paternaliste, oppresseur, hors de nos lits ! Mieux vaudrait lever le tabou de l’infanticide plutôt que de culpabiliser les femmes. Un enfant n’existe que dans un désir de parentalité. Se débarrasser d’un enfant non désiré, ce n’est pas tuer mais régler un problème. Au minimum, il faut permettre l’euthanasie post-natale en cas d’erreur de diagnostic pré-implantatoire (DPI). L’inégalité entre les cisgenres et les transgenres ne peut se réduire que par la parité dans les instances représentatives et les conseils d’administration. S’il n’y a pas assez de transgenres, on en fera, ou on leur permettra de siéger dans de multiples instances pour compenser leur moindre nombre.

dimanche 1 juin 2014

Rien à battre

Régulièrement, je vois fleurir des discussions sur la gestion des agresseurs et la notion de changement, rédemption, etc., c'est-à-dire : certes, on a viré un agresseur il y a un certain temps, mais c'était il y a un bout de temps, de l'eau a coulé sous les ponts, et peut-être qu'il faudrait revoir ça et lui permettre à nouveau de se repointer.

En gros, ce qu'il se passe, c'est que dans le mileu anar/punk/antifa, comme dans le reste de la société, il y a des mecs qui sont des agresseurs. Il y a aussi un schéma qu'on voit, je trouve, apparaître fréquemment, c'est le gars plutôt inséré dans le milieu, qui est reconnu parce que c'est le chef — mais il faut pas dire chef, parce qu'on est chez les anars — d'un groupe politique, ou alors parce qu'il fait de la musique dans un groupe, ou parce qu'il est artiste, etc. Ce type profite de son petit prestige local pour pécho des gens (en général des filles, parfois des garçons) qui sont vachement plus jeunes ou qui débarquent dans le milieu.

Alors sans doute que le mec reconnu socialement n'est pas systématiquement un agresseur, en attendant c'est quand même la situation idéale pour qu'il y ait des rapports de domination. Peut-être qu'il s'agit d'une stratégie consciente, ou peut-être inconsciente, ou peut-être juste que certains de ces gars-là ne se posent pas de question mais en tout cas, le résultat c'est que tout est fait pour qu'il y ait une situation de domination renforcée d'un individu sur un autre, et dans la grande majorité des cas d'un mec sur une meuf.

Et donc, souvent, il y a des agressions. Des fois, on en parle (souvent, non, parce que la victime, dans ce cas, elle sait que vu les rapports de domination elle va s'en prendre plein la gueule si elle rend l'affaire publique). Et des fois, l'agresseur est tricardisé, c'est-à-dire est exclu d'un lieu, voire parfois de plusieurs, voit ses concerts ou ses affiches annulées, se paie une vaguement sale réputation.

C'est à ce moment là qu'il y a le genre de discussions dont je parlais au début, celles où on se dit que c'est sans doute pas la solution idéale — je veux bien l'admettre, la solution idéale ce serait qu'il n'y ait pas ces agressions —, celles où on se pose des questions sur la « culpabilité » d'untel ou d'untel, sur la durée de ces exclusions, sur la capacité des gens à changer, etc. En gros, l'idée, c'est qu'il y a peut-être des gars qui ont changé depuis, et que voilà, prononcer une exclusion à vie, ce n'est peut-être pas très juste.

Et vous savez quoi ? En fait, à l'heure actuelle, je n'en ai rien à battre, de savoir si c'est juste ou pas, de savoir si parmi les quelques gars tricards il y en a qui ont vraiment changé ou qui sont « innocents » ou « repentis ». Ça peut paraître cruel, je vais peut-être passer pour une grosse connasse, mais c'est sincère.

Pour expliquer pourquoi, je vais prendre l'exemple d'un concert antifa plutôt chouette, qui a eu lieu il y a un bon bout de temps (un an ? deux ?) mais qui doit être le dernier gros concert auquel je suis allée. Je vais faire la liste complète des meufs qu'il y avait sur scène :

Voilà. Non, j'ai pas oublié de faire la liste : il n'y avait aucune meuf sur scène. Alors voilà, c'était un concert de Oi! trop bien, avec des groupes que je kiffais, et c'était un chouette moment, mais quand même : pas une seule meuf sur scène ? Sérieusement ?

Je pourrais prendre d'autres exemples. Je pourrais faire la liste des lieux dans lesquels je ne peux pas mettre les pieds parce que je vais y croiser quelqu'un qui a agressé une copine. Je pourrais faire une liste des cas où des féministes un peu trop grandes gueules se sont retrouvées tricardisées, non pas à cause d'agressions qu'elles auraient commises, mais parce qu'elles avaient eu le malheur de dénoncer des comportements machistes. C'est pas toujours, et même rarement, une tricardisation officielle, mais ça marche aussi bien, voire mieux.

À côté de ça, les gars tricardisés pour agression ne le sont pas tant que ça, tricardisés. D'ailleurs, ils mettent régulièrement en avant les trucs qu'ils font avec des groupes militants anarchistes/antifas/etc pour dire « regardez, eux me virent pas, donc c'est que je suis fréquentable, hein ? ». Parce que oui, pour un lieu militant qui vire effectivement un gars outé pour agression, t'en as plusieurs qui l'accueillent à bras ouverts. À l'inverse, les meufs qui ont été agressées (ou simplement qui ont dénoncé un agresseur), elles, se retrouvent régulièremet exclues de fait d'espaces où elles militaient, pas par une décision officielle mais parce qu'elles ne se sentent plus en sécurité. Et le pire, c'est que c'est aussi un argument utilisé pour dire que les agresseurs devraient pouvoir revenir : regardez, la meuf qui a été agressée, elle ne vient plus, de toute façon, alors ça ne changera rien qu'il revienne, si ? Et puis ce serait dommage de s'en priver, il a tellement de potes/joue dans un groupe tellement bien/est un tellement bon artiste/etc.

Donc, non, j'irais pas pleurer sur les éventuels types qui seraient tricards de lieux militants pour agressions mais qui seraient « innocents » ou qui auraient changé. Ne serait-ce que parce que je ne me fais aucune illusion : malgré leurs tricardisations ponctuelles, ces types auront toujours largement plus de place que moi dans ces milieux, donc ça me paraît absurde de parler par exemple de « réhabilitation », alors qu'ils sont déjà plus « habilités » que moi. On peut juste les « habiliter » encore plus, ce qui me paraît pas franchement souhaitable.

Et en fait, je crois que ça me gave vraiment que dans des milieux où y'a une très grosse majorité de mecs cis blancs hétéros, où les meufs ont souvent une place plus que limitée, toute discussion portant sur la gestion ou la prévention des violences finissent par tourner autour des pauvres petits agresseurs qui ont tellement changé. À côté de ça, à chaque meuf qui ne revient plus jamais parce qu'elle s'est faite agresser et que ça n'a pas été gérée, ou parce qu'elle s'en est pris plein la gueule en dénonçant un comportement sexiste, personne ne s'offusque, personne ne hurle à l'exclusion, tout le monde s'en balance.

lundi 14 avril 2014

Déménagement

Ce blog a déménagé, mais ne vous en faites pas : si vous êtes là, c'est que vous êtes déjà au bon endroit.

Pourquoi ce changement d'adresse ? Tout simplement parce que j'avais envie de me simplifier la vie, et qu'en gros avant j'avais deux sites distincts : le premier, sous le nom de Lizzie Crowdagger, qui parlait de mes textes de fiction (en gros, de la fantasy), et donc ce blog, sous le nom de Cassidy, qui, ben, n'était pas de la fiction.

Et puis voilà, je me suis dit qu'au final c'était pénible à gérer et que je pouvais regrouper les deux à peu près au même endroit et à peu près sous le même pseudo. À peu près, parce que « Lizzie Crowdagger » ça passe pour de la fantasy mais c'est quand même un peu pompeux sinon, alors pour mettre des musiques de Hors Contrôle, « Liz Kro » me semblait plus approprié.

Et d'ailleurs, ça faisait longtemps que j'en avais pas mis, alors :

Hors Contrôle – Luttes d'hier et d'aujourd'hui

vendredi 4 avril 2014

Du militantisme par Internet

Suite à certaines discussions « Internetesques » sur la notion de militantisme par Internet, j'avais envie de faire un petit article là-dessus, vu qu'il se trouve que je suis militante et que je passe pas mal de temps sur Internet.

Donc déjà, est-ce que je considère que mon activité sur Internet est du militantisme ? Majoritairement, non, pour moi ça relève du divertissement ou du passe-temps, en tout cas pour ce qui consiste à glander sur Twitter ou aller regarder les derniers articles de blogs de gens que je suis vaguement. De la même façon, je précise, que je considère pas que je fais un acte militant en allant à un concert de Oi!, quand bien même c'est des groupes militants et dans un lieu militant. (C'est déjà autre chose s'il s'agit de participer à l'organisation.)

Alors vous allez me dire : il faudrait peut-être définir ce que j'entends par « militant », ce à quoi je répondrai : OH MON DIEU DERRIÈRE VOUS, IL Y A UN CLOWN ARMÉ D'UN COUTEAU QUI VA VOUS ÉGORGER ! (*profite de la diversion pour s'eclipser sans répondre à la question*).

Cela dit, je veux bien donner quelques exemples de ce que je considère, dans la vie réelle, comme des trucs relevants du militantisme, et des trucs qui n'en relèvent pas, sans dire que c'est une vérité absolue ou quoi, histoire de présenter un peu comment je vois les choses :

Trucs où j'ai l'impression d'être dans une démarche militante quand je les fais :

  • écrire un tract ou un article de journal ;
  • participer à une réunion afin d'organiser une action (au sens large, l'action pouvant être une manifestation, une discussion, une projection de film, whatever) ;
  • participer à une manifestation, coller des affiches, etc.

Trucs où j'ai pas spécialement l'impression de militer quand je les fais :

  • lire un article, un bouquin, voir un film, intéressant qui m'apprend des trucs ;
  • discuter avec des potes en buvant des bières, y compris si ces potes militants et qu'on parle de politique ;
  • me prendre la tête avec mon oncle Bob de droite à un repas de famille.

On pourra me répondre que c'est un peu arbitraire, que tel ou tel truc pourrait rentrer ou ne pas rentrer dedans. Après on pourrait aussi dire qu'il y a un continuum de la définition du militantisme qui peut aller de « t'es pas vraiment militant·e si tu t'engages pas dans la lutte armée » à « le simple fait de vivre quand on est dans un groupe minorisé est un acte militant », mais au final une fois qu'on a dit ça, on n'a rien dit (d'ailleurs c'est juste pour faire un article plus long que je le dis), donc je préfère partir sur quelques exemples concrets.

Partant de là, on voit que les exemples que j'ai donnés comme faisant partie du militantisme dans la vie réelle peuvent aussi être effectués par Internet, en tout cas pour certains (participer à une manifestation semble difficile par Internet, même si avec le développement des drones, on sait jamais).

De fait entre écrire un article de blog ou un article pour un journal militant, il n'y a pas forcément de différence flagrante : du texte, c'est du texte, qu'il soit imprimé ou lu sur écran (et parfois il y aura les deux versions, de toute façon). Et là-dessus, je pense qu'il y a des choses qui se font « par Internet » et qui permettent notamment de trouver des textes intéressants sur des thématiques très spécifiques qu'on ne verrait pas forcément abordées souvent dans tel ou tel journal anarchiste. Je pense que globalement c'est plutôt une bonne chose. Là où je serai quand même critique, c'est que j'ai l'impression que c'est souvent quelque chose de très individuel. Après, je ne suis pas contre le fait qu'il y ait des choses individuelles, hein, d'ailleurs je suis bien contente d'avoir un blog où je peux dire ce que je veux sans qu'on vienne me faire chier parce que ça correspond pas à la ligne du parti, et où accessoirement je peux être juge, jurée et bourreau pour ce qui concerne les commentaires. Le problème, c'est qu'il y a assez peu de choses collectives qui se font à ce niveau. Il y en a quelques unes, mais globalement les sites collectifs proposant des textes militants proviennent surtout de groupes (au sens large, qu'il s'agisse de groupe affinitaires ou de partis structurés) qui ont avant tout une existence en dehors d'Internet, ce qui pose à mon avis la question de faire des choses un peu collectives uniquement par Internet.

Un autre exemple symptomatique de ça, c'est dans ma liste d'exemple de trucs militants, le fait de participer à une réunion. C'est un truc qui se transpose assez facilement avec Internet, avec des choses comme les listes mails de travail, ou des choses comme les téléconférences. Sauf que c'est des choses qui, j'ai l'impression, sont surtout utilisées par des groupes ayant une existence dans le monde physique et qui se donnent un moyen supplémentaire de communiquer, et très peu par des groupes qui émergeraient via Internet.

Conclusion : est-ce qu'il y a possibilité d'utiliser Internet comme un outil pour militer ? Oui, carrément. Est-ce que c'est possible de ne militer que par Internet ? Peut-être dans l'absolu (pourquoi pas), mais à l'heure actuelle, avec les usages qu'on a, ça me paraît compliqué si on veut être dans une démarche un peu collective, même s'il y a sans doute des choses qui existent et dont je ne suis pas au courant[1].

Après, je pense qu'il y aurait des grandes études à faire sur les spécifités du militantisme via Internet. En plus de l'aspect individuel que j'ai évoqué, un autre truc que je voudrais mentionner vite fait c'est la distinction floutée entre ce qui est « interne » et « externe » (ce qui peut être lié au point précédent). En gros je me dit régulièrement en lisant des discussions sur Internet que c'est chelou de voir ces choses en public, lisibles par n'importe qui, alors que ça devrait être discuté en priorité au sein d'un groupe ou en tout cas à l'intérieur de personnes qui partagent un même courant. Après, peut-être que je suis réac et que c'est une évolution normale causée par les réseaux sociaux et qu'il faut faire avec, je n'en sais rien. De même qu'il y a d'autres choses qui me semblent induites par l'utilisation massives de réseaux sociaux, comme le buzz, des dynamiques au final très affinitaires, l'importance de la « popularité », et qui mériteraient peut-être d'être analysées un peu (et peut-être que c'est fait, j'avoue que je lis pas des masses de trucs sociologiques), et qu'on se penche un peu sur l'usage qu'on se fait de la technologie plutôt que suivre la dernière mode (et j'ai conscience que dire ça c'est très « yakafokon », je peux pas dire que je le fasse des masses.

Bon, et puisque jusque là j'ai été assez mesurée, je vais sortir un peu ma bile.

Je pense que, collectivement, on fait quand même de la grosse merde avec Internet. Je veux dire, y'a quelques trucs chouettes qui se font, des collectifs militants qui proposent des hébergements web alternatifs pour des groupes histoire de pouvoir avoir un blog à la fois sans se prendre la tête et sans, je sais pas, avoir de la pub. Il y aussi des choses comme Indymedia, Rebellyon, Paris Luttes infos, qui sont pour le coup des trucs collectifs et qui permettent la publication d'informations liés à des choses militantes.

Mais pour le reste, c'est pas glorieux... allez, quelques exemples :

  • avoir un compte Twitter ou Facebook « pour soi », c'est une chose, et je comprends vu que je suis un peu trop accro aussi, malheureusement. Mais quand la conséquence de ça, c'est que la diffusion d'informations militantes ne passe que par là, désolée, mais ça craint du boudin. Quand je vois des manifestations pour lesquelles les organisat·eur·rice·s ont pris la peine de faire une page Facebook mais pas d'annoncer sur le site militant du coin (voir ci-dessus), ça me pose quand même question ;
  • j'en rajoute une couche sur les évènements Facebook. Sérieusement, les groupes militants qui utilisent ça et invitent des gens, je suis désolée mais ça m'énerve. Surtout quand la liste des personnes « invitées » et de celles qui ont « dit » qu'elles y allaient est publique. Pour moi, c'est absolument irresponsable,c'est complètement permettre le flicage des gens. Bon après peut-être que je suis parano, on va me dire, mais quand même ;
  • les sites et blogs militants qui ne se donnent pas le moindre effort pour être un minimum indépendant d'une boîte, qu'il s'agisse de trucs où t'as de la pub chiante et contradictoire avec ce que tu défends (d'accord, on peut utiliser Adblock, mais c'est pas une raison) ou des sites qui disent explicitement dans leurs conditions d'utilisation qu'ils peuvent utiliser tout ce que tu postes comme contenu pour, de façon générale, faire des bénéfices. Alors je peux comprendre qu'individuellement on ait pas les compétences ou l'argent pour avoir un truc un peu carré, mais quand il s'agit de groupes constitués, j'ai un peu plus de mal.

Et pour conclure sur le truc qui va peut-être me faire passer pour une connasse élitiste : je peux comprendre que des gens ne considèrent pas le militantisme sur Internet comme une priorité, n'aillent sur Internet que pour se changer ies idées, et du coup fassent pas hyper gaffe là-dessus. Je suis un peu là-dessus (même si je suis assez ambivalente) avec un côté un peu réac « le vrai militantisme, c'est dans la rue, Internet c'est pour faire mumuse », et c'est peut-être une erreur en terme de stratégie (parce que oui, Internet permet de toucher des gens et en vrai je pense que les organisations anarchistes et d'extrême-gauche ont globale pas mal de retard sur ce sujet).

Mais à partir du moment où on veut faire du militantisme sur Internet quelque chose d'important, où on râle sur les gens qui reprochent au militantisme par Internet de ne pas être du vrai militantisme, il me semble qu'il faut se donner un minimum les moyens de ses ambitions et pas juste utiliser des outils clé en main et censément gratuits produits par des entreprises qui au final ont un peu le même fonctionnement que TF1, c'est-à-dire de vendre du temps de cerveau disponible (mais en le vendant en plus grâce au contenu qu'on leur apporte gratuitement). Bref, il me semble que le militantisme par Internet implique d'avoir un minimum de réflexion militante concernant Internet et les nouvelles technologies, et là-dessus je pense qu'on est pas sorti de l'auberge parce que c'est des enjeux qui sont souvent vus comme réservés à des experts un peu chiants. D'ailleurs, là, je parle de ça, je suis chiante et moralisatrice, alors que je dis pas non plus — je serais mal placée — qu'il fsaut supprimer tout compte Facebook, Twitter, Google, etc. et que mon propos est pas de dire que chacun·e devrait être capable d'avoir et de gérer son propre serveur dans sa cave, mais plutôt de dire que collectivement on pourrait déjà commencer par promouvoir les solutions alternatives qui existent, les améliorer, en créer d'autres.

Notes

[1] Par exemple pour sortir du cadre du militantisme anticapitaliste/anarchiste/féministe, des projets du type « logiciel libre » — comme Debian — ont pu émerger et se construire très majoritairement grâce à Internet et ont un aspect collectif, avec une organisation, etc Par contre je vois peu d'exemples d'émergence de tels projets collectifs en dehors du domaine assez spécifique hacker/geek.

lundi 27 janvier 2014

Sur les privilèges « monosexuel » et « sexuel » (et d'autres, tiens)

J'avais dit dans le précédent article que j'en ferai peut-être un là-dessus, et ça avait vaguement l'air d'intéresser des gens, donc voilà.

Histoire de parler un peu dans une position située, je vais commencer par me « situer » et dire que j'imagine que je peux à peu près me qualifier d'asexuelle, et à peu près pas de bisexuelle puisque je suis lesbienne. Accessoirement, bien que ça n'ait sans doute pas grand-chose à voir, mais disons-le quand même : je ne suis pas cis.

Une petite note là-dessus : en vrai, je suis vraiment pas fan de « l'étiquette », pas dans le sens « on est tous des êtres humains, je ne comprends pas les gens qui se mettent des étiquettes », mais que ça me gonfle VRAIMENT quand on me colle des étiquettes sans que ce soit un choix voulu. Donc pour être claire : j'ai une identité de lesbienne, parce que pour moi c'est aussi une identité politique et pas juste une orientation sexuelle, ET C'EST TOUT[1]. Ce qui veut dire par là que c'est pas parce que j'ai d'autre parcours, statuts ou je sais pas quoi que j'autorise d'autres gens à m'étiqueter avec telle ou telle étiquette et à me balancer ça à la gueule.

Donc : là je me situe parce que pour cet article ça peut être intéressant (notamment parce que je parle pas entièrement dans une position d'exteriorité et que je n'ai pas exactement la même position que celle du mec cis hétéro blanc etc. qui viendrait dire que le seul truc qui compte c'est la lutte de classes), maintenant si à un moment vous vous sentez légitime pour me ressortir les trucs que je dis sur moi dans un autre contexte, m'outer à des gens à un autre endroit, ou je ne sais pas quoi, je vous traquerai, je vous retrouverai et je vous arracherai le cœur. Ou peut-être pas, mais sérieusement, le faites pas, c'est vraiment gavant de se voir coller des termes alors qu'on a pas choisi de s'identifier avec. Je prends un peu de temps pour dire ça parce que ça arrive, et c'est pénible.

Ceci étant dit, revenons aux privilèges dont je voulais parler, et pourquoi je suis assez dubitative sur le fait de qualifier ça de privilège.

Le « privilège monosexuel »

Le plus gros problème que j'ai avec ça, comme je l'ai un peu un peu évoqué dans le précédent article, c'est que ça regroupe deux catégories différentes de population, c'est-à-dire les personnes homos et hétéros, comme si elles avaient la même place de dominants. Alors certes, on pourra me répliquer que lorsqu'on parle de privilège masculin, on met dans le même sac des mecs blancs super bourges et des mecs racisés prolos. Sauf que dans ce cas là, il y a l'idée que les statuts se cumulent, et que même un mec racisé prolo aura plus de pouvoir qu'une meuf racisée prolo.

Ce qui ne marche pas tout à fait avec l'idée de privilège monosexuel, puisqu'on ne peut pas vraiment dire que même une lesbienne monosexuelle aura plus de pouvoir qu'une lesbienne bisexuelle, vu qu'en général les catégories hétéro/bi/homo sont conçues comme à peu près mutuellement exclusives (on pourrait envisager d'autres classifications, certes, mais là actuellement c'est plutôt comme ça).

Après on pourrait me dire : ouais, mais en fait c'est juste que tu ne veux pas reconnaitre qu'en tant que lesbienne tu es en situation de domination par rapport à des meufs bies.

Ben ouais, exactement[2], et en tout cas je trouve ça bizarre de considérer que t'as la même position de domination que tu sois hétéro ou homo.

Le « privilège sexuel »

Là, c'est un peu différent, puisque par rapport au cas précédent, on pourrait effectivement dire que c'est plus compliqué pour une lesbienne asexuelle que pour une lesbienne sexuelle[3] vu qu'être asexuel ou pas c'est un truc qui est a priori orthogonal par rapport au fait d'être homo, bi ou hétéro, vu que ce n'est pas parce que tu es asexuel·le que tu n'as pas d'attirances ou envie d'avoir des relations.

Du coup je vais dire les choses de façon un peu crues et sans y aller par quatre chemins, et on verra comment c'est reçu : je suis de moins en moins pour la « non-hiérarchie de toutes les oppressions » et inclure n'importe quel vécu pas évident comme une oppression.

Autrement dit, non, je ne pense pas que les personnes « sexuelles » aient le pouvoir par rapport aux personnes « asexuelles ». Je pense qu'il y a des mécanismes d'injonction à la sexualité qui sont super pourris, mais je ne sais pas si on peut dire que c'est un truc qu profite aux personnes « sexuelles » en général, puisque je pense notamment que c'est quelque chose qui opprime énormément les meufs, parce qu'en fait je pense que la « sexualité » et les relations amoureuses en général (je suis pas persuadée qu'une relation romantique asexuelle soit exempte de ça, par exemple) c'est un lieu qui est le vecteur d'énormément de rapports de pouvoirs (notamment, mais pas que, mecs/meufs).

(Et d'autres, tiens)

En fait je crois que ce qui me gêne le plus dans tous ces « nouveaux » privilèges qui apparaissent (au sens où on en parle), c'est qu'il y a une volonté de calquer les conclusions d'une analyse sur d'autres oppressions mais sans forcément faire un réel travail de réflexion sur les rapports de pouvoir, de domination, qui se jouent. Et je me pose de plus en plus de questions sur ce que désigne exactement le terme « privilège » : est-ce que c'est l'appartenance à un groupe dominant qui détient une forme de pouvoir sur un groupe dominé, ou est-ce que c'est « juste » avoir la liberté de faire des trucs, qui devient tout de suite beaucoup plus large ? Est-ce que ça a vraiment un sens, par exemple, de parler de « privilège mince » ? Je me demande ça sincèrement alors que je suis grosse, et que j'avoue qu'il y a des moments où, oui, les personnes minces me soûlent et où j'ai pas envie de les voir, mais est-ce qu'il y a vraiment un rapport d'oppresseur au même sens que les « classiques » sexe/race/classe ? Je suis pas persuadée. Ou alors est-ce qu'on se dit que la notion de « privilège » c'est quelque chose qu'on doit dissocier de la notion d'oppresseur/opprimé ? Mais alors on parle de quoi, exactement ?

Bref, j'ai pas de réponse claire à apporter, mais je suis de plus en plus dubitative sur l'idée de non-hiérarchie absolue des luttes et d'élargissement des oppressions à plein de choses (il y avait une discussion sur la notion de végéphobie, par exemple), et en même temps j'ai pas spécialement envie de faire ma stalinienne « ce qui compte c'est la lutte de classes, le reste c'est des luttes parcellaires », mais je sais pas vraiment comment résoudre ça.

O ! Déesse de la dialectique, éclaire-moi.

Notes

[1] Pour ce qui est des identités relatives aux questions de genre de sexualité ou je ne sais pas quoi, en tout cas. Par exemple je suis aussi skin antifa et debianiste, mais ça n'a pas grand-chose à voir.

[2] On pourrait m'objecter « oui mais en milieu LGBT tout ça », ce à quoi je répondrai que le milieu LGBT et ce qui peut bien se passe dedans, je m'en cogne complètement.

[3] Je pense que parler d'asexualité et de lesbianisme ça demanderait un truc vraiment à part vu qu'il y a beaucoup l'idée que les lesbiennes n'ont pas vraiment de sexualité, ce qui ne s'applique pas de la même façon pour les gays par exemple (ni pour les hétéros, évidemment), Peut-être qu'il y a des trucs là-dessus, d'ailleurs, je sais pas.

samedi 25 janvier 2014

Sur les privileges checklists

Ça ne va pas être un billet très élaboré, mais comme ça fait longtemps que je n'ai rien posté ici, autant que je le ponde quand même...

Donc, en résumé : plus le temps passe, plus je trouve que les trucs de privileges checklists c'est bidon.

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Comment ça, c'est vraiment lapidaire ? Mais euh, ça fait longtemps que j'ai pas écrit d'articles, je sais plus comment on fait. Bon, thèse, antithèse, synthèse.

Thèse : les privilege checklists, c'est de la bombe

Déjà, c'est quoi les privileges checklists ? Tout simplement des listes de privilèges que t'es censé·e avoir si t'es, mettons, un mec ou hétéro, ou cis, ou blanc, ou mince, ou « sexuel », ou « monosexuel », ou valide, ou riche, etc.

Je dois préciser que les « ou » dans ma phrase précédente sont censés être exclusifs, c'est à dire que tu dois choisis une privilege checklist là-dessus. Les deux derniers exemples sur lesquels je suis tombée :

Après on en trouve plein d'autres sur un peu tout, j'ai juste la flemme de chercher.

Quel est le but de ça ? Faire une sorte de pédagogie, pour faire prendre conscience aux membres d'un groupe qui ne vivent pas une oppression qu'il y a plein de choses qui leur semblent naturelles mais qui ne sont pas données à tout le monde. L'intention est louable, reconnaissons-le.

 Antithèse : les privilege checklists, c'est du caca

Le problème c'est que concrètement, et les deux listes que j'ai citées au-dessus sont des bons exemples de ça, ça marche moyennement. Parce que vous vous souvenez, au début, quand je faisais la liste des privilèges que t'es censé·e avoir, et que je disais que les « ou » au départ étaient censés être exclusifs ? Ben au final, ils le sont moyennement. Ce qui s'explique assez logiquement : il y a différentes oppressions qui jouent, et les privilèges que tu peux avoir parce que, mettons, t'es hétérosexuel·le ne vont pas donner concrètement la même chose si à côté de ça tu subis certaines autres oppressions.

Donc en pratique, dès que le lecteur est autre chose qu'un mec hétérosexuel blanc cis valide riche mince jeune etc., il y a des choses qui ne vont pas marcher. Ce qui fait que très rapidement tu as des listes qui ne correspondent pas aux privilèges que t'es censé·e avoir mais aux privilèges que t'as peut-être si t'as de la chance, mais en fait peut-être pas.

Les deux articles que j'ai cités précédemment, par exemple, ne marchent pas du tout si tu n'es pas hétéro et cis. À sa décharge, la liste sur le privilège « sexuel » l'admet :

Please note that some of these examples of privilege overlap with heterosexual privilege, and that some LGBTQ+ people may find that these examples do not apply to them, as they experience marginalization in their sexual identity as well

Mais en même temps ça pose question : dans ce cas, pourquoi ne pas avoir dit d'emblée que c'était, en fait, une liste de privilèges cishétéros sexuels ? Même si même là ça ne marcherait sans doute que moyennement, et que plein de personnes à la fois cis et hétéros n'auraient pas tous ces privilèges à cause d'autres choses qu'elles vivent.

Ce qui me frappe avec ces listes, c'est que les personnes qui les diffusent se considèrent souvent « intersectionnelles » [2] mais au final participent plutôt à ne pas prendre en compte les autres oppressions que celle checkée.

Ce n'est pas le seul problème que j'ai avec ces listes. Ce qui me gêne c'est qu'au lieu de parler de rapports de domination entre un groupe A et un groupe B, ou de comment des choses sont le produit d'un système patriarcal, capitaliste et raciste, on a souvent une forme de bilan comptable : toi tu peux faire ça et moi pas, sans prendre du tout en compte les rapports d'oppression qu'il peut y avoir ou pas, la façon dont certaines choses sont les conséquences de telles autres[3] ou la façon dont des choses relèvent d'un système ou pas[4].

Synthèse

Certes, ces privileges checklists (surtout populaires en langue anglaise, ce qui explique mon absence de traduction, c'est pas juste pour faire branchée) sont à la base conçues comme un outil pédagogique et n'ont pas pour objectif de se substituer à des analyses profondes. Il me semble cependant que leur format fait que ça tombe souvent à l'eau, puisqu'à moins d'être vraiment d'une bonne foi inébranlable[5] c'est quand même dur de lire un truc où il n'y a rien (ou qu'une partie) qui tape effectivement dans le mille et de te dire « ah, oui, effectivement, j'ai pas ce privilège mais je pourrais l'avoir si j'étais un mec hétérosexuel, je vois ce qu'ils ou elles veulent dire », donc je ne suis pas persuadée que ça aide beaucoup à convaincre des gens que des personnes d'un groupe donné subissent une oppression.

Épilogue

Il est d'usage, dans ce rade, de conclure un article un peu chiant à lire par une chanson de Oi!. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de chanson de Oi! sur les privileges checklists, mais si ça ne vous va pas, c'est pareil, je n'ai...

Notes

[1] Comme pansexuel, pas comme le dieu Pan

[2] Il serait peut-être intéressant de discuter un jour de l'omniprésence de ce mot dans certains milieux et de la pertinence de son utilisation à tout bout de champ par des personnes blanches, mais pour l'intant je me contenterai de paraphraser une publicité pour des frites au four en disant que ce n'est pas forcément ceux qui en parlent le plus qui en font le plus.

[3] Par exemple, j'étais tombée sur une privilege checklist pour les minces qui ne faisait pas du tout le lien avec oppression sexiste, sauf qu'en fait je ne suis pas complètement sûre que la répression au niveau de la bouffe (notamment les remarques du genre « ouh la, tu reprends du dessert, t'es sûr·e ? mais c'est pas bon pour ta ligne, hein, tu sais ? ») soit vraiment plus forte pour les mecs gros que pour les nanas, même minces.

[4] Par exemple sur l'asexualité, autant je trouve hyper pertinent de critiquer l'injonction à la sexualité et aux relations, autant les trucs du genre « l'asexualité est une orientation sexuelle comme les autres », j'avoue que ça me parle moyennement.

[5] Ce que j'admets ne pas être lorsqu'on parle de privilège « sexuel » ou « monosexuel », d'ailleurs c'est bien pour ça que je mets des guillemets, mais c'est pareil, c'est un truc que je développerai peut-être dans un autre article, si je me motive à en écrire plus d'un tous les six mois.

jeudi 26 septembre 2013

Une petite page de publicité : éditions Dans nos histoires

Je profite de la large audience de ce blog pour relayer la prochaine parution des premiers ouvrages publiés par les éditions Dans nos histoires :

Bonjour,

nous y sommes: après bien des efforts et quelques retards, nos premières histoires paraîtront bientôt! Il s'agira de:

* Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires), de Lizzie Crowdagger (en novembre)

* Mulholland drive. La clef des songes, de Pierre Tevanian (en janvier)

Il y a en pièce jointe une souscription, valable jusqu'au 10 novembre, qui vous permet de les commander dès maintenant et de les recevoir au moment de leur parution. C'est pour nous le seul moyen d'assurer financièrement leur publication: merci d'avance pour votre soutient!

Le site internet: http://www.dansnoshistoires.org/

Et pour la souscription, c'est ici.

Et oui, parmi ces deux livres il y a Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires). Allez hop, un petit copié/collé :


Je suis fort heureuse de pouvoir enfin vous l'annoncer : après avoir été auto-édité pendant un certain temps, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires) a trouvé un vrai éditeur, Dans nos histoires, et paraîtra en novembre prochain. Il est d'ores et déjà possible de le précommander en participant à la souscription pour le prix de 9€.

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— J’ai conscience que, pour beaucoup de gens, je ne peux pas être une vraie lesbienne parce que je suis trans. Et j’avoue que j’ai du mal à imaginer qui pourrait tomber amoureuse d’une fille comme moi.

— Je vais te donner le même conseil qu’aux jeunes vampires qui viennent de subir leur transformation et qui ont une sale tendance à se lamenter sur le fait qu’ils sont des monstres et qu’on les regarde bizarrement : oui, c’est difficile au début, oui, les gens sont des connards, mais, non, je ne suis pas la bonne personne auprès de qui venir chercher du réconfort ou à qui déclamer des poèmes qui illustrent la douleur de ton âme tourmentée. Rassure-moi, tu n'écris pas de poèmes ?

Constituée de trois histoires où l'on suit le parcours de la narratrice, Cassandra, et d'un gang de lesbiennes surnaturelles, les Hell B☠tches, cette oeuvre mélange thématiques féministes, lesbiennes, trans avec vampirisme, motos et gros calibres.

Que puis-je dire d'autre pour vous donner envie de le précommander ? Voyons :

  • en dehors de la narratrice, il y a plein de personnages cools, notamment Morgue et Sigkill dont vous pouvez déjà lire deux nouvelles de « présentation » (et, promis, je mettrai un vrai extrait du livre à un moment) ;
  • vous pourrez frimer auprès de vos potes LGBT (lesbiennes, gays, bis, trans) en disant que vous avez lu le premier livre (à ma connaissance, il faudrait vérifier) qui traite de la question de l'inclusion des personnes trans dans les gangs de bikeuses vampiriques ;
  • si vous le précommandez maintenant, vous n'aurez pas à le demander en librairie, ce qui vous évitera de devoir perdre trente secondes juste pour prononcer le titre ;
  • c'est une maison d'édition qui est toute nouvelle, et je m'en voudrais si elle se cassait la gueule parce que mon bouquin ne se vend pas ;
  • j'ai dit qu'il y avait des motos, des vampires et des flingues, mais ai-je mentionné qu'il y avait aussi des loups-garous et des explosions ?

lundi 16 septembre 2013

Les dérives confusionnistes de Pièces et Main-d'œuvre

Pièces et Main d'œuvre est un groupe anti-tech grenoblois, qui, on va résumer très brièvement, offre une vision critique de la technologie, par exemple vis à vis des nanotechnologies et produit un certain nombre d'articles sur ce sujet. Fort bien.

Le problème, c'est que depuis quelques mois, le site Pièces et Main d'œuvre multiplie les productions et reprises d'articles pour le moins problématiques. Allez, on va faire par ordre chronologique :

Éloge du patriotisme républicain

Le 12 janvier dernier, PMO publie un texte de Ragemag intitulé : Devoir d'insolence : nique les bobos. Je vous invite d'ailleurs à vous renseigner un peu sur RageMag ici ou , mais vu le contenu du texte ce n'est pas forcément la peine : l'article propose : « contre le repli identitaire, le patriotisme républicain ». Contre l'anti-France, aussi. Le tout ayant pour objet de dénoncer le soutien des Inrocks à une pétition soutenant deux personnes accusées de racisme anti-blanc pour une chanson Nique la France. Une chanson rythmée par la haine, selon Ragemag :

Une chanson anticapitaliste, quoi de mieux pour plaire à la conscience simplette du gaucho de base que je suis ? Qui oserait douter de la bonne parole de ces fiers chevaliers du travail ? Et pourtant, ce n’est pas uniquement ce que l’on trouve dans cet « hymne rouge ». Une simple lecture en diagonale permet de remarquer un antipatriotisme échevelé, une focalisation sur le racisme venant des Blancs (ou « bidochons ») et visant les « Noirs et les Arabes », et quelques insultes au passage à l’égard de Caroline Fourest.

Le tout avec un chapeau qui doit être signé de Pièces et Main d'œuvre, vu qu'on ne le trouve pas sur le site de Ragemag : 

Un animateur de radio faisait récemment remarquer que les Français était le seul peuple à s’être donné un surnom péjoratif : franchouillard. On ne sait si le fait est vrai, il n’en reste pas moins que l’auto-dénigrement est un trait national de plus en plus accusé. Allez, dites-le, faites un effort, poussez, poussez : "J’ai hoooooonte de la France". Bravo. Bel étron. Il en est tant qui, se pliant au conformisme dominant, préfèrent avoir honte de leur pays qui n’en peut mais, plutôt que d’eux-mêmes. En fait, ces soi-disant honteux sont pétris de fierté. Ils sont fiers de leur honte, et en tirent un surplomb moral et politique sur ceux qui n’ont pas honte. C’est la fierté des renégats.

L'anti-fascisme, c'est has-been

Acte II. Le 18 juin 2013, PMO publient un texte de leur cru, intitulé Bas les pattes devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au techno-totalitarisme. Ce texte fait les louanges de Snowden, dénonce le techno-totalitarisme, Facebook et compagnie. En soi, rien de mal[1].

Le texte en profite pour taper sur les antifascistes, parce que Clément Méric est mort quelques jours avant et qu'il y a eu une mobilisation en réaction qu'il n'y a pas eu pour Edward Snowden :

En France depuis le 10 juin 2013, aucune des organisations qui, avant ou depuis le meurtre de Clément Méric, clament l’urgence de la « lutte antifasciste », n’a pris la défense de Snowden. Aucune manifestation de soutien, aucun communiqué, aucun appel contre la surveillance totale, y compris celle de la DGSE française (services secrets extérieurs), comparée par un ex-agent à une « pêche au chalut ». (2) À ce jour, le seul appel pour l’asile politique de Snowden en France émane de Marine Le Pen. Un coup de pub dont le Front de Gauche n’a pas été capable.

Ou encore : 

En France, le rétro-fascisme à front bas et crâne ras, qu’on reconnaît au premier coup d’œil, obsède l’anti-fascisme rétro, patrimonial et pavlovien, tout ému de combattre la bête immonde qu’on lui a tant racontée et qu’il croit connaître. Il est vrai qu’ils partagent quelquefois les mêmes goûts en matière de look et de dress code. Les skinheads, c’est quand même plus simple que les RFID et la « planète intelligente » d’IBM.

Et puis, du coup, PMO estime que c'est pertinent de comparer les boneheads de Troisième Voie aux délinquants de banlieue :

Facebook n’a pas plus balayé Ben Ali et Kadhafi, que les abrutis de Troisième Voie et des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires ne menacent la démocratie. (...)

Ils sont, en somme, le pendant rural des délinquants de banlieue. De ceux qui, en septembre 2012, massacrèrent Kevin et Sofiane à la Villeneuve d’Echirolles, parce qu’ils étaient d’un quartier différent.

Mouais.

Homophobie

Acte III : Pièces et Main d'œuvre décide manifestement que, si les analyses des antifascistes ne sont plus très pertinentes, il faut se tourner vers les analyses des fafs. Le 11 juillet 2013 est publié À fronts renversés, un article supprimé d'Indymedia Grenoble. PMO expliquent pourquoi ils le publient :

Nous publions ci-dessous un article trouvé dans les poubelles d’Indymedia Grenoble. Le site de libre publication l’a refusé, sans doute en raison de son intelligence, qui tranche fâcheusement avec le tout venant de ses contributions.

Ah, bon, Indymedia Grenoble doit être un site de teubé·e·s qui refusent tout ce qui est intelligent. Soit. Lisons donc l'article.

La calamiteuse affaire du mariage homosexuel, le mariage pour tous dans la novlangue du pouvoir, y participe, où une petite minorité activiste qui revendique à la fois l’onction des corps constitués et l’aura sulfureuse de la transgression quand ça l’arrange, semble avoir pris le gouvernement et la gauche entière en otage pour faire passer une loi emblématique du « mon cul ma gueule » qui tient lieu de philosophie à une grande partie de la société ; une loi qui est à la mesure de leur quête éperdue de reconnaissance et de normalité, mais qui heurte le sens commun de la plupart des gens ordinaires, qualifiés en cette occasion comme en d’autres d’arriérés ou d’ incultes incapables de vivre avec leur temps et de se mettre en phase avec les évolutions sociétales.

Ah, d'accord, en fait le texte n'a pas été supprimé d'Indy Grenoble parce qu'il était trop intelligent, mais parce qu'il était complétement homophobe.

Face à la bien-pensance, quelle est la solution ? L'église catholique, même si elle fait trop d'efforts pour se rendre acceptable et devait, on le suppose, être plus cool avant.

Dans ce combat homérique, l’Église catholique fait toujours figure de repoussoir, comme de bien entendu. Mais si elle est en bute à tant d’agressivité, ça n’a plus rien à voir avec les combats laïque du passé, ni avec la lutte contre l’obscurantisme, comme l’imagine naïvement l’extrême-gauche, dont le fond de commerce, en ce qui concerne les questions de société-, est constitué d’un ensemble de demi vérités que les évolutions du capitalisme ont peu à peu transformées en véritables mensonges- ; c’est seulement qu’elle porte encore, malgré tous ses efforts pour se rendre acceptable au monde tel qu’il est, des valeurs de transcendance qui ne sont pas complètement réductible à la sous-culture de consommation.

Bon, d'accord, ce n'est pas un texte signé par Pièces et Main d'œuvre. Ils se sont contentés de le sortir des poubelles d'Indymédia Grenoble de le pubiler, et d'expliquer à quel point il était intelligent. Et puis ils n'avaient manifestement pas envie de s'arrêter là, et décident, le 31 juillet, de publier Faut-il changer la nature de la filiation ?, écrit à l'origine par Hervé le Meur dans la revue l'Écologiste.

Je vais passer rapidement sur ce texte, parce qu'il y a déjà une analyse conséquente à son sujet, Allez, juste une petite citation, qui correspond à ce que j'en pense :

Mais toute cette emphase ne parvient ni à dissimuler le caractère confus de l’argumentation ni à en rendre l’idéologie acceptable. Naïvement naturaliste, tout le propos participe à la justification des positions homophobes et anti-féministes. Ode à la famille nucléaire hétérosexuelle, à la maternité « naturelle », et à l’ordre hétérosexiste, ce texte s’en prend tout azimut à l’homoparentalité, aux lesbiennes, aux « théories du gender », aux intellectuels qui « haïssent l’engendrement naturel », etc.

Bref, ce texte est dans la lignée du précédent, en un peu plus subtil.

Que dit PMO de ce texte ? Le plus grand bien :

La revue l’Ecologiste (disponible en kiosque et par correspondance sur www.ecologiste.org) publie dans son numéro d’été 2013 un article d’Hervé Le Meur, consacré à la reproduction artificielle de l’humain (RAH), PMA en novlangue (Procréation médicalement assistée).

Ça part bien..

Cet article réussit la prouesse d’exposer en trois pages claires et concises, les enjeux liés à la nature de la filiation, et les bouleversements que la social-technocratie "post-moderne", "libérale libertaire", entend lui infliger, notamment à la suite du "mariage pour tous" (c’est-à-dire homosexuel). Haine de la nature, de tout ce qui naît, par opposition à ce qu’on fabrique. Haine de l’inné. Haine de la maternité, des mères et des pères. Biophobie et anthropophobie. Manipulations génétiques et manipulations de langage (les unes ne vont pas sans les autres). "Dérives" (prétendues dérives) eugénistes et marchandes.

Vous reprendrez un peu d'homophobie discrète ?

Et puis "l’altérité", ne serait-ce pas un concept hostile à l’égalité pour tous ? Heureusement nous sommes tous de plus en plus égaux ; tous pareils ; tels des foetus en kit personnalisés. Merci Ikea ! Merci Baby World Company !

Non, Frigide Barjot n'a pas été recrutée par PMO (elle a une page Facebook et ils sont anti-tech, alors c'est pas possible).

 Conclusion

Sur leur page de présentation, Pièces et Main d'œuvre disent notamment :

Nous refusons la bien-pensance grégaire

Ce qui prouve bien que c'est vraiment l'argument utilisé par tous les réacs.

Plus sérieusement, Pièces et Main d'œuvre est peut-être un site et un collectif qui a fait des analyses pertinentes dans le passé, et qui va sans doute continuer à le faire sur des questions comme les RFID, les nanotechnologies ; toujours est-il qu'à l'heure actuelle il s'agit d'un site qui publie des articles on ne peut plus douteux et qu'il faut espérer que les organisations libertaires et anarchistes réfléchiront à deux fois avant de leur faire de la publicité en relayant leurs articles sans se poser de questions.

Notes

[1] On pourrait sans doute critiquer la façon dont Julian Assange a beaucoup été présenté comme grand martyr du complot américano-suédois en dénigrant les deux femmes qui l'ont accusée de violences sexuelles, mais cela n'est pas propre à PMO et en l'occurrence, dans cet article précis, le nom d'Assange n'apparaît assez bizarrement que dans le titre.

mercredi 28 août 2013

La non-mixité de dominants, c'est caca

J'avais prévu un titre plus subtil, mais en fait ça résume bien.

Il fut un temps où j'étais encore jeune et naïve et où j'avais un avis plus nuancé sur le sujet, où je me disais que dans certains cas, si c'était fait avec des bases claires et dans une optique de questionner tes privilèges et blablabla, ça pouvait se justifier. J'en suis revenue.

Avant de commencer, précisons qu'il y a deux types de non-mixité de dominants : celle qui est ouvertement caca, et celle qui essaie de couvrir les mauvaises odeurs.

La première, c'est tous les groupes réservés aux mecs (ou aux blancs, etc) à cause de vieilles traditions patriarcales (ou racistes, etc.) ouvertement assumées. Ça mérite pas spéciament qu'on en parle parce que je pense que dans le milieu un peu progressiste il y a consensus pour dire que c'est de la merde. En tout cas pour certaines oppressions, peut-être pas pour toutes, mais bon, là je vais surtout parler des trucs réservés aux gars, pas trop du reste.

Ce dont je vais surtout parler, c'est la seconde catégorie, en l'occurrence les groupes de mecs qui estiment que c'est trop bien de se retrouver en groupe de mecs pour déconstruire ses privilèges, lutter contre le patriarcat, etc.

Mais avant d'en venir là, je précise qu'un autre truc dont je vais pas parler ici, c'est les groupes non-mixtes de fait. Du genre, t'as un groupe anarchiste composé uniquement de mecs (ou de blanc·he·s, ou d'hétéros, ou...), ce qui est quelque chose qui est assez couramment et qui pose plus ou moins de questions selon la taille du groupe (si sur trois personnes y'a que des gars, ça peut être la faute à pas-de-chance ; si c'est sur 30 personnes, ça pose déja plus question sur les pratiques du groupe en question), mais qui est pas un truc revendiqué.

Donc, voilà, les groupes non-mixtes gars en mode «pro-féministes». Ou parfois pas «pro-», d'ailleurs, il y en a qui se revendiquent «féministes» tout court.

Il faut reconnaître un truc, quand même, et c'est pour ça que j'avais dans le temps un avis plus nuancé sur le sujet, c'est que ça part de bonnes intention, notamment de moins faire porter aux meufs une partie de la pédagogie faite aux gars pour leur dire «si, quand tu dis/fais ça, c'est sexiste. Oh non, ne pleure pas mon petit chou».

Et sur ce point, effectivement, c'est bien quand des dominant·e·s se bougent le cul pour remettre en place les membres de leurs groupe, ça évite que les dominé·e·s, ou en l'occurrence les féministes, se retrouvent complétement épuisées, et soient en plus les grandes connasses qui arrêtent pas de faire chier les gens parce que les autres bouffons sont incapables d'ouvrir leur gueule face à leurs potes.

Cela dit, il y a pas besoin de non-mixité gars pour ça, et encore moins de rajouter un autre cadre de non-mixité masculine dans un milieu où ça arrive tout de même assez souvent de fait.

Et c'est ça le problème des groupes non-mixtes de dominants, c'est que ça rajoute de la socialisation, de la convivalité, et au final de la solitarité, entre dominants. Je pense que sur à peu près toutes les oppressions il y a le truc où quand t'es membre du groupe dominant tu as beaucoup plus de facilité à créer des liens avec d'autres gens, à avoir des réseaux, et surtout à créer des liens et avoir des réseaux avec des gens qui ont une certaine place sociale, une reconnaissance, etc. En tout cas pour ce qui est du sexisme c'est flagrant : par exemple dans tous les groupes militants mixtes que j'ai côtoyés, c'est surtout des gars qui étaient capable de relayer telle information venant d'une autre ville parce qu'ils ont un pote là-bas, ou sont en contact avec tel groupe, etc.

Donc à partir du moment où tu permets à des gars, et uniquement des gars, de créer d'autres liens avec des gars, et uniquement des gars, quelles que soient les bonnes intentions de base, ça participe à accentuer une oppression qui existe déjà. C'est évidemment pire quand c'est des groupes de gars qui ont une existence durable, parce que ça veut dire que tu sais qu'au bout d'un moment, si le groupe ne se pète pas la gueule violemment, c'est que les discussion ne portent pas sur «oh, toi t'arrêtes pas de faire de la merde sexiste, tu vas te calmer», mais que c'est sans doute des rapports cordiaux, voire amicaux. Et c'est évidemment pire quand tu fais pas un petit truc local, mais que tu veux faire de grandes rencontres pour mettre plein de mecs de différentes villes en contact.

Et là, que je sois claire : pour l'instant je pars uniquement des groupes où ça se passe relativement «bien», et où c'est pas en train de dériver soit vers un groupe masculiniste, soit vers un groupe «pro-féministe» qui a mieux compris le féminisme que ces connes de meuf.

La première dérive, le masculinisme, est sans celle pour laquelle il existe le plus de critiques : c'est lorsque des gars passent du mode «déconstuire leur privilége» et «réfléchir sur en quoi ils sont des oppresseurs» à «quand même c'est dur d'être un mec, ta meuf elle peut avorter sans te demander ton avis». Je vais pas m'étendre là-dessus parce que, là encore, ça me paraît évident que c'est de la merde.

La seconde dérive est peut-être moins perçue comme problématique : c'est quand un groupe de gars décide de faire des actions publiques (qu'il s'agisse de réunions, d'actions, d'affiches, d'autocollants, de tracs, peu importe) pour lutter sur la question du féminisme. Ce qui là encore peut partir de bonnes intentions, mais quand t'y réfléchis un peu ça revient à avoir un groupe qui prétend être actif sur la question du féminisme et dont sont tout simplement exclues les meufs. Et comme en général ces gars n'ont pas à gérer ce que les meufs féministes ont à gérer au quotidien, comme gérer des agresseurs, essayer de soutenir les copines agressées, ne rien oser faire de peur de se faire agresser, bizarrement ça va être les groupes qui vont faire les trucs valorisants, les trucs les plus publics, etc. Sans compter qu'évidemment c'est plus facile d'avoir de la visibilité quand tu as des capacités de réseauter avec des gens qui ont ou simplement d'avoir toi-même une position sociale de ouf. Prenons l'exemple de Zero Macho, qui se revendiquent «des hommes contre la prostitution» ou «fiers de ne pas être clients». En dehors des positions politiques qu'ils peuvent avoir, si tu regardes leurs positions sociales c'est assez hallucinant : y'a trois porte-paroles, dont Patric Jean, réalisateur de documentaires quand même bien diffusés (son film «la domination masculine» est, je pense, le documentaire sur la question du sexisme le plus diffusé ces dernières années), et Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo. Perso je connais peu de groupes non-mixtes meufs avec une documentariste renommée et une rédactrice en chef de journal, au mieux y'a une meuf qui mets des vidéos sur youtube et une qui fait un fanzine.

Au-delà de ça, rien que sur le principe, le résultat concret qui est de donner de la visibilité à des mecs sur la question du féminisme est plus que problématique. Est-ce que ça veut dire que je pense que les mecs peuvent absolument pas s'impliquer sur cette lutte ? Ben en fait, même pas, mais y'a d'autres façons de faire, tu peux être en soutien sans te mettre (individuellement ou collectivement) en avant en tant que mec, tu peux commencer par essayer de faire avancer les choses dans les groupes dont tu fais partie, etc. Mais faire un groupe de mecs, dont les meufs sont exclues, pour prendre la parole sur cette question, c'est une purée de mauvaise idée.

J'ai l'impression que le problème des groupes de gars là-dessus, c'est qu'il y a une vision naïve de la non-mixité, qui prend pas en compte que la non-mixité de meufs (ou n'importe quel groupe opprimé) est un élément de lutte, d'autonomie, etc., alors que dans l'autre sens c'est juste renforcer une oppression qui existe déjà de fait à plein d'endroits. Et du coup t'en arrives à avoir des groupes de gars où il faudrait respecter la confidentialité des échanges, parce que c'est de la non-mixité, alors que c'est de la non-mixité de dominants et que le minimum serait de rendre des comptes au groupe au nom duquel tu prétends avoir créé ce groupe au départ.

Voilà pour les arguments qui relèvent de l'analyse, y'a un autre truc qui est plus compliqué à étayer puisque je ne peux évidemment pas balancer de noms, c'est que perso, dans les milieux militants, je trouve ça fou le nombre de types qui traînent des casseroles d'agression ou de viol qui ont fait partie à un moment ou à un autre de groupes non-mixtes mecs censés leur permettre de se déconstruire et de ne plus être des oppresseurs. Au mieux je pourrais me dire que ces groupes ne marchent pas, mais en fait je pense que si, malheureusement : ils offrent à des gars des outils supplémentaires pour opprimer des meufs.

Tout ça pour en conclure avec le point de départ : la non-mixité de dominants, tu peux mettre tout le désodorant que tu veux pour essayer de masquer l'odeur, c'est caca.

dimanche 25 août 2013

Moi aussi, j'ai envie d'écrire un texte réac

Avant d'écrire ce qui suit, je tiens à préciser que je n'ai rien contre les croyant·e·s. J'ai des ami·e·s croyantes. Et puis je ne suis pas raciste : j'ai même longtemps vécu au Maroc, comme dirait OSS117.

Non, ce qui me pose problème, ce sont les gens qui ne s'intègrent pas. Parce que notre belle république est quand même un putain de fleuron des droits de l'homme, et tout serait beau et bien si les gens s'intégraient à notre belle république une et indivisible. Et laïque. Laïque, c''est important. Ça veut dire que tout le monde est libre de ses opinions religieuses, à condition d'avoir une façon de l'exprimer qui fasse ben d'chez nous.

Prenez les meufs voilées. Quitte à se mettre un truc sur la tête, ça pourrait être un béret bien de chez nous, mais non, il faut qu'elles mettent un hijab, si c'est pas malheureux. Elles n'ont rien compris à la laïcité, parce que la laïcité, ça dit qu'il faut pas de signes religieux ostentatoires. D'ailleurs moi je suis une vraie athée laïque : la preuve, j'en ai rien à foutre des religions. Rien du tout. C'est pour ça que je passe mon temps à réfléchir pour déterminer si tel morceau de tissu c'est un truc religieux. En gros, si c'est sur une meuf musulmane, c'est religieux : t'as enlevé ton voile, mais t'as une jupe longue ? OS-TEN-TA-TOIRE. Raah ça m'énerve ces idiot·e·s qui ne comprennent pas ça. C'est facile pourtant : musulmane + tissu = ostentatoire.

En plus ce qui m'énerve avec les musulmanes, c'est qu'elles ne comprennent pas qu'il faut les libérer. Oh, je ne dis pas que je suis contre le slogan « Ne me libère pas, je m'en charge » D'ailleurs, en tant que bonne blanche laïque et athée, je l'applique aussi : « Ne te libère pas, je m'en charge ». Je veux dire, y'a des limites aux slogans, quand même.

C'est comme la non-mixité. En tant que féministe, quand des meufs se retrouvent en non-mixité, je trouve ça cool. Mais y'a des limites. Comme la piscine. Bordel, tu te retrouves pas en non-mixité à la PISCINE, là c'est abusé, c'est du communautarisme et du musulmanisme radical. Horreur. La non-mixité, ça va, mais pas dans l'eau, merde.

Et puis il y a les islamo-gauchistes, cette tendance de l'ultragauche vendue à la solde du fascisme vert qui veut draguer le musulmanisme radical par pure démagogie individualo-libertarienne. Ces gens ne se rendent même pas compte de l'inanité qu'il y a à se revendiquer progressistes sans soutenir la république une, individible, et la-fucking-ïque.

Certaines personnes sous-estiment la façon dont ce communautarisme minoritaire met en danger les fondements de notre beau pays aux 42 000 clochers. C'est bien simple : il y a certaines rues de mon quartier où tous les numéros, je dis bien tous, sont notés avec des chiffres arabes. Rendez-vous compte.

La république, tu l'aime ou tu la quittes, pardon, je me suis un peu emportée, je veux dire que ça ne se négocie pas, et qu'il est important que tout le monde participe à une intégration bien-pensée pour qu'on puisse vivre ensemble. Et vivre ensemble correctement, ça se fait autour d'un apéro saucisson-pinard.

(Toute ressemblance avec des textes ou des propos tenus par des personnes existant ou ayant existé ne serait que purement fortuite, évidemment.)

lundi 19 août 2013

Urgent: besoin de soutien financier pour aider une femme trans à fuire son pays

Je crois que l'appel à des dons en ligne c'est pas forcément quelque chose qui se fait très souvent, mais là en l'occurrence c'est vraiment une situation urgente, donc je relaye cet appel en vous certifiant que c'est vraiment un truc sérieux et qu'il y a besoin de soutien urgent.

Vous pouvez donner ici : http://www.youcaring.com/other/aidez-une-femme-trans-fuir-son-pays-pour-survivre-/80665

Merci d'avance !


Nous sommes actuellement à la recherche de soutien financier pour une femme trans qui tente de quitter son pays suite à des persécutions transphobes. Un traitement d'hormones mâles et des électrochocs lui ont été administrés de force par sa famille, elle a été harcelée sexuellement et frappée par des personnes qui connaissaient son identité. Elle est actuellement menacée d'être renvoyée dans son pays où elle risque la prison ou la peine de mort. Nous ne pouvons en dire plus pour des raisons de sécurité. Nous pourrons donner davantage d'informations dans les semaines à venir lorsque la vie de la jeune femme ne sera plus en danger. Elle essaye en ce moment de rejoindre un pays où elle obtiendra l'asile politique et sera en sécurité. Pour cela, nous avons besoin urgemment de lever des fonds pour couvrir les dépenses nécessaires à la fuite de cette jeune femme. Le moindre don sera utile. Les besoins s'élèvent environ à 2000€ ou 3000€. - See more at: http://www.youcaring.com/other/aidez-une-femme-trans-fuir-son-pays-pour-survivre-/80665#sthash.t4YSg4Zh.dpuf

dimanche 18 août 2013

Étude zoologique du connard de rue

Ceci est un texte que j'avais écrit et publié il y a un certain temps, puis qui a disparu de la surface de l'Internet. Le voici à nouveau.

Le connard de rue est un mammifère de la famille des mecs hétéros cisgenres.

Habitat

Comme son nom l'indique, le connard de rue se trouve majoritairement dans les rues, places, ruelles et autres lieux publics. On en trouve également une forte concentration dans les bars et autres PMU.

Comportement

Le connard de rue est un animal grégaire, bien que l'on en retrouve parfois des individus isolés. Son activité principale semble consister à traîner en meute, sans autre but précis que d'occuper l'espace. La seule spécificité notable du connard de rue, comparativement à d'autres espèces tel le mouton ou le boeuf, est une relative conscience de la petitesse de son existence.

Cette capacité à se rendre compte de son aspect essentiellement inutile, voire nuisible, et dépourvu de toute grâce, se traduit par une rancoeur jalouse, voire une haine, envers tout ce qui échappe à cette existence minable. C'est pourquoi la deuxième activité principale du connard de rue, en dehors de traîner, est d'agresser de manière verbale ou physique les femmes, pédés, gouines, et/ou trans qui passent dans son périmètre d'action.

Effectivement, deux personnes de même genre qui se tiennent la main ou ont l'audace de s'embrasser montrent au connard de rue en quelle mesure il est incapable de concevoir sa sexualité en dehors d'un schéma hétérosexuel strictement limitatif. Cette parodie de sexualité qui ne lui apporte pourtant qu'un plaisir vague est érigée comme But Ultime du connard de rue. C'est pourquoi le connard de rue est également lourd de manière générale avec les meufs, sans distinction d'orientation sexuelle : il se figure qu'un peu de drague pénible ou une proposition sexuelle lui permettra de «tirer un coup». Lorsqu'il se rend compte que cela n'est pas possible, le connard de rue procède alors à des insultes sexualisées.

Par ailleurs la moindre jupe ou surface de peau visible renvoie au connard de rue le fait qu'il est complètement incapable de sortir de la gamme «bermuda/tee-shirt Johnny Hallyday» ; les moindres cheveux au fait que son instinct grégaire lui commande de se faire tondre le crâne ou couper les cheveux (selon l'habitat) de la même manière que ses congénères locaux, c'est-à-dire sans le moindre gramme de fantaisie et toujours avec un mauvais goût affligeant.

Conscient qu'il est incapable de la moindre dose d'audace qui lui permettrait d'échapper à son destin, par exemple en transitionnant ou en devenant pédé, et ne disposant généralement pas non plus du courage pour faire la seule chose d'utile dont il est encore capable, c'est-à-dire mettre fin à ses jours, le connard de rue tente donc vainement de se rassurer en attaquant tout ce qui sort un peu de sa norme, c'est-à-dire qui est capable d'avoir un minimum de classe.

Chasse

Comme on l'a vu, le connard de rue n'est pas un animal courageux, c'est pourquoi il «chasse» habituellement en groupe. Une meute typique de connards de rue est ainsi habituellement formée au minimum d'une demi-douzaine d'individus (l'utilisation du terme «individu» pour désigner le connard de rue fait cependant débat dans la communauté scientifique).

Comportement en chasse

Lorsqu'une meute de connards de rue a aperçu une victime (une femme, un pédé, une gouine, un·e trans ou tout autre individu lui rappelant à quel point son existence est minable), les membres de la meute procèdent en général à des agressions verbales ou du même ordre : drague lourde, sifflements, commentaire du type «mate le beau cul», etc, qui visent à convaincre les connards de rue qu'ils sont dominants et «normaux» au lieu de simplement pathétiques.

Le connard de rue essaie aussi de s'imaginer, de manière collective, qu'il a du courage, afin de ne pas voir que s'il en avait réellement un tantinet, il ne serait plus un connard de rue. Pour s'imaginer qu'il est courageux, le connard de rue redéfinit cette notion :

  • insulter une personne seule lorsqu'on est une demi-douzaine, c'est être courageux, viril, etc. ;

  • répondre par l'insulte à une demi-douzaine de connards de rue lorsqu'on est seule, c'est, en revanche, être hystérique.

Les sous-espèces du connards de rue

(On précisera que le terme «sous-espèce» désigne des espèces dérivées du connard de rue, d'un point de vue strictement taxinomique, et non pas des espèces qui leur seraient «inférieures», qui doivent sans aucun doute être difficiles à rencontrer.)

Le connard de rue s'est adapté (quoique cela soit un bien grand mot) de manière différente à ses environnements, donnant lieu à un ensemble varié de sous-espèces. La plus connue est :

Le connard en bagnole

Bien que cette subdivision soit contestée par certains spécialistes, qui considèrent que le connard en bagnole n'est jamais qu'un connard de rue dans une voiture, il me semble que certaines spécificités méritent qu'on le traite de manière à part.

Ainsi, contrairement au connard de rue, le connard en bagnole, se sentant solidement protégé par sa voiture, est capable d'agression même lorsqu'il est seul. Le connard en bagnole dispose également d'un organe supplémentaire appelé klaxon, qui lui sert semble-t-il à «siffler les meufs» de façon plus audible.

Véritable as du volant, le connard en bagnole est même capable de dépasser les limites de son véhicule et :

  • de donner de grands coups de moteur ;

  • de faire crisser les pneus

dans ce qu'il espère être une façon «d'impressionner les meufs».

Une subdivision du connard en bagnole est le connard tuning.

Autres sous-espèces

Le connard se décline également dans un certain nombre de sous-espèces, parfois plus évoluées en apparence mais rarement sur le fond :

  • le connard en soirée ;

  • le connard de famille ;

  • le connard militant, qui se décline en plusieurs versions, allant du plouc qui porte un bob "51" en manif et reprend en coeur la chanson «Il est vraiment, il est vraiment, il est vraiment phénoménal» passée par la sono de son syndicat, au connard alterno-déconstruit qui n'est un connard relou que lorsqu'il a pris une bière ou deux, en passant par le redskin viriliste qui a intégré les luttes LGBT et «encule ces pédés d'homophobes» ;

  • le connard pro-féministe, qui est tellement cool et pas dominant qu'il se proclame «homme lesbien» pour aller draguer les gouines ;

  • le connard de pride, qui vient assister à une pride pour satisfaire sa dose d'exotisme, sans réaliser que c'est lui qui devrait être au zoo.

Autant d'espèces diverses qui mériteraient sans aucun doute un article à part si elles présentaient le moindre intérêt.

samedi 10 août 2013

Pour la réintroduction des parenthèses dans la féminisation (ou le dégenrage) des textes

Au commencement était le verbe. Après il y a eu les noms, et comme le français est une langue où tout est genré (c'est à cause de la théorie du genre, ce lobby qui veut vendre des bescherelles en compliquant artificiellement les accords ou pas accords du participe passé), il a fallu un moment se poser la question : on fait comment si y'a à la fois du féminin du masculin, ou si on sait pas ?

Là, les Immortels de l'académie française ont apporté une réponse, en disant que le masculin l'emportait, c'est le neutre, tout ça.

Ce à quoi Butler a répondu : « Les Immortels... Nous mettrons leur nom à l'épreuve ».

Et donc, des gens ont commencé à « féminiser », ou dégenrer des bouts de texte. Au début, c'etait avec des parenthéses :

Ce sont des militant(e)s

Ensuite, des gens se sont dit que les parenthèses, ça revenait un peu à invisibiliser le féminin et à le faire passer comme facultatif, et les parenthéses sont tombées à la trappe, en général pour des choses toutes moches :

Ce sont des militantEs

Et voilà, on fout des majuscules au milieu de mots, c'est pas propre, et en plus quand on a des formes compliquées, eh ben c'est caca :

Ce sont des travailleurEUSEs ?

Ce sont des travailleurEs ?

Pendant ce temps, d'autres personnes utilisaient d'autres méthodes moins laides, comme le tiret, mais posant un peu problème parce que coupant trop le mot et que le tiret a déjà un sens dans la typographie. Mais au moins, c'était plus propre :

Ce sont des travailleu-r-se-s.

Jusqu'à maintenant, mon approche préférée était la technique du point médian, le · :

Ce sont des travailleu·r·se·s

qui a l'avantage :

  • d'être plus discrète que le tiret ;
  • de te la péter en montrant que toi, t'arrives à trouver comment taper ce caractère.

Et puis, je me suis mise à programmer en (dérivé de) Lisp, et j'ai réalisé que les parenthèses c'était Le Bien© et qu'il fallait donc les réhabiliter. Et grâce à Lisp j'ai compris que les parenthèses n'étaient pas obligées de délimiter une partie facultative, mais qu'elle englobaient le Tout. Et par conséquent, on pouvait aussi dégenrer avec des parenthèses de la façon suivante :

Ce sont des (militant e)s

ou peut-être comme ça :

Ce sont des (militant e s)

J'avoue que je ne suis pas très fixée sur le fait de mettre le pluriel dans la parenthèse ou pas. Dans l'absolu je trouve ça plus joli avec, mais ça pose quelques soucis, puisque lorsqu'on regarde l'utilisation qu'on peut en faire, on peut avoir soit :

(radical féminin)

(radical masculin féminin)

(radical féminin pluriel)

(radical masculin féminin pluriel)

Or, cela pose problème puisqu'il y a deux sens différents pour la forme avec trois éléments, et que même si en vrai c'est une question de bon sens de savoir que « (content e s) » se développe en « contents et contentes » tandis que « (travailleu r se)  » donne «  travailleur et travailleuse » et pas « travailleuse et travailleurse », il me semble que ça complique l'éventuelle implémentation informatique et qu'en plus c'est pas très propre.

Donc je propose qu'on puisse utiliser les parenthèses soit avec deux éléments :

(radical partie-à-ajouter)

(radical element-1 ... element-n)

Comme ça non seulement on peut gérer le cas particulier du « 2 genres », mais on peut aussi utiliser les parenthèses dans d'autres circonstances comme le pluriel éventuel :

(le s) (trava il ux)

ou des mots qui commencent par les mêmes lettres :

les personnes (trans genre sexuelles identitaires)

Et on peut cumuler le tout. Par exemple, admettons que vous vouliez parler de personnes transgenres, mais peut-être transsexuelles, ou transidentitaires, et peut-être qu'il n'y a qu'une personne, mais il peut aussi en avoir plusieurs, et on ne sait pas leur genre. Allez faire ça avec des putains de majuscules de merde, hein ? Alors qu'avec des parenthèses, ça donne :

((trans genre (sexuel le) identitaires) s)

Et ça, je trouve que ça aidera quand même à avoir des textes dégenrés plus faciles à lile, il n'y a pas à dire.

Oh, fuck it. I give up this bloody language and I'm going to blog in english, that'll be simpler.

jeudi 8 août 2013

Coincée dans les questions féministes

Quand j'ai envisagé de rouvrir ce blog — et déjà bien avant, mais particulièrement à ce moment-là — je me suis posée la question de sur quoi j'avais envie d'écrire exactement si je le rouvrais.

Et je me disais que j'avais pas spécialement envie de parler uniquement de questions féministes (au sens large, en incluant LGBT, gender, machin tout ça) mais qu'il y avait d'autres sujets dont j'aimerais bien parler plus souvent, dans lesquels je suis un peu impliquée dans la vraie vie, du genre anticapitalisme, antifascisme, etc.

Sauf qu'en fait je n'y arrive pas. J'ai à chaque fois des bonnes raisons : 

  • c'est des sujets que je maîtrise moins, comme je suis plus habituée écrire un petit article sur un sujet que je connais bien me prendra moins d'énergie que sur d'autres questions ;
  • il y a déjà des gens qui font des trucs chouettes dessus ;
  • y'a des grosses orgas sérieuses qui ont des journaux sérieux et qui font des analyses sérieuses, alors que sur certains sujets féministes/transpédégouines, moins, quand même (même s'il y a des petites orgas sérieuses qui font des zines sérieux) ;
  • il y a bien sûr des articles d'analyses hyper poussées sur les questions féministes/LGBT, mais j'ai l'impression qu'l y a plus de place pour des « témoignages » ou du vécu personnel, que je trouve moins effrayants à écrire (quoique ?) ;
  • les questions féministes/LGBT restent souvent invisibilisées dans les luttes sociales, donc c'est peut-être plus « urgent » que je mette de l'énergie là-dedans ;
  • etc.

Le résultat c'est que pratiquement à chaque fois que je me dis que je vais faire un article sur autre chose, avec quand même une idée précise en tête sur laquelle j'ai envie d'écrire, je n'y arrive pas vraiment et je finis par laisser tomber.

Et finalement, je me demande si toutes ces « bonnes raisons » n'en cachent pas finalement une autre, un peu plus mauvaise : l'anticapitalisme et l'antifascisme, c'est des trucs sérieux, donc de mecs, et je me sens moins légitime sur ces questions parce que je suis une meuf, un peu bête et frivole, et qu'il vaut peut-être mieux que je me cantonne à faire des trucs sur des sujets un peu annexes et laisser les questions importantes aux gens qui savent de quoi ils parlent, c'est-à-dire, essentiellement, des mecs.

Je dis pas que j'ai plus envie de parler de ou de m'investir dans le féminisme, mais des fois j'aimerais bien pouvoir faire aussi autre chose et pas me sentir limitée à ça.

mardi 6 août 2013

Représentation dans les romans (partie 2 : scénario)

Dans la première partie, j'ai parlé en gros de la création de personnages. Là je vais parler de ce qui arrive aux personnages au cours de l'histoire, c'est-à-dire plus ou moins le scénario.

Comme je l'ai dit avant, pour « éviter de parler à la place de », je ne me verrais pas écrire un bouquin dont l'histoire gravite principalement autour d'une oppression que je subis pas ; et à vrai dire même sur une oppression subie, parce que j'écris quand même des trucs plutôt légers. Donc quand je parle de scénario, ça ne va pas désigner forcément l'ensemble de l'histoire, mais possiblement plutôt des scènes ponctuelles, des dialogues, etc.

Approches générales

Pour commencer, je vais donner mon analyse personnelle des deux grands « extrêmes » que je perçois de la façon de traiter les minorités dans la fiction. C'est pas pour dire que c'est l'un ou l'autre : en fait je pense qu'il y a une sorte de continuum entre les deux, et sans doute d'autres approches (voire par exemple plus bas pour l'approche spécifique à la Science-Fiction/Fantastique/Fantasy du « je parle de minorités grâce à une métaphore avec des créatures surnaturelles »), mais on va se contenter de ça pour l'instant.

Évidemment, je parle là du principe que t'inclus des minorités. Si c'est pas le cas, il y a des chances que la question que ne se pose pas trop.

 Je suis aussi légitime que n'importe qui

La première approche, c'est de ne pas prendre en compte la position située et de dire que, ben, t'es aussi légitime que les personnes concernées pour parler d'elles. L'avantage de cette approche, c'est que tu te prends pas trop la tête à réfléchir à ce que tu peux dire ou pas ; l'inconvénient, c'est que tu risques quand même de te voir reprocher de faire des trucs un peu pourris.

J'ai qu'à faire comme s'il n'y avait pas d'oppressions

L'autre approche, c'est de faire comme s'il n'y avait pas d'oppressions : tu traites les personnages de la même façon, y'a jamais personne qui va leur faire une remarque pourrie, ils vont jamais parler de leur genre/couleur de peau/orientation sexuelle/..., et c'est juste des personnages comme les autres. C'est-à-dire, comme les mecs blancs cis hétéros, certes.

Alors bon, c'est une approche que je trouve super criticable dans la vraie vie pour ce que ça implique sur l'intégration, éviter de parler politique, etc, mais dans la fiction, en fait, je trouve pas que ce soit si crétin. En fait c'est peut-être con, mais ouais, des fois j'aime bien voir un film où y'a un personnage de lesbienne qui subit pas de lesbophobie, où y'a pas un pseudo cours pédagogique sur le lesbianisme, etc., et qui se contente de, je sais pas, buter les méchants avec des gros flingues. En fait je sais pas, je trouve que c'est reposant.

Je pense aussi que tu peux pas juger cette approche de la même façon selon les différents axes d'oppressions. Par exemple sur la question raciale je pense que c'est fréquent dans pas mal de films d'action (genre t'as un crew de héros qui ont pas la même couleur de peau mais où ça va pas être pris en compte dans le scénario), mais par contre beaucoup moins sur la question du genre : y'en a quelques uns, mais c'est rare qu'une oeuvre qui contient un personnage de meuf la traite comme « un gars comme les autres » sans jamais faire mention à son genre (y compris pour dire « cette meuf elle fait tout comme les mecs ») alors que ça va être plus fréquent de voir un personnage racisé être traité comme « un blanc comme les autres ».

Bref, cette approche ne me paraît certes pas l'idéale pour faire une oeuvre super engagée, mais dans l'optique de faire un truc pas politique mais en essayant quand même d'inclure un peu des gens, ça ne me paraît bizarrement pas si catatrophique.

J'ai voté Bayrou, alors je vais être centriste

Évidemment, comme j'ai dit que c'était un continuum, il y a statistiquement des chances que je dise pas que je prône un des extrêmes. D'ailleurs en fait je ne prône rien du tout : je n'ai pas encore été nommée Ministre de la Censure, et par conséquent je vais pas interdire les œuvres qui choisissent une approche ou l'autre[1]. Donc je vais me contenter de présenter ma vision personnelle des choses pour ce que je fais.

Ah, oui : je pense pas que ce soit forcément une question qui soit spécifique à « parler de minorités dont tu fais pas partie », mais que quand t'en fais partie les mêmes questions peuvent aussi se poser d'une façon un peu différente. Par exemple, sur la question de la réappropriation des insultes, ou de l'auto-dérision ou auto-critique dont peuvent faire preuve certaines minorités[2], je pense que c'est une question très différente d'utiliser ces insultes réappropriées dans la bouche de personnages minorisés suivant que l'auteur fasse partie du groupe ou pas (personellement, j'éviterais de le faire pour un groupe pour lequel je suis dominante), mais je pense que même si t'es concernée faut un peu prendre en compte ton public, comment ça peut être reçu, etc.

Bref, mon approche en gros ce serait :

  • globalement, pas faire tourner l'histoire autour du fait que les personnages minorisés soient minorisés ;
  • pas non plus ignorer complètement et faire comme si c'était un monde sans oppression ;
  • une approche assez bisounours quand même, où certes des héroïnes peuvent être des boulets sur certains trucs, mais où un personnage ne va pas se retrouver violemment isolée, trashée, exclue, sur des questions de misogynie/lesbophobie/transphobie/racisme/etc. par des protagonistes censées être sympathiques, parce qu'en fait je trouve que ça arrive suffisamment dans la vraie vie pour pas avoir envie de revivre ça dans les bouquins que j'écris[3] ;
  • éviter les blagues douteuses, les insultes réappropriées, etc. quand c'est des sujets sur lesquelles je suis en situation de dominante ;
  • essayer d'éviter d'utiliser des personnages qui vivent une oppression que je vis pas pour donner mon analyse à moi sur des sujets qui sont super polémiques à l'intérieur de ce groupe[4].

Et quand je dis que c'est mon approche, c'est pas en mode « je me suis fixée des règles que je suis absolument », plus une analyse sur ce que j'ai tendance à faire.

 La dérive pédagogique

Là on sort un peu des différentes approches, mais je voudrais dire deux mots d'un truc complétement à éviter selon moi, qui est ce que j'appelerai la dérive pédagogique, c'est-à-dire que d'un coup, pour une durée limitée, t'as plus l'impression de lire un roman mais un essai. Ou un article de vulgarisation, c'est selon. En général ça vient de quelqu'un qui a étudié un sujet et veut montrer qu'il l'a étudié.

Désolée, mais non. Pour moi un roman, c'est un roman. Si tu veux faire de la pédagogie, tu le fais subtilement, tu fais pas un truc où la narration te donne subitement un cours de féminisme/antiracisme/anticapitalisme/lgbtsme(?) pour les nuls. Je dis pas qu'il y a pas des fictions où ça peut être appropriée, mais là où ça pose problème c'est évidemment quand c'est pas le cas et que ça colle pas du tout avec le reste du bouquin.

Je pense qu'au-delà d'essayer de se creuser un peu la tête pour trouver une scène un peu sympa pour présenter le truc plutôt que de le cracher comme ça, faut admettre que peut-être tu feras pas passer toute ta thèse politique dans ton roman, ou que t'utiliseras pas toutes les informations que t'as apprises sur tel sujet.

Et si je dis ça, c'est parce que mes premiers textes où je me disais « ouh là la, faut que j'intègre XXX à ce que j'écris », j'avais tendance à le faire de façon grossière. Et peut-être qu'il y a encore des moments de pédagogie mal camouflés, mais je pense que ça fait moins un effet de « ah, un tract s'est glissé au milieu du roman, étrange ».

La tropologie est un sport de combat

Au-delà de ce qu'on a envie de faire (pour moi les approches du dessus, c'est ça), il y a aussi la question de comment faire pour ne pas reproduire des trucs dont on ne se rend même pas compte qu'on les reproduit. Par exemple, si tu décides que tu fais un scénario où t'as juste un groupe de gentils héro·ïne·s qu sont super divers mais où tout le monde est égal, ton truc tombe un peu à l'eau si, par exemple :

  • le personnage noir meurt en premier
  • et puis le personnage homo ne va quand même pas survivre non plus ;
  • ou encore que la meuf du groupe se fait buter pour que son mec puisse la venger et que le scénario tourne autour de ça.

Bref, je trouve qu'un aspect non négligeable quand t'écris et que tu veux pas reproduire les lieux communs, c'est d'essayer de les connaître un minimum. Alors j'imagine que des gens sérieux diraient de lire des bouquins sur le sujet dont tu veux parler, des trucs sérieux quoi, mais personnellement j'aurais tendance à considérer que l'étude des tropes dans la fiction (et donc plus regarder la représentation d'une minorité que la réalité) est limite plus importante.

C'est quoi un trope ? Bon, alors c'est un gros anglicisme. J'imagine qu'on pourrait vaguement traduire ça par cliché ou stéréotype, mais pour moi c'est plus que ça, c'est des mécanismes, des motifs qui se répétent, dans la création d'histoire, qu'il s'agisse du type noir qui meurt en premier ou de l'infiltration/évasion par conduits de ventilation. Et l'idée c'est pas de dire qu'il faut forcément les éviter (bon, ceux qui ont une origine raciste/sexiste/..., c'est quand même mieux), mais qu'en avoir conscience ça permet soit d'assumer, soit de jouer avec, soit de les subvertir, soit de faire autre chose.

Et vraiment, le site TV Tropes est peut-être en anglais, mais je pense que si vous écrivez de la fiction, c'est un site super utile, quoique violemment chronophage.

Ça peut paraître un peu extrême de dire qu'il vaut mieux s'intéresser à la représentation d'une minorité qu'à la « réalité » que vit cette minorité[5], mais je le pense (en terme d'écriture, pas le reste du temps, évidemment). Par exemple, je me rappelle d'une discussion sur un forum d'écrivains où quelqu'un de cis cherchait des informations pour créer un personnage trans. Et c'était genre, regarder comment les hormones ça marchait, quel type de chirurgie, les procédures légales pour le changement d'état-civil, le rôle des psychiatres, bla bla. Et lire des témoignage, et tout ça. Ben je pense franchement qu'il vaut mieux regarder les résumés (ou les films entiers, si t'as le temps) des films où y'a des personnages trans, regarder les critiques de ces films par des personnes trans, comprendre ce qui pose problème dans les tropes existants pour éviter de refaire les même choses, et voilà. Après, si tu te plantes sur le nom d'hormones, franchement, on s'en fout un peu.

Bon, allez, je vais mettre un petit bémol en disant quand même que t'as intérêt à connaître un minimum un sujet avant d'examiner sa représentation, et que c'est un truc qui je trouve marche plutôt pas trop mal pour moi mais qui dépend sans doute de ta façon de faire. Mais bon, globalement, je pense que connaître les codes, les motifs qu'on retrouve, ça aide quand même, qu'il s'agisse de l'inclusion de « minorités » ou d'autres choses, d'ailleurs.

Aspects propres au fantastique/fantasy/science-fiction

Avant de conclure cette partie (et de m'atteler à la partie sur les descriptions, sur laquelle je suis pas sûre en fait de trouver tant de trucs à dire), je voudrais juste parler un peu de certains trucs spécifiques aux univers de Science-Fiction/Fantasy/Fantastique :

Le surnaturel comme métaphore sociale

Que ce soit les êtres surnaturels, les mutants, les cyborgs, il y a une certaine tendance à utiliser ça comme une forme de métaphore sur les groupes minorisés. Les X-Men ou les Vampires/Garous/Métamorphes de True Blood me semblent être un assez bon exemple de ça. J'ai lu des critques assez fortes là-dessus, même si je ne les ai pas sous la main, mais personellement je pense vraiment pas que ce soit illégitime en soit : par exemple une façon de faire passer un message sur, je sais pas, l'injonction à l'intégration, les discussions sur « intégrer les dominants ou leur péter les dents », etc.

Là où je trouve que ça peut être gênant, c'est quand tu présentes ça comme une forme d'excuse pour le manque de diversité dans des personnages : « mais non, j'ai pas que des blancs, j'ai des loups-garous », mais en tout cas en tant que lectrice ou spectatrice, je crois que j'aime bien pouvoir m'identifier à certaines problématiques tout en ayant un côté pas réaliste.

Bon, après j'imagine que ça se discute, mais en tout cas les vampires, loups-garous, cyborgs et tout ça, c'est cool.

C'est comme ça j'y peux rien

Une variante plus réac de ce truc, à mon avis, c'est de refuser obstinément de voir certaines implications sous prétexte que c'est des peuples imaginaires qui ne sont pas censés être de vrais humains. Sauf que par exemple, quand t'as systématiquement en Fantasy un peuple de beaux hippies aryens qui sont les gentils trop sympas, et, ho, tiens le peuple trop méchant et cruel qui a comme par hasard une sale gueule et la peau pas blanche[6], je sais pas, tu peux te questionner un peu sur le message que ça renvoie plutôt que te dire « ouais, mais les bouquins Donjons & Dragons ils disent que c'est comme ça, alors j'y peux rien, et puis c'est de la fiction, hein ? ».

Conclusion

Bon, cet article était sans doute un peu confus, mais ça m'a permis de poser quelques réflexions personelles. Je sais pas si ça a le moindre intérêt pour quiconque d'autre, mais ça, c'est un autre débat.

Notes

[1] Si j'étais ministre de la censure, je commencerais par décreter que les Matrix 2 et 3, les Star Wars 1, 2, 3, ou Fast & Furious 3 n'ont pas existé, et que Die Hard 5 n'est pas un Die Hard, et j'imposerai aux créateurs de BattleStar Galactica de retourner la saison 4 pour que ça ait un peu de sens. Mais après, peut-être que je m'occuperais de politique, à moins que je ne décide de me pencher sur l'épineux problème du port de sandales avec des chaussettes.

[2] Celles qui ont de l'humour, du coup on ne parle pas des féministes.

[3] De manière similaire, je vous spoile presque toutes les fictions que vous pourriez lire de moi : y'a vraiment très peu de chance qu'un personnage sympathique meurt. En gros, si un perso auquel vous vous êtes attachée meurt, c'est soit que vous vous êtes attachée au mauvais personnage, soit qu'il va revenir d'une façon ou d'une autre.

[4] Bon, on pourrait dire qu'à partir du simple moment où je fais apparaître ce personnage, c'est déjà un peu le cas, et que vouloir complétement éviter ça revient à invisibiliser cette oppression. Mais en gros pour prendre un exemple un peu caricatural– vu qi'll y a pas mal de débat là-dessus en ce moment – je me verrais pas donner mon analyse détaillée sur le port du foulard à travers un monologue censé être prononcé par un personnage musulman alors que je suis blanche et (plus ou moins) athée.

[5] Plus exactement lorsqu'il s'agit d'aspects « techniques ». Par contre lire des témoignages de personnes concernées, c'est sûr que ça peut pas faire de mal.

[6] Autre exemple, pour en revenir à True Blood : le fait de dire que les vampires ont des pulsions incontrôlables et que du coups, s'ils t'agressent, c'est pas vraiment de leur faute, faut leur pardonner.

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