Lacets rouges et vernis noir

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dimanche 25 octobre 2015

À propos de l'inclusion des mecs trans dans les espaces non-mixtes féministes

Vu que je me suis résignée à poster mon article précédent ici, je me suis dit que je pouvais aussi être un peu courageuse et y poster mes réflexions actuelles sur l'inclusion des mecs trans dans les espaces non-mixtes féministes.

J'ai un peu peur en écrivant cet aricle de me faire traiter de transphobe ou de « TERF »[1], mais à un moment il faut oser assumer un peu ses convictions (ou du moins ses reflexions) et à défaut de me faire des potes ça me permettra au moins d'être un peu plus droite dans mes rangeos.

Donc en gros, ma position est la suivante : dans l'absolu, je ne suis pas contre que de tels espaces existent (même si personnellement ils me branchent moyennement et que je me sens plus à l'aise dans un espace non-mixte meufs que dans un espace qui inclut des mecs, fussent-ils trans). Cependant mon expérience directe ou indirecte de ces espaces m'amène à penser que la plupart des temps, c'est quand même bien foireux. Voilà donc un certain nombre de reproches que j'ai à leur faire, même si certains arrivent plus ou moins à échapper à ce que je peux pointer ici.

L'inclusivité hypocrite

Imaginez la situation suivante. Vous organisez une soirée (une projection, un concert, peu importe) où vous proposez de la bouffe. Vous le mettez en avant sur l'affiche, et vous insistez dans votre affiche sur le fait qu'il y aura aussi de la bouffe vegan[2]. Arrive le moment de la soirée, et là vous ne proposez que des hot-dogs avec des saucisses de viande. « Oui mais quand même, vous défendez vous, il y a bien du pain qui est vegan ! ».

C'est un peu le statut d'un certain nombre de non-mixité « sans mecs cis » : les mecs trans sont inclus, oh oui, mais quand même le tract de la manif non-mixte n'arrête pas de répéter « nous les meufs, nous les meufs, nous les meufs », et à la fin tout le monde se congratule en disant « ah ça fait du bien de faire une manif sans mecs ! ».

Désolée, mais ça s'appelle du foutage de gueule. Si tu prétends inclure des mecs trans parce qu'ils subissent de la transphobie, à un moment donné il faut avoir des actes en accord avec ce que tu annonces, et ne pas prétendre qu'on est « entre meufs » ou « sans mecs », prendre des précautions pour faire en sorte que les mecs trans présents ne soient pas malgenrés, parler de la transphobie qu'ils subissent, ne pas supposer que parmi les LGBT[3] présent·e·s à la marche il n'y aura que des « LBT » et donc pas de gays (si tu inclus les mecs trans, tu inclus a fortiori les gays trans), etc.

Si t'inclus des mecs trans, t'inclus des mecs trans. Ça implique que t'es pas juste entre meufs ; perso, c'est pour ça que je ne suis pas fan de cette non-mixité, mais si on décide que c'est comme ça on l'assume. On invite pas des gens à venir à un truc pour leur cracher à la gueule ou faire comme s'ils n'étaient pas là.

Les raisons douteuses à l'inclusion

Une autre raison qui fait que j'ai souvent du mal avec l'inclusion des mecs trans dans les espaces non-mixtes féministes, c'est les raisons parfois mises en avant pour cette inclusion.

Je ne dis pas qu'il ne peut pas y en avoir de bonnes. Dire « les mecs trans subissent de la transphobie et on veut aussi bosser là dessus parce qu'ils n'ont vraiment pas une place terrible dans (le truc sur lequel on essaie de bosser) alors on les inclut aussi, vu qu'en plus la transphobie c'est aussi pas mal lié au patriarcat » ? OK, ça se tient, pas de souci.

Par contre quand les raisons c'est « oui mais quand même les mecs trans ils ont eu une socialisation de meufs, je suis sûre qu'ils ont beaucoup à nous apprendre sur le sexisme vu qu'ils ont connu les deux côtés » :

  1. C'est super exotisant.
  2. Ça se base sur un argument de la « socialisation » qui est le même argument parfois utilisé, dans l'autre sens, pour virer les meufs trans de tels espaces. Certes peut-être que toi tu veux pas les virer, mais tu leur fais quand même passer le message qu'elles ont intérêt à bien la fermer et à être toutes gentilles et mielleuses quand elles se prennnent des trucs de merde si elles ne veulent pas avoir des soucis.

Dans le genre « inclusivité des mecs trans qui vire à la transphobie », il y a aussi la tendance à considérer que les mecs trans ne sont pas vraiment des mecs (et donc les meufs trans pas vraiment des meufs). Même si les milieux inclusifs ont appris à ne pas dire les choses aussi frontalement. Y'a le mauvais transphobe, tu vois, il va dire que les mecs trans c'est des meufs et que les meufs trans c'est des mecs, et puis il y a les bons inclusi·f·ves, qui von dire que les mecs trans c'est des AFAB[4] et les meufs trans des AMAB[5] et ne plus parler qu'en ces termes essentialisant, mais ça n'a rien à voir, tu comprends ?

Bien sûr, il y a aussi beaucoup de cas où il n'y a pas de raison mise en avant, et où cette non-mixité est juste présentée comme allant de soi. Ce qui certes permet de ne pas mettre ouvertement en avant une raison transphobe, mais permet également aux gens pour qui l'inclusion des mecs trans est évident « parce que fondamentalement, ça reste des meufs » de ne pas être contredits.

Quelles sont les conséquences pour les meufs trans ?

On a vu précédemment que donner de mauvaises justifications (ou ne pas en donner du tout) pouvait avoir des conséquences néfastes sur les meufs trans et sur la place qu'elles pouvaient prendre dans de tels espaces.

Un autre point qu'il me semblerait intéressant d'aborder, c'est les rapports mecs/meufs. Car, oui, introduire des mecs veut dire qu'on introduit des rapports de domination mecs/meufs. Certes, ces rapports ne sont pas exactement les mêmes que pour les mecs cis, pas spécialement parce que les mecs trans seraient plus doux ou par nature moins misogynes, mais parce qu'ils sont trans, ce qui veut dire qu'ils peuvent subir de la transphobie. Si on ajoute à ça le simple argument mathématique (les personnes trans sont numériquement peu nombreuses dans la société en général), il en ressort qu'ils ont intérêt à « se tenir à carreau » dans de tels espaces.

Du moins, face à une meuf cis. Face à une meuf trans, ça ne marche pas tout à fait comme ça : celle-ci ne pourra pas compenser son statut de dominée sur l'axe mec/meuf par un statut dominant sur l'axe cis/trans. Pire, lorsqu'on parle de rapport de genre mecs trans/meufs trans, il n'est pas rare d'entendre, y compris dans de tels espaces « inclusifs », que l'axe misogyne classique ne s'applique pas parce que... hé bien oui, on en revient aux arguments évoqués précédemment : une meuf trans aura eu une éducation de gars, pas le mec trans, donc au final peut-être bien que c'est lui le dominé dans ce cas, non ?

Bref, la conséquence de cette belle inclusivité peut être, pour des meufs trans, de se retrouver dans des espaces où elles ont autant à subir des gars, mais pourront encore moins protester lorsqu'il leur arrive un truc sexiste.

Génial.

On m'objectera peut-être l'argument que d'un point de vue, là encore, purement mathématiques, il peut être plus intéressant pour des meufs trans qu'il y ait plus de personnes trans en général (et donc d'inclure aussi les mecs trans) afin d'être plus nombreuse et nombreux à lutter contre la transphobie. Je pense que ce n'est pas totalement faux, mais que c'est à nuancer par le fait que l'oppression que subissent les femmes trans (transmisogynie, pour employer des gros mots compliqués) est assez spécifique par rapport à la transphobie en général[6]. Sans compter qu'en pratique cette forme de non-mixité inclut plus facilement certains parcours et certains discours de mecs trans que d'autres.

 Qui inclut-on vraiment, et qui est le "on" qui inclut ?

Ce qui m'amène à la question : qui sont ces mecs trans qu'on inclut vraiment dans cette non-mixité ? En réalité, l'expérience aurait tendance à me laisser penser que ça ne va pas attirer, loin s'en faut, tous les mecs trans, mais un sous-ensemble d'entre eux. Pour le dire plus clairement : un gars qui est perçu par un gars depuis des années et à qui ça va très bien aura en général moins tendance à aller dans un groupe féministe non-mixte composé essentiellement de meufs. À l'inverse, ça parlera plus soit à des mecs trans en début de transition, ou qui ne sont pas entièrement sur une identité de mecs. Et, j'aurais tendance à le penser, plus généralement des mecs trans qui vont moins râler que d'autres si on s'adresse à un groupe où ils sont en disant « les filles », si on les genre mal, si on les oute à des gens, etc.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il me semble que cette inclusion « sélectionne » d'une certaine façon les mecs trans qui vont vouloir y venir de façon à ce qu'ils correspondent à une vision des trans que les (meufs, en l'occurrence) queers cis aiment bien, c'est-à-dire :

  • qu'ils n'expriment pas qu'ils sont tout autant de « vrais hommes » ou de « vraies femmes » que des hommes ou des femmes cis ;
  • qui sont clairement exotiques visibles : ils sont trans, ils sont fiers d'être trans, c'est cool, il n'y a pas à se faire engueuler parce qu'on les a outé à quelqu'un d'autre ou à se faire avoir parce qu'on a dragué une meuf en pensant qu'elle était cis alors qu'elle était trans ;
  • qui « subvertissent » le genre, quoi que ça puisse bien vouloir dire.

Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas de reprocher aux personnes qui peuvent se retrouver là dedans les trucs évoqués ci-dessus, mais de voir qu'en prétendant « inclure » largement, en fait on a des personnes cis (qui sont, majoritairement, celles qui décident de qui inclure ou pas) qui se font une représentation des personnes trans et qui choisissent ensuite une « inclusivité » qui leur permet de valider cette représentation. Tu te dis que, quand même, ayant eu un vécu « de fille », les mecs trans doivent quand même avoir une certaine sensibilité féministe, et tu fais en sorte que seuls eux se pointent à tes trucs, ce qui prouve bien que tu avais raison. Ce truc m'a frappée quand on discutait avec une copine des discours que tenaient ce genre de personnes sur les mecs trans, et on rigolait en disant « mais si elles rencontraient Machin, ou Truc, elles déchanteraient vite ». Sauf que là on a tilté qu'elles ne rencontreront jamais Machin ou Truc (ou, tout du moins, n'iront jamais imaginer qu'ils sont trans) parce que de fait ils ne se pointeront jamais à un évènement de ce style.

 Bref...

Comme je l'ai dit au début, je ne suis pas opposée en principe à des espaces féministes qui incluent des mecs trans, même si dans les faits les expériences que j'ai pu en avoir et qui ont pu m'être relatées sont loin d'être toutes satisfaisantes. Certaines solutions sont parfois utilisées pour les mitiger un peu :

  • parler dans ce cas de « mixité choisie » plutôt que de non-mixité me semble plutôt aller dans le bon sens, puisque ça a l'avantage au moins d'éviter de transmettre le message « meufs, mecs, tout ça c'est un peu pareil » ;
  • ne pas forcément partir qu'il y a une non-mixité (ou mixité choisie) idéale qui va de soit et qui pourrait s'appliquer pour tout parce que ce serait le truc radical du moment, mais plutôt adapter aux circonstances concrètes, réfléchir au message que ça peut donner, à quelle justification on donne, etc. ;
  • réfléchir un peu à la communication, et se dire que peut-être si tu fais une affiche pour un évènement "meufs gouines trans"[7] avec une affiche montrant une meuf cis se faisant un auto-examen gynécologique, peut-être que le message que tu envoies n'est pas que ça inclut les meufs et gouines cis et trans et les personnes trans autre que des meufs, mais juste les personnes nées avec une chatte, peu importe comment elles se définissent ;
  • bref, de manière générale, être un peu carrées politiquement, ce qui dans le marasme actuel est sans doute plus facile à dire qu'à faire.

Et surtout, il me semble que ce serait plutôt pas mal d'arrêter de sortir l'argument « si vous ne voulez pas inclure les mecs trans, c'est que vous êtes transphobes », parce que j'espère avoir démontré ci-dessus que, parfois, c'est celui/celle qui le dit qui l'est, na.

Post-scriptum : tu parles pas des non-binaires !

Je me rends compte après avoir écrit ce billet que je ne parle pas du tout de l'inclusion des personnes non-binaires et que des gens seraient foutus de me le reprocher. Je tiens donc à dire que cette question me paraît assez indépendante de celle de l'inclusion des mecs trans : si le but est d'inclure les personnes non-binaires, on peut tout à fait d'envisager une non-mixité du type « sans mecs » (donc : meufs et personnes non-binaires) qui n'inclurait pas, en revanche, les mecs trans, ce qui pourrait poser d'autres questions, mais hors du champ de cet article.

Il y aurait cependant beaucoup à dire sur les discours majoritaires du moment concernant ces notions, et les problèmes qu'ils posent, notamment en terme d'essentialisme et de transphobie[8], mais cela sort un peu du cadre de ce billet et mériterait d'être approfondi dans un article à part (en attendant, je vous invite à vous référer à cet article sobrement intitulé "Le non-binarisme me rend malade", publié dans le numéro zéro de Suck My Glock!).

Notes

[1] Trans Exclusionary Radical feminist

[2] Sans produits animaux : ni viande, ni lait, fromage, etc.

[3] Lesbiennes, Gays, Bi·e·s, Trans

[4] Assigned Female At Birth

[5] Assigned Male At Birth

[6] Surtout lorsqu'il s'agit de positions dans des espaces communautaires, ce dont on parle en l'occurrence ; évidemment il y a des points communs sur l'accès aux soins, au changement d'état civil, à la transphobie administrative, etc.

[7] Cette formulation n'est elle-même pas sans poser problème, cf cet article.

[8] Il n'y a qu'à voir la multiplications des occurrences des expression "AFAB" et "AMAB" (respectivement Assigned Fe/Male At Birth) pour voir qu'on en revient à une classification selon notre sexe de naissance qui ne déplaira pas aux transphobes ; ou encore les termes « transfeminine »/« transmasculine », censés déconstruire la binarité, mais qui fait qu'un mec trans serait forcément masculin et une meuf trans forcément féminine.

dimanche 19 juillet 2015

Violence des échanges en milieu militant

Tant que j'en suis à parler de ce qui se passe sur les réseaux sociaux... (promis, après j'arrête).

Un certain nombre de textes sont sortis récemment pour parler de la violence dans les milieux « militants » sur Internet. J'en oublie sans doute un certain nombre, mais parmi ceux dont je me souviens, il y a eu :

Signalons aussi le texte Féminisme et terrorisme, sur Suck My Glock!, qui s'amuse à reprendre des morceaux de la brochure de Léon Trotsky (et de sa préface), Terrorisme et communisme, avec un résultat assez... frontal :

Ivresse sanguinaire ! s'écrient tous les philistins. C'est exactement le contraire. Plus la révolution féministe se montrera décidée, hardie, impitoyable avec l'ennemi, plus sa victoire sera rapide, et donc moins sanglante, moins coûteuse en vies humaines pour les femmes. Voilà comment raisonnent des féministes : en matérialistes implacables, et non en pleurnicheuses ou pusillanimes petites bourgeoises. Hésiter, tergiverser, vouloir fixer des codes de conduite, vouloir éviter l'affrontement inévitable, apporter la moindre restriction à la marche implacable de la révolution féministe, c'est l'affaiblir; ce n'est pas épargner des vies humaines, c'est préparer, dans le meilleur des cas, des bains de sang supplémentaires, c'est, dans le pire, préparer des désastres.

Cela dit, c'est des autres textes dont je vais parler. Il y a des choses pas inintéressantes là-dedans, et qui méritent d'être discutées, et aussi des choses qui sont, disont, moins intelligentes. Je vais commencer par celles-ci, en prenant surtout en exemple des extraits du texte sur Piment du chaos, car étant le seul texte de la liste (à ma connaissance) écrit par un homme, c'est sans suprise celui qui dit le plus de bêtises sur le féminisme.

Pour en finir avec ce piment du chaos

La première chose assez surprenante dans ce texte, c'est qu'il nous explique que dans le milieu des « miiltants SJW » (dont je ne sais pas, au juste, ce qu'il est censé désigner exactement), grosso-modo les rapports d'oppression sont à peu près inversés :

Là ou dans la société mainstream, on est avantagé si on est un homme blanc cis hétérosexuel riche (etc), dans le milieu militant on va privilégier les opprimés, c’est à dire ceux qui n’ont pas ces privilèges.

Mais qu'est-ce exactement qu'être privilégié selon ses critères ? Le paragraphe précédent nous donne un indice :

Si vous êtes mince, par exemple, il faut chercher longtemps avant de trouver une subculture dans laquelle cela ne vous avantage pas, bien que cela finisse toujours par se trouver.

Ce qui est notable dans cette citation, c'est l'adresse du lien sur lequel pointe la fin de la phrase : la page wikipédia « Fat fetishism ». On sera ravie d'apprendre que pour ce gars, avoir des mecs qui nous fétichisent, ce n'est pas juste des porcs dégueulasses, mais qu'on a une situation qui nous avantage en tant que grosse. Facile, alors, de voir des espaces où les femmes sont effectivement avantagées par rapport aux hommes : pas besoin d'aller chez les « SJW », dans la société patriarcale, les femmes ont des entrées gratuites dans les boîtes de nuit, et les hommes expriment tous leurs fantasmes dessus ! Serait-ce donc que les femmes sont avantagées ?

Bref, pour contredire cette prose qui flirte avec le masculinisme : non, même dans les milieux féministes il n'y a pas franchement inversion des rapports d'oppression ; on continue à y subir des effets de notre société patriarcale et raciste, à vouloir lécher le cul des mecs, à trasher les meufs trop féminines, à stigmatiser les femmes trans et racisées, etc. Il y a sans doute des choses qui s'expriment différemment, qui vont peut-être plus prendre la forme d'exotisation ou de fétichisation, mais ça n'est pas pour ça que les opprimées deviennent subitement les dominantes.

Une autre divergence politique profonde que j'ai avec l'auteur de cet article, c'est sa vision libérale du militantisme :

J’ai le sentiment d’en avoir retiré tout ce qu’il y avait à en retirer, qu’y rester plus longtemps sera maintenant contre-productif pour mon évolution personnelle et ma production écrite.

On voit là le symptôme d'une approche finalement limite « carrièriste » du militantisme. Il ne s'agit pas de lutter pour changer le monde, mais d'en retirer tout ce qu'on a à y retirer, de supprimer toute notion de lutte pour parler d'« évolution personnelle ».

Ce n'est malheureusement pas le seul texte à avoir cette approche, et c'est pour ça qu'à plusieurs reprises j'ai placé le mot « militant » entre guillemets, puisque selon les personnes qui l'emploient, il ne s'agit pas forcément de s'organiser pour lutter, mais d'une forme alternative de développement personnel.

Dans la suite du texte, cependant, j'essaierai de surtout parler des conséquences de la « violence » sur les réseaux sociaux « militants » en terme d'organisation des opprimé·e·s pour leur lutte, et pas en but de permettre le développement personnel d'untel ou d'unetelle. Pour être claire : je ne pense pas que le militantisme ait pour but de devenir « une meilleur personne », d'avoir une vie plus heureuse, de favoriser son développement personnel ou d'ouvrir ses chakras. Ça peut, éventuellement, parfois en être une conséquence (pour les premiers points, en tout cas), mais cela n'a rien d'évident : s'engager dans une lutte, et notamment dans la lutte féministe, cela peut avoir un coût, parfois lourd (cf cet article sur Comment peut-on être féministeFéministe, le prix à payer). Ne voir le militantisme que sous l'angle de ce qu'on peut en retirer, c'est, comme le dirait Trotsky, avoir une approche de pusillanime petit-bourgeois.

 De la violence en milieu militant

Ceci étant dit, passons maintenant aux choses plus intelligentes qu'on peut trouver dans les textes que j'ai mis en lien au début, et notamment les critiques faites à une forme de militantisme par Internet, que je ne saurais pas forcément qualifier en terme de courants, mais qui me semble beaucoup inspiré par les mouvements anglo-saxons, pas mal développée via Internet et notamment des Tumblr et Twitter. Si j'essaie de synthétiser, j'y vois les critiques suivantes :

1) Le fait qu'il faille être « parfait·e » dès qu'on débarque, et qu'on ait pas droit à l'erreur

En gros, on peut vite se faire tomber dessus sans ménagement quand on débarque et qu'on dit une bourde ; et ça peut être gardé en mémoire fort longtemps par la suite.

2) La logique de « positionnement située » poussée à l'extrême et parfois à l'absurde

Où en gros on est « légitime » à parler si on est « concernée » par une oppression, à tel point qu'on va parfois demander à des gens de s'outer, ou les outer malgré elles, ou présupposer qu'elles sont cis/blanches/... alors qu'elles ne le sont pas.

3) De même pour la logique de « la colère des opprimé·e·s est légitime » qui en vient à justifier des abus

C'est un point sur lequel je reviendrai, parce qu'il me semble qu'il y a deux choses qui sont mélangées, alors qu'elles sont assez distinctes :

  • le fait d'être super agressi·f·ve, et d'être beaucoup à l'être, envers quelqu'un·e pour quelque chose qui n'est « pas si grave » ;
  • le fait d'utiliser de mécanismes oppressifs dans cette colère ;

4) Le fait de n'attaquer la question de la légitimité de la colère que sous l'angle personnel et pas collectif

L'expression de la colère peut faire du bien à la personne qui l'exprime, mais elle peut être contre-productive pour d'autres personnes de sa classe et plutôt faire flipper d'autres gens.

5) Le manque d'empathie sur Internet, où on a tendance à oublier que la personne qu'on a en face de nous n'est pas que virtuelle

6) Le fait que parfois c'est les alliés qui gueulent, sans considération sur le fait de savoir si ça fait vraiment du bien aux victimes de l'oppression/agression qu'ils dénoncent

Je ne vais pas revenir sur tous ces points. Je suis assez d'accord avec le second, mais il me semble qu'il faudrait plutôt un article spécial là-dessus (en attendant, je trouve celui-ci intéressant, quoique ne parlant pas exactement de cette situation : Situez-vous qu'ils disaient, sur Skinny Fat Grrl). De même, je suis d'accord avec le 6, qui me paraît un problème récurrent (pas que sur Internet) ; mon article précédent parle d'un exemple qui est une bonne illustration des soucis que ça peut poser. Le point 5 ne me paraît pas très intéressant à aborder sous cet angle (ce qui ne veut pas dire que c'est forcément faux en soi), mais je parlerai un peu des spécifités de la communication sur les réseaux sociaux dans différents points. Des six critiques que j'ai listées, je m'attarderai donc surtout sur la 1, 3 et 4 (désolée pour cet usage de chiffres, mais je n'ai pas envie de recopier la critique à chaque fois).

L'injonction à la perfection, et l'exclusion de gens qui n'ont pas les codes

Il me semble que ces critiques (qu'on retrouve, sous une forme ou une autre, dans plusieurs textes) parlent surtout du fait que lorsqu'on débarque dans ces milieux (et pour le coup pas que les mystérieux « SJW », mais tous les milieux militants) ça peut être compliqué si on n'a pas les codes, si on ne maîtrise pas tout le vocabulaire, si on n'a pas lu Marx Tumblr, et que si on dit une connerie ça peut nous être reproché pendant très longtemps.

Globalement, je suis assez d'accord.

Sur l'accessibilité : oui, il faut qu'on se calme un peu sur les textes super compliqués, le vocabulaire hyper ciblé, le militantisme réservé aux gens qui ont fait siences po. Clairement. Je pense que c'est vrai à peu près partout, avec des spécificités différentes (connaître les différents mots en splaining d'un côté, avoir lu l'intégrale de Marx ou Bakounine de l'autre). Il me semble aussi qu'il y a la question de la formation à aborder, c'est-à-dire comment faire en sorte que quelqu'un·e qui débarque puisse avoir accès, petit à petit, à ces différents savoirs. Là-dessus, Internet pourrait être génial (il y a tout qui est accessible, avec des formats différents : si lire des bouquins te gave, tu peux voir des vidéos, etc.) mais donne actuellement des trucs pas terribles, parce qu'en gros on laisse les gens se démerder à trouver ce qu'ils peuvent/veulent, sans structure, sans hiérarchie (la hiérarchie c'est mal), et du coup tu te retrouves avec des gens qui ont l'impression de tout avoir compris mais qui n'ont pas vu les bases (en dehors du fait que je pense qu'il y a des désaccords assez importants sur ce qui constitue les bases).

Sur le droit à l'erreur : oui aussi, quelqu'un qui débarque doit pouvoir avoir le droit qu'on lui dise « là t'as dit une connerie » sans qu'on lui ressorte forcément dans dix ans. Là dessus, il me semble que l'usage qu'on fait sur les réseaux sociaux n'aide clairement pas. Traditionnellement, dans un groupe militant il y a un peu deux espaces : l'espace interne, où tu peux dire des connerie sans (trop) de jugement, et où ça reste en interne, les gens en dehors n'ont pas à savoir que t'as dit ça ; et un espace public où vaut mieux éviter de dire de la merde, parce que t'impliques ton groupe, et donc si tu connais pas un truc il vaut mieux la boucler et demander après à tes camarades. Sur un truc comme Twitter, y'a pas trop ça, en partie parce qu'il n'y a pas vraiment de « groupes » constitués (éventuellement des regroupements d'individus, mais c'est pas tout à fait pareil), et surtout parce qu'il n'y a pas vraiment de séparation entre discussion interne et publique. Et du coup si tu débarques et que tu dis de la grosse merde en public, tu risques de prendre un peu plus cher que si ça avait été dans un groupe plus restreint. Par ailleurs, sur Internet c'est par écrit, les choses ont tendance à rester, et dix ans après on peut encore tomber sur la merde que t'as dite quand t'as débarqué, alors qu'à l'oral il y a des chances que les gens oublient assez vite.

Je mettrai quand même un gros bémol par rapport au point « droit à l'erreur » : il y a « erreur » et « erreur ». Personne ne t'en voudra dans un groupe anarchiste si avant de militer tu votais PS. Par contre si avant t'étais chez les Identitaires, c'est pas exactement la même chose. Ce qui veut pas dire qu'il y a pas de changement possible, etc., mais il est compréhensible que des gens mettent plus de temps avant de te faire confiance. De même, si avant d'être initiée au féminisme tu pensais que, quand même, les féministes exagéraient, c'est pas la même chose que si t'étais un mec pick up artist.

Par ailleurs, mais ça c'est peut-être mon côté vieille conne, autant je pense que je peux pardonner à des gens qui ont dit de la merde quand c'est pas très grave, autant je pense aussi que quand tu débarques sur un truc, avoir un peu d'humilité ça peut être une bonne approche. Et commencer par te former avant de dire n'importe quoi sur n'importe quoi, ça me paraît pas idiot, dans le monde physique comme sur Internet.

La logique de « la colère des opprimé·e·s est légitime », poussée à l'extrême, en vient à justifier des abus

Comme je le disais, dans cette critique il me semble qu'il y a deux choses qui sont mélangées, alors qu'elles sont assez distinctes :

  • le fait d'être super agressi·f·ve, et d'être beaucoup à l'être, envers quelqu'un·e pour quelque chose qui n'est « pas si grave » ;
  • le fait d'utiliser de mécanismes oppressifs dans cette colère.

Le deuxième point, clairement, ne me paraît pas faire l'objet de beaucoup de discussion : non, c'est pas bien. Si on te dit un truc raciste, répondre par un truc homophobe, c'est pas cool. Ça veut pas forcément dire que la personne est forcément la pire des merdes (je pense que le droit à l'erreur ça s'applique aussi quand tu t'énerves, et des fois quand t'es agressée le truc qui te sort spontanément c'est pas le plus intelligent mais c'est quand même dans une situation particulière), mais c'est pas pour autant que c'est bien. Donc : utiliser des mécanismes oppressifs, même pour se défendre : pas bien.

Le premier point, par contre, me paraît moins évident, parce que c'est aussi lié à ce qu'on qualifie de violence ou pas, et que dans l'absolu faire un texte argumenté et relativement « poli » (comme j'espère que je fais là) c'est pas forcément moins violent pour les gens visés que de leur dire d'aller se pendre. Ce qui me gêne aussi dans un certain nombre d'articles c'est d'utiliser des mots comme « harcèlement » pour parler non pas de violence d'un groupe dominant sur un groupe dominé mais aussi de la réaction de personnes opprimées face à un dominant. Je suis pas persuadée qu'on puisse dissocier cette notion des raports de pouvoir. Oui, ça un sens de dire que les femmes sont victimes de harcèlement de rue de la part des hommes. Ça n'en en aurait pas des masses de dire que les nazis qui sortent avec un tee-shirt muni d'une croix gammée sont victimes de harcèlement de rue à cause de ça. (Et voilà, j'ai atteint le point Godwin.)

Par ailleurs, je pense que là dessus il y a une vraie spécificité des réseaux sociaux (ça n'empêche pas que la question « est-ce qu'il fallait que des féministes soient aussi violentes envers un mec qui est certes un machiste, mais qui est notre camarade » d'être posée régulièrement dans le monde physique), à la fois liée au mélange public/privé qui peut entraîner des trucs compliqués, mais aussi aux usages « acceptables » qui ne sont pas forcément les mêmes pour tout le monde. Par exemple, un certain nombre de choses qui sont l'usage « normal » de (ou en tout cas, prévu par) Twitter, comme remonter tous les tweets qu'un profil a dit, ou faire une liste où on peut lire différentes personnes sans les suivre vont être vécues par certaines personnes comme du stalking[1]. De même, la notion de dogpiling, c'est-à-dire le fait que plusieurs personnes répondent en même temps à une autre pour lui dire qu'elle a dit une connerie, me parait assez douteuse (je ne parle évidemment pas du cas où ces gens tiennent des propos oppressifs). Oui, dans le monde physique, avoir dix personnes qui te parlent dessus en même temps, c'est violent parce que tu ne peux pas en placer une et qu'il y a le côté intimidation physique (tu te retrouves seule contre dix). Est-ce que c'est la même chose sur Twitter ? Je ne suis pas sûre que ce soit si simple. Et ne parlons même pas du cas du subtweet (fait de parler de quelqu'un sans mentionner son identifiant), qui peut être vu par certaines personnes comme agressif... mais tout comme peut l'être, par d'autres, le fait d'être mentionné·e.

Ce que je veux dire par là, ce n'est pas que tel ou tel comportement n'est en fait pas violent et que les gens qui le trouvent violent ont tort ; c'est plus qu'il s'agit d'une façon de communiquer qui a ses spécificités, qui est nouvelle, et où je ne suis pas sûre que les règles « implicites » de communication soient les mêmes pour tout le monde (dans le monde physique, il y a d'ailleurs aussi un certain nombre de personnes qui ne maîtrisent pas forcément très bien les règles implicites, notamment de communication non verbale, mais en général il y a quand même un consensus global qui dit, par exemple, que consulter ostensiblement ta montre quand quelqu'un t'explique quelque chose, c'est mal vu.). À noter, il y a par exemple des forums où il y a des « codes de conduite » ou des « chartes » et où c'est un peu plus explicite. Par ailleurs, ces forums peuvent en général activer ou désactiver des fonctionnalités selon leurs besoin, contrairement à Twitter qui est certes un outil adapté au microblogging mais pas forcément à tout un tas d'autres choses.

Bref, ma rengaine classique : Twitter et Facebook, c'est pas parce que je suis dessus que c'est pas de la merde, et peut-être qu'il faudrait qu'on arrive à faire autre chose que de dépendre de ça.

Sinon, sur l'agressivité légitime ou pas... ce sera l'objet du dernier point.

Le fait de n'attaquer la question de la légitimité de la colère que sous l'angle personnel et pas collectif

Il me semble que c'est un point intéressant soulevé dans le texte sur Colère militante (et peut-être dans un ou deux autres, mais je ne les ai plus tous parfaitement en tête). En gros, dire que la colère de l'opprimée est tout le temps légitime, y compris sous sa forme la plus agressive, ça peut avoir un côté positif pour la personne qui exprime cette colère, mais pas forcément pour toutes les autres concernées par cette oppression.

Je suis en partie d'accord avec ça, mais il me semble important d'utiliser une notion qui n'est pas, à ma connaissance, abordée par ces textes, c'est celle de tactique.

C'est-à-dire que dans l'absolu, je pense que la colère d'un·e opprimé·e qui subit une oppression est tout le temps « légitime ». Oui, elle a le droit d'avoir cette colère. Non, je peux difficilement lui en vouloir de l'exprimer. Par contre, ça n'empêche pas qu'il me semble intéressant de savoir s'il est tactiquement approprié d'exprimer cette colère ainsi, ou pas.

Prenons une manifestation contre les violences policières. Une personne se prend un coup de tonfa par un flic. Énervée, elle veut leur jeter des caillasses. Est-ce que je pense que c'est légitime ? Oui. Est-ce que je pense que c'est, tactiquement, une bonne idée ? S'il y a deux fois plus de flics que de militant·e·s, et qu'ils n'attendent qu'un petit débordement pour embarquer tout le monde, peut-être pas.

Autrement dit, il ne s'agit pas juste de savoir si quelque chose est « juste » ou « légitime » dans l'absolu, mais aussi de savoir si ça va te faire du bien à toi, ou se retourner contre toi. À toi, mais aussi à ton groupe, et c'est là que je pense que la notion de collectif peut se poser.

Concrètement, oui, à des moment la réaction « violente » ou « agressive » peut soit être dangereuse pour toi ou d'autres personnes (exemple ci-dessus), soit faire flipper des gens qui n'ont pas le même rapport à la violence que toi, qui n'ont pas les mêmes capacités, etc. (par exemple si tu organises une manif en invitant des personnes qui ne sont jamais allées à une manif de leur vie, qui ne sont pas forcément tou·te·s des jeunes mecs valides, et en leur disant qu'ils et elles peuvent venir avec leurs enfants, c'est tactiquement très con si une fois sur place tu veux faire partir ça en mode black bloc).

Bref, je n'irai pas reprocher à une meuf d'être trop agressive lorsqu'elle est la cible d'une violence sexiste ; par contre je pense que c'est bien de garder cete notion de tactique dans un coin de sa tête, et se dire « ok, là peut-être que ça risque de faire flipper d'autres personnes, je vais voir avec elles avant ». Je suis pas à dire que, disons, les personnes trans, puisque c'est l'exemple donné avec « Die Cis Scum » dans le premier article, devraient tout le temps être super pacifistes pour à la fois donner une bonne image des personnes trans et éviter de faire flipper des personnes trans qui ne sont pas sur ce mode. Par contre, je pense que c'est bien d'essayer de réfléchir au contexte, aux conséquences, pour déterminer si à un moment T l'approche « vénèr » est la meilleur option ou pas (par exemple dans une manif LGBT vénèr, ça peut avoir un sens ; s'il s'agit de faire l'accueil de jeunes personnes trans qui viennent avec leurs proches, ça parait pas terrible).

Il me semble que pour ça il est effectivement nécessaire de sortir de l'individualisme : c'est possible de se poser la question de la tactique quand tu prends le temps de réfléchir à plusieurs, de savoir ce qui le fait ou pas pour les différentes que ça implique, etc. Clairement, un média comme Twitter, qui privilégie l'instantanéité et où les discussions (privées) de groupe sont très compliquées, ne favorise pas ça du tout.

Du coup j'en reviens à ma rengaine : là encore, il n'y a pas que Twitter dans la vie, Internet c'est pas que le web, il y a des outils vieux mais qui marchent quand même pas mal, comme des mailings lists, etc.

Conclusion

Cet article est déjà très long, alors je ne vais pas m'étaler encore dans la conclusion. J'ai juste livré quelques réflexions personnelles sur le sujet de la « violence » dans le milieu cyber-militant. J'espère que certains trucs auront vaguement fait sens chez certaines personnes. Pour ma part, la rédaction de cet article m'aura un peu plus persuadée que si parler de « militantisme » sur Internet peut avoir un vrai sens (et pas juste au sens libéral de permettre son propre développement personnel), l'élaboration d'un projet militant un peu collectif ne peut pas se faire sur une des grande plate-formes de réseau social actuelle, et particulièrement Twitter. Je ne veux pas dire par là qu'il faut absolument fermer son compte, mais que le format encourage plus la réaction impulsive et individuelle (et donc un certain côté « défouloir ») que l'élaboration collective.

Et cet article se finira comme il l'a commencé, avec une citation un peu troll[2] de Trotsky revu par Suck My Glock!

"Mais alors, en quoi votre tactique se différencie-t-elle de celle du patriarcat ?" nous demandent les pontifes du libéralisme.

Vous ne le comprenez pas, faux dévots ? Nous allons vous l'expliquer. La terreur du patriarcat était dirigée contre les femmes et les LGBT. Nos Commissions Extraordinaires fusillent les machos, les violeurs, les généraux qui s'efforcent de rétablir l'ordre patriarcal. Vous saisissez cette... nuance ? Oui ? Pour nous, féministes, elle est tout à fait suffisante.

Notes

[1] L'usage sur Internet semble montrer que stalking ne serait pas exactement un synonyme de harcèlement, j'avoue que je m'y perds un peu puisque pour moi ça veut dire à peu près la même chose ; peut-être encore un cas où on pourrait gagner en clarté avec moins d'anglicismes...

[2] Je tiens quand même à préciser que je ne défends pas spécialement les propos de Lev dans ce texte. J'aurais plutôt tendance à trouver que c'est un de ceux que j'ai lus de lui avec lequel j'ai le plus de mal : écrit en plein contexte de guerre civile (ce qui se ressent évidemment), il y défend non seulement la nécessité de la terreur d'État, mais également de la militarisation du travail, et utilise une approche « la fin justifie les moyens, je fais ce qui doit être fait » qui ferait passer Jack Bauer dans 24 heures chrono pour un sale droit-de-l'hommiste. Par contre je trouve très drôle l'adaptation pour parler de lutte féministe, où on a plus l'habitude de lire « le féminisme n'a jamais tué personne » que des textes justifiant de fusiller nos ennemis.

dimanche 17 mai 2015

La place des lesbiennes et des meufs trans dans la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie

Avant-propos

Le texte qui suit vient à la base d'un évènement organisé par le collectif féministe Apocalipstick en 2012, à l'occasion de l'IDAHOT (International Day Against HOmophobia and Transphobia). Plus exactement, le texte a été rédigé à partir des notes prises pour la présentation qui introduisait la discussion.

La place des lesbiennes et des meufs trans dans la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie

Le 17 mai, c'est la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et la transphobie. Une occasion de rappeler que les oppressions des personnes homos et trans existent toujours. En tant que groupe non-mixte constitué de lesbiennes et/ou de meufs trans, nous avons décidé de profiter de l'occasion pour visibiliser les manières spécifiques dont l'homophobie et la transphobie interagissent avec la misogynie, et pour parler plus particulièrement de lesbophobie (oppression subie par les lesbiennes) et de transmisogynie (oppression subie par les meufs trans).

L'aspect légal

Depuis décembre 2004, les propos à caractère homophobes sont condamnés par la loi ; ou, plus exactement, les injures, appels à la haine, etc., proférés « en raison de l'orientation sexuelle » d'une personne. Les propos transphobes ne sont pas condamnés à l'heure actuelle, mais beaucoup d'associations LGBT ont comme revendication d'inclure « l'identité de genre » à la liste des discriminations interdites[1]. Si, pour notre part, nous ne comprenons pas vraiment en quoi interdire les propos insultants et discriminations en raison de l'« identité de genre » est censé protéger contre la transphobie – si un employeur refuse de recruter un homme trans, il nous paraît peu probable que cela soit parce qu'il est un homme, ou parce qu'il a une identité de genre d'homme (deux facteurs qui semblent en général plutôt bénéfiques sur le marché du travail), mais plutôt parce qu'il est trans (facteur beaucoup moins bénéfique sur le marché du travail, cela va sans dire) – on peut au moins se dire que l'idée d'une condamnation légale des propos homophobes et transphobes semble progresser, ce que l'on pourrait interprêter comme une avancée.

Un problème de cette « reconnaissance légale », qu'il s'agisse de l'homophobie mais également du racisme, du sexisme, etc., c'est qu'elle se fait sans prendre aucunement en compte les rapports de classe et d'oppressions, et qu'elle place de façon complétement symétrique les oppresseurs et les opprimé·e·s : on ne parle pas d'homophobie, de racisme, de sexisme, mais de discrimination en fonction de l'orientation sexuelle, de la race, ou du sexe. Et comme on refuse de prendre on compte qu'il y a des oppresseurs et des opprimé·e·s, il devient possible d'inverser les oppressions, cela permet par exemple à l'extrême-droite de porter plainte contre Houria Bouteldja pour « racisme anti-blanc ».

Par ailleurs, si les discriminations sexistes sont théoriquement condamnées par la loi, tout comme les injures « en raison du sexe », il n'y a pas de prise en compte de l'oppression sexiste subie au quotidien, qui, souvent, ne prend pas la forme d'insultes ou d'agressions assumées, mais de « compliments », de drague relou, de paternalisme, de coups de klaxons, etc. En ce domaine, on ne peut pas feindre de croire que les choses vont dans le bon sens : ainsi, le 4 mai dernier, le conseil constitutionnel a abrogé la loi condamnant le harcèlement sexuel, légalisant de facto celui-ci[2].

La misogynie subie par les lesbiennes et les meufs trans

Si nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer l'homophobie et la transphobie de manière « générale » (et en ce domaine comme dans les autres, force est de constater que le neutre est toujours le masculin), c'est parce que, en tant que lesbiennes et meufs trans, nous subissons la misogynie tous les jours.

Cette misogynie, c'est notamment, comme pour toutes les meufs, le harcèlement quotidien dès que l'on sort dans la rue, à base de drague par des inconnus, de remarques sur notre physique, de regards insistants, de sifflements ou encore quand un type nous suit quand on rentre le soir ou quand on se fait mettre une main aux fesses par un connard dans le métro ; bref, c'est le fait d'être toujours ramenée au statut d'objet sexuel, de morceau de viande sur pattes, et dans ce domaine, nous ne sommes pas dupes : même les remarques considérées comme les moins violentes et prononcées avec le sourire servent à nous rappeler, au cas où nous aurions pu l'oublier, que les hommes estiment avoir tout pouvoir sur nous.

Cette misogynie, elle prend aussi des formes un peu différentes parce qu'on est lesbienne et/ou meuf trans.

  • Sexualisation et exotisation des lesbiennes et des meufs trans, envahissement de la vie privée et de l'intimité physique.
  • Réactions parfois plus violentes quand on est visible comme meuf trans ; parfois comme lesbienne aussi, mais un peu d'une autre façon peut-être.
  • Pour les meufs trans, peur de répondre, de crier, …, de peur d'être « captée » comme trans et que l'agression sexiste ne soit doublée de transphobie.
  • Pour les meufs trans, difficulté à faire reconnaitre qu'elles ont vécu une agression sexiste (carte d'identité, tout ça), et difficultés accrues pour porter plainte.

Tout ça n'est pas pris en compte pas les enquêtes sur les LGBT-phobies car relevant du sexisme, ou parce qu'il est difficile de savoir s'il s'agissait d'une agression sexiste, transphobe ou lesbophobe : c'est un peu dur d'aller voir un agresseur pour lui demander « excuse-moi, tu m'insultes parce que je suis une meuf, ou alors c'est parce que tu as capté que j'étais lesbienne ? Ou encore, parce que tu as capté que j'étais trans ? ». Par conséquent, seule une petite fraction des agressions qu'on subit peuvent être reconnues comme lesbo/transphobes.

Visibilité des oppresseurs

Lorsqu'on regarde un peu quels sont les oppresseurs et les agresseurs qui sont visibilisés et dénoncés en tant que tels, et ceux qui passent à travers les mailles du filet, on constate qu'il n'est pas forcément inutile de lier cela à d'autes axes d'oppressions. Il y a par exemple plus de facilité à montrer du doigt certains types d'agresseurs que d'autres, et à stigmatiser certaines populations (racisés plutôt que blancs, musulmans plutôt que cathos (et athées), plutôt les pauvres que les riches (qui sont éduqués, eux), les banlieues plutôt que les quartiers bourges, etc.). De même il est plus facile de dénoncer l'homo/transphobie dans d'autres pays plutôt que dans la nôtre, et plus de facilité à dénoncer l'homophobie et la transphobie dans ces pays qu'à relayer les luttes locales menées par des personnes LGBT.

Il est par ailleurs parfois plus facile de considérer que quelqu'un est homophobe, misogyne, lesbophobe, transphobe, si c'est quelqu'un qu'on ne connait pas que si c'est quelqu'un du groupe (de la famille, des amis, …). De plus, l'oppression plus insidieuse (paternalisme, non prise au sérieux, etc.) est souvent plus difficile à dénoncer que les insultes directes ; or, souvent la misogynie prend cette forme là. Par conséquent, il est très bien de de dénoncer les oppressions à l'extérieur, mais quand on le fait au sein d'un groupe on se fait trasher, et dès que l'on nomme les oppressions, on est considérée comme méchante, violente, inquistrice, …

Conclusion

Les meufs trans et les gouines ne subissent pas simplement l'homophobie et la transphobie, mais également la misogynie, et le fait que ça ne soit pas souvent pris en compte chez les LGBT conduit à une invisibilisation, tout comme le fait que la lesbophobie et la transmisogynie ne soient pas pris en compte dans les mouvement féministes hétéro/cis.

À partir du moment où nous vivons dans un système patriarcal (entre autres), on ne peut pas se contenter de demander une prise en compte par la loi. Il est aussi nécessaire de lutter pour combattre ces oppressions, et qu'elles ne soient plus invisibilisées. En attendant, pour pouvoir continuer à survivre dans ce monde de merde, il est nécessaire de pouvoir compter sur la solidarité féministe et d'essayer de faire en sorte qu'on puisse apprendre à se défendre (auto-défense féministe).

Notes

[1] Depuis la rédaction de ce texte, le critère de « l'identité sexuelle » a été ajouté dans la loi.

[2] Celui-ci a néanmoins été réintroduit quelques mois plus tard.

jeudi 26 juin 2014

Bienveillance

« Bienveillance », c'est un bien joli mot. Être bienveillant, au final, c'est être gentil, et qui voudrait ne pas l'être ? Et lorsque des groupes militants érigent la bienveillance comme principe de fonctionnement et comme mode de régulation, il ne s'agit plus uniquement d'être gentil, mais d'être dans le camp des gentils, histoire de ne pas être dans le camp des méchants. Dans l'axe du mal, en quelque sorte.

Ce qui est fabuleux, avec la bienveillance, c'est le nombre de fois où tu peux te prendre des pains dans la gueule par des gens avec un sourire aimable, qui ne veulent que ton bien. Si on regarde l'oppression sexiste, par exemple, il est clair que celle-ci se perpétue en bonne partie par bienveillance, par ces hommes qui ne te laissent pas porter quelque chose de lourd de peur que tu te blesses, qui te font des reproches quand tu manges de peur que tu ne grossisses, qui viennent te draguer lourdement de peur que tu ne passes la nuit seule dans ton lit (ou en tout cas sans eux). De même, c'est sans doute par bienveillance que des parents ne veulent surtout pas que leurs enfants deviennent lesbiennes, gays, bi·e·s, ou trans. Et lorsque des psychiatres bloquent l'accès de personnes trans à des hormones ou à de la chirurgie, ils le font toujours par bienveillance (c'est pour leur bien, après tout, ces personnes-là ne savent pas vraiment ce qu'elles veulent et ne réalisent pas les implications d'une transition, qu'il vaut mieux leur épargner).

Bref, il paraît clair qu'il est facile d'être un oppresseur et d'être bienveillant : c'est le principe des dominants, finalement, d'avoir le sentiment de légitimité de penser faire le bien mieux que les autres.

Quand on est opprimée, ce n'est pas si facile. À force de se prendre des coups de toute part, il devient plus difficile de continuer à être bienveillante envers ceux qui les portent. On aurait peut-être envie d'être un peu malveillante, à vrai dire. D'envisager de répliquer de manière qui ne nous place pas dans le camp des gentils. Heureusement, l'injonction à la bienveillance vient corriger cela : «pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font», ou, autrement dit, si on te frappe sur la joue droite, présente spontanément l'autre joue.

En cela, l'injonction à la bienveillance, de même que celle à la non-violence ou à la tolérance, est une autre façon, sans doute plus positive pour des milieux alternatifs, de vouloir préserver la paix sociale, c'est-à-dire l'ordre établi. Bref, des outils de dominants, qui aussi bienveillants soient-ils dans leur conception, ont surtout pour effet de faire taire les personnes opprimées un peu trop énervées.

Bien sûr, les bienveillants alternatifs, contrairement aux bienveillants machos et agresseurs, ont compris ce qu'il y avait de problématique lorsque l'oppression prenait un visage souriant, et vont peut-être même applaudir lorsque tu dis qu'«il y a un moment où il faut sortir les couteaux». Mais avec l'addendum non verbalisé : tu peux sortir les couteaux, ta colère, voire ta malveillance contre les Vrais Machos Agresseurs, mais pas contre eux. Eux, ils se donnent du mal, ils font des efforts, et ils mériteraient plutôt que tu leur fasses des cookies pour les récompenser de leur bienveillance. Eux, ce sont tes Alliés, au moins dans les paroles, alors il serait malavisé de malveiller.

Et si tu t'obstines à être du côté des Méchantes, ne te fais pas d'illusion, parce que bienveillance ne veut pas dire bisounours et que préserver la paix sociale vaut bien quelques dommages, fussent-ils collatéraux. Alors, avec un sourire chaleureux, une petite tape sur l'épaule et un mot de compassion, ils te jetteront dehors, te cracheront dessus et te détruiront. Et ils t'achèveront avec l'insulte suprême : «je ne visais que ton bien».

dimanche 1 juin 2014

Rien à battre

Régulièrement, je vois fleurir des discussions sur la gestion des agresseurs et la notion de changement, rédemption, etc., c'est-à-dire : certes, on a viré un agresseur il y a un certain temps, mais c'était il y a un bout de temps, de l'eau a coulé sous les ponts, et peut-être qu'il faudrait revoir ça et lui permettre à nouveau de se repointer.

En gros, ce qu'il se passe, c'est que dans le mileu anar/punk/antifa, comme dans le reste de la société, il y a des mecs qui sont des agresseurs. Il y a aussi un schéma qu'on voit, je trouve, apparaître fréquemment, c'est le gars plutôt inséré dans le milieu, qui est reconnu parce que c'est le chef — mais il faut pas dire chef, parce qu'on est chez les anars — d'un groupe politique, ou alors parce qu'il fait de la musique dans un groupe, ou parce qu'il est artiste, etc. Ce type profite de son petit prestige local pour pécho des gens (en général des filles, parfois des garçons) qui sont vachement plus jeunes ou qui débarquent dans le milieu.

Alors sans doute que le mec reconnu socialement n'est pas systématiquement un agresseur, en attendant c'est quand même la situation idéale pour qu'il y ait des rapports de domination. Peut-être qu'il s'agit d'une stratégie consciente, ou peut-être inconsciente, ou peut-être juste que certains de ces gars-là ne se posent pas de question mais en tout cas, le résultat c'est que tout est fait pour qu'il y ait une situation de domination renforcée d'un individu sur un autre, et dans la grande majorité des cas d'un mec sur une meuf.

Et donc, souvent, il y a des agressions. Des fois, on en parle (souvent, non, parce que la victime, dans ce cas, elle sait que vu les rapports de domination elle va s'en prendre plein la gueule si elle rend l'affaire publique). Et des fois, l'agresseur est tricardisé, c'est-à-dire est exclu d'un lieu, voire parfois de plusieurs, voit ses concerts ou ses affiches annulées, se paie une vaguement sale réputation.

C'est à ce moment là qu'il y a le genre de discussions dont je parlais au début, celles où on se dit que c'est sans doute pas la solution idéale — je veux bien l'admettre, la solution idéale ce serait qu'il n'y ait pas ces agressions —, celles où on se pose des questions sur la « culpabilité » d'untel ou d'untel, sur la durée de ces exclusions, sur la capacité des gens à changer, etc. En gros, l'idée, c'est qu'il y a peut-être des gars qui ont changé depuis, et que voilà, prononcer une exclusion à vie, ce n'est peut-être pas très juste.

Et vous savez quoi ? En fait, à l'heure actuelle, je n'en ai rien à battre, de savoir si c'est juste ou pas, de savoir si parmi les quelques gars tricards il y en a qui ont vraiment changé ou qui sont « innocents » ou « repentis ». Ça peut paraître cruel, je vais peut-être passer pour une grosse connasse, mais c'est sincère.

Pour expliquer pourquoi, je vais prendre l'exemple d'un concert antifa plutôt chouette, qui a eu lieu il y a un bon bout de temps (un an ? deux ?) mais qui doit être le dernier gros concert auquel je suis allée. Je vais faire la liste complète des meufs qu'il y avait sur scène :

Voilà. Non, j'ai pas oublié de faire la liste : il n'y avait aucune meuf sur scène. Alors voilà, c'était un concert de Oi! trop bien, avec des groupes que je kiffais, et c'était un chouette moment, mais quand même : pas une seule meuf sur scène ? Sérieusement ?

Je pourrais prendre d'autres exemples. Je pourrais faire la liste des lieux dans lesquels je ne peux pas mettre les pieds parce que je vais y croiser quelqu'un qui a agressé une copine. Je pourrais faire une liste des cas où des féministes un peu trop grandes gueules se sont retrouvées tricardisées, non pas à cause d'agressions qu'elles auraient commises, mais parce qu'elles avaient eu le malheur de dénoncer des comportements machistes. C'est pas toujours, et même rarement, une tricardisation officielle, mais ça marche aussi bien, voire mieux.

À côté de ça, les gars tricardisés pour agression ne le sont pas tant que ça, tricardisés. D'ailleurs, ils mettent régulièrement en avant les trucs qu'ils font avec des groupes militants anarchistes/antifas/etc pour dire « regardez, eux me virent pas, donc c'est que je suis fréquentable, hein ? ». Parce que oui, pour un lieu militant qui vire effectivement un gars outé pour agression, t'en as plusieurs qui l'accueillent à bras ouverts. À l'inverse, les meufs qui ont été agressées (ou simplement qui ont dénoncé un agresseur), elles, se retrouvent régulièremet exclues de fait d'espaces où elles militaient, pas par une décision officielle mais parce qu'elles ne se sentent plus en sécurité. Et le pire, c'est que c'est aussi un argument utilisé pour dire que les agresseurs devraient pouvoir revenir : regardez, la meuf qui a été agressée, elle ne vient plus, de toute façon, alors ça ne changera rien qu'il revienne, si ? Et puis ce serait dommage de s'en priver, il a tellement de potes/joue dans un groupe tellement bien/est un tellement bon artiste/etc.

Donc, non, j'irais pas pleurer sur les éventuels types qui seraient tricards de lieux militants pour agressions mais qui seraient « innocents » ou qui auraient changé. Ne serait-ce que parce que je ne me fais aucune illusion : malgré leurs tricardisations ponctuelles, ces types auront toujours largement plus de place que moi dans ces milieux, donc ça me paraît absurde de parler par exemple de « réhabilitation », alors qu'ils sont déjà plus « habilités » que moi. On peut juste les « habiliter » encore plus, ce qui me paraît pas franchement souhaitable.

Et en fait, je crois que ça me gave vraiment que dans des milieux où y'a une très grosse majorité de mecs cis blancs hétéros, où les meufs ont souvent une place plus que limitée, toute discussion portant sur la gestion ou la prévention des violences finissent par tourner autour des pauvres petits agresseurs qui ont tellement changé. À côté de ça, à chaque meuf qui ne revient plus jamais parce qu'elle s'est faite agresser et que ça n'a pas été gérée, ou parce qu'elle s'en est pris plein la gueule en dénonçant un comportement sexiste, personne ne s'offusque, personne ne hurle à l'exclusion, tout le monde s'en balance.

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