Lacets rouges et vernis noir

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dimanche 25 octobre 2015

À propos de l'inclusion des mecs trans dans les espaces non-mixtes féministes

Vu que je me suis résignée à poster mon article précédent ici, je me suis dit que je pouvais aussi être un peu courageuse et y poster mes réflexions actuelles sur l'inclusion des mecs trans dans les espaces non-mixtes féministes.

J'ai un peu peur en écrivant cet aricle de me faire traiter de transphobe ou de « TERF »[1], mais à un moment il faut oser assumer un peu ses convictions (ou du moins ses reflexions) et à défaut de me faire des potes ça me permettra au moins d'être un peu plus droite dans mes rangeos.

Donc en gros, ma position est la suivante : dans l'absolu, je ne suis pas contre que de tels espaces existent (même si personnellement ils me branchent moyennement et que je me sens plus à l'aise dans un espace non-mixte meufs que dans un espace qui inclut des mecs, fussent-ils trans). Cependant mon expérience directe ou indirecte de ces espaces m'amène à penser que la plupart des temps, c'est quand même bien foireux. Voilà donc un certain nombre de reproches que j'ai à leur faire, même si certains arrivent plus ou moins à échapper à ce que je peux pointer ici.

L'inclusivité hypocrite

Imaginez la situation suivante. Vous organisez une soirée (une projection, un concert, peu importe) où vous proposez de la bouffe. Vous le mettez en avant sur l'affiche, et vous insistez dans votre affiche sur le fait qu'il y aura aussi de la bouffe vegan[2]. Arrive le moment de la soirée, et là vous ne proposez que des hot-dogs avec des saucisses de viande. « Oui mais quand même, vous défendez vous, il y a bien du pain qui est vegan ! ».

C'est un peu le statut d'un certain nombre de non-mixité « sans mecs cis » : les mecs trans sont inclus, oh oui, mais quand même le tract de la manif non-mixte n'arrête pas de répéter « nous les meufs, nous les meufs, nous les meufs », et à la fin tout le monde se congratule en disant « ah ça fait du bien de faire une manif sans mecs ! ».

Désolée, mais ça s'appelle du foutage de gueule. Si tu prétends inclure des mecs trans parce qu'ils subissent de la transphobie, à un moment donné il faut avoir des actes en accord avec ce que tu annonces, et ne pas prétendre qu'on est « entre meufs » ou « sans mecs », prendre des précautions pour faire en sorte que les mecs trans présents ne soient pas malgenrés, parler de la transphobie qu'ils subissent, ne pas supposer que parmi les LGBT[3] présent·e·s à la marche il n'y aura que des « LBT » et donc pas de gays (si tu inclus les mecs trans, tu inclus a fortiori les gays trans), etc.

Si t'inclus des mecs trans, t'inclus des mecs trans. Ça implique que t'es pas juste entre meufs ; perso, c'est pour ça que je ne suis pas fan de cette non-mixité, mais si on décide que c'est comme ça on l'assume. On invite pas des gens à venir à un truc pour leur cracher à la gueule ou faire comme s'ils n'étaient pas là.

Les raisons douteuses à l'inclusion

Une autre raison qui fait que j'ai souvent du mal avec l'inclusion des mecs trans dans les espaces non-mixtes féministes, c'est les raisons parfois mises en avant pour cette inclusion.

Je ne dis pas qu'il ne peut pas y en avoir de bonnes. Dire « les mecs trans subissent de la transphobie et on veut aussi bosser là dessus parce qu'ils n'ont vraiment pas une place terrible dans (le truc sur lequel on essaie de bosser) alors on les inclut aussi, vu qu'en plus la transphobie c'est aussi pas mal lié au patriarcat » ? OK, ça se tient, pas de souci.

Par contre quand les raisons c'est « oui mais quand même les mecs trans ils ont eu une socialisation de meufs, je suis sûre qu'ils ont beaucoup à nous apprendre sur le sexisme vu qu'ils ont connu les deux côtés » :

  1. C'est super exotisant.
  2. Ça se base sur un argument de la « socialisation » qui est le même argument parfois utilisé, dans l'autre sens, pour virer les meufs trans de tels espaces. Certes peut-être que toi tu veux pas les virer, mais tu leur fais quand même passer le message qu'elles ont intérêt à bien la fermer et à être toutes gentilles et mielleuses quand elles se prennnent des trucs de merde si elles ne veulent pas avoir des soucis.

Dans le genre « inclusivité des mecs trans qui vire à la transphobie », il y a aussi la tendance à considérer que les mecs trans ne sont pas vraiment des mecs (et donc les meufs trans pas vraiment des meufs). Même si les milieux inclusifs ont appris à ne pas dire les choses aussi frontalement. Y'a le mauvais transphobe, tu vois, il va dire que les mecs trans c'est des meufs et que les meufs trans c'est des mecs, et puis il y a les bons inclusi·f·ves, qui von dire que les mecs trans c'est des AFAB[4] et les meufs trans des AMAB[5] et ne plus parler qu'en ces termes essentialisant, mais ça n'a rien à voir, tu comprends ?

Bien sûr, il y a aussi beaucoup de cas où il n'y a pas de raison mise en avant, et où cette non-mixité est juste présentée comme allant de soi. Ce qui certes permet de ne pas mettre ouvertement en avant une raison transphobe, mais permet également aux gens pour qui l'inclusion des mecs trans est évident « parce que fondamentalement, ça reste des meufs » de ne pas être contredits.

Quelles sont les conséquences pour les meufs trans ?

On a vu précédemment que donner de mauvaises justifications (ou ne pas en donner du tout) pouvait avoir des conséquences néfastes sur les meufs trans et sur la place qu'elles pouvaient prendre dans de tels espaces.

Un autre point qu'il me semblerait intéressant d'aborder, c'est les rapports mecs/meufs. Car, oui, introduire des mecs veut dire qu'on introduit des rapports de domination mecs/meufs. Certes, ces rapports ne sont pas exactement les mêmes que pour les mecs cis, pas spécialement parce que les mecs trans seraient plus doux ou par nature moins misogynes, mais parce qu'ils sont trans, ce qui veut dire qu'ils peuvent subir de la transphobie. Si on ajoute à ça le simple argument mathématique (les personnes trans sont numériquement peu nombreuses dans la société en général), il en ressort qu'ils ont intérêt à « se tenir à carreau » dans de tels espaces.

Du moins, face à une meuf cis. Face à une meuf trans, ça ne marche pas tout à fait comme ça : celle-ci ne pourra pas compenser son statut de dominée sur l'axe mec/meuf par un statut dominant sur l'axe cis/trans. Pire, lorsqu'on parle de rapport de genre mecs trans/meufs trans, il n'est pas rare d'entendre, y compris dans de tels espaces « inclusifs », que l'axe misogyne classique ne s'applique pas parce que... hé bien oui, on en revient aux arguments évoqués précédemment : une meuf trans aura eu une éducation de gars, pas le mec trans, donc au final peut-être bien que c'est lui le dominé dans ce cas, non ?

Bref, la conséquence de cette belle inclusivité peut être, pour des meufs trans, de se retrouver dans des espaces où elles ont autant à subir des gars, mais pourront encore moins protester lorsqu'il leur arrive un truc sexiste.

Génial.

On m'objectera peut-être l'argument que d'un point de vue, là encore, purement mathématiques, il peut être plus intéressant pour des meufs trans qu'il y ait plus de personnes trans en général (et donc d'inclure aussi les mecs trans) afin d'être plus nombreuse et nombreux à lutter contre la transphobie. Je pense que ce n'est pas totalement faux, mais que c'est à nuancer par le fait que l'oppression que subissent les femmes trans (transmisogynie, pour employer des gros mots compliqués) est assez spécifique par rapport à la transphobie en général[6]. Sans compter qu'en pratique cette forme de non-mixité inclut plus facilement certains parcours et certains discours de mecs trans que d'autres.

 Qui inclut-on vraiment, et qui est le "on" qui inclut ?

Ce qui m'amène à la question : qui sont ces mecs trans qu'on inclut vraiment dans cette non-mixité ? En réalité, l'expérience aurait tendance à me laisser penser que ça ne va pas attirer, loin s'en faut, tous les mecs trans, mais un sous-ensemble d'entre eux. Pour le dire plus clairement : un gars qui est perçu par un gars depuis des années et à qui ça va très bien aura en général moins tendance à aller dans un groupe féministe non-mixte composé essentiellement de meufs. À l'inverse, ça parlera plus soit à des mecs trans en début de transition, ou qui ne sont pas entièrement sur une identité de mecs. Et, j'aurais tendance à le penser, plus généralement des mecs trans qui vont moins râler que d'autres si on s'adresse à un groupe où ils sont en disant « les filles », si on les genre mal, si on les oute à des gens, etc.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il me semble que cette inclusion « sélectionne » d'une certaine façon les mecs trans qui vont vouloir y venir de façon à ce qu'ils correspondent à une vision des trans que les (meufs, en l'occurrence) queers cis aiment bien, c'est-à-dire :

  • qu'ils n'expriment pas qu'ils sont tout autant de « vrais hommes » ou de « vraies femmes » que des hommes ou des femmes cis ;
  • qui sont clairement exotiques visibles : ils sont trans, ils sont fiers d'être trans, c'est cool, il n'y a pas à se faire engueuler parce qu'on les a outé à quelqu'un d'autre ou à se faire avoir parce qu'on a dragué une meuf en pensant qu'elle était cis alors qu'elle était trans ;
  • qui « subvertissent » le genre, quoi que ça puisse bien vouloir dire.

Je tiens à préciser qu'il ne s'agit pas de reprocher aux personnes qui peuvent se retrouver là dedans les trucs évoqués ci-dessus, mais de voir qu'en prétendant « inclure » largement, en fait on a des personnes cis (qui sont, majoritairement, celles qui décident de qui inclure ou pas) qui se font une représentation des personnes trans et qui choisissent ensuite une « inclusivité » qui leur permet de valider cette représentation. Tu te dis que, quand même, ayant eu un vécu « de fille », les mecs trans doivent quand même avoir une certaine sensibilité féministe, et tu fais en sorte que seuls eux se pointent à tes trucs, ce qui prouve bien que tu avais raison. Ce truc m'a frappée quand on discutait avec une copine des discours que tenaient ce genre de personnes sur les mecs trans, et on rigolait en disant « mais si elles rencontraient Machin, ou Truc, elles déchanteraient vite ». Sauf que là on a tilté qu'elles ne rencontreront jamais Machin ou Truc (ou, tout du moins, n'iront jamais imaginer qu'ils sont trans) parce que de fait ils ne se pointeront jamais à un évènement de ce style.

 Bref...

Comme je l'ai dit au début, je ne suis pas opposée en principe à des espaces féministes qui incluent des mecs trans, même si dans les faits les expériences que j'ai pu en avoir et qui ont pu m'être relatées sont loin d'être toutes satisfaisantes. Certaines solutions sont parfois utilisées pour les mitiger un peu :

  • parler dans ce cas de « mixité choisie » plutôt que de non-mixité me semble plutôt aller dans le bon sens, puisque ça a l'avantage au moins d'éviter de transmettre le message « meufs, mecs, tout ça c'est un peu pareil » ;
  • ne pas forcément partir qu'il y a une non-mixité (ou mixité choisie) idéale qui va de soit et qui pourrait s'appliquer pour tout parce que ce serait le truc radical du moment, mais plutôt adapter aux circonstances concrètes, réfléchir au message que ça peut donner, à quelle justification on donne, etc. ;
  • réfléchir un peu à la communication, et se dire que peut-être si tu fais une affiche pour un évènement "meufs gouines trans"[7] avec une affiche montrant une meuf cis se faisant un auto-examen gynécologique, peut-être que le message que tu envoies n'est pas que ça inclut les meufs et gouines cis et trans et les personnes trans autre que des meufs, mais juste les personnes nées avec une chatte, peu importe comment elles se définissent ;
  • bref, de manière générale, être un peu carrées politiquement, ce qui dans le marasme actuel est sans doute plus facile à dire qu'à faire.

Et surtout, il me semble que ce serait plutôt pas mal d'arrêter de sortir l'argument « si vous ne voulez pas inclure les mecs trans, c'est que vous êtes transphobes », parce que j'espère avoir démontré ci-dessus que, parfois, c'est celui/celle qui le dit qui l'est, na.

Post-scriptum : tu parles pas des non-binaires !

Je me rends compte après avoir écrit ce billet que je ne parle pas du tout de l'inclusion des personnes non-binaires et que des gens seraient foutus de me le reprocher. Je tiens donc à dire que cette question me paraît assez indépendante de celle de l'inclusion des mecs trans : si le but est d'inclure les personnes non-binaires, on peut tout à fait d'envisager une non-mixité du type « sans mecs » (donc : meufs et personnes non-binaires) qui n'inclurait pas, en revanche, les mecs trans, ce qui pourrait poser d'autres questions, mais hors du champ de cet article.

Il y aurait cependant beaucoup à dire sur les discours majoritaires du moment concernant ces notions, et les problèmes qu'ils posent, notamment en terme d'essentialisme et de transphobie[8], mais cela sort un peu du cadre de ce billet et mériterait d'être approfondi dans un article à part (en attendant, je vous invite à vous référer à cet article sobrement intitulé "Le non-binarisme me rend malade", publié dans le numéro zéro de Suck My Glock!).

Notes

[1] Trans Exclusionary Radical feminist

[2] Sans produits animaux : ni viande, ni lait, fromage, etc.

[3] Lesbiennes, Gays, Bi·e·s, Trans

[4] Assigned Female At Birth

[5] Assigned Male At Birth

[6] Surtout lorsqu'il s'agit de positions dans des espaces communautaires, ce dont on parle en l'occurrence ; évidemment il y a des points communs sur l'accès aux soins, au changement d'état civil, à la transphobie administrative, etc.

[7] Cette formulation n'est elle-même pas sans poser problème, cf cet article.

[8] Il n'y a qu'à voir la multiplications des occurrences des expression "AFAB" et "AMAB" (respectivement Assigned Fe/Male At Birth) pour voir qu'on en revient à une classification selon notre sexe de naissance qui ne déplaira pas aux transphobes ; ou encore les termes « transfeminine »/« transmasculine », censés déconstruire la binarité, mais qui fait qu'un mec trans serait forcément masculin et une meuf trans forcément féminine.

dimanche 16 août 2015

Interrogation à propos des termes « cismec » et « cismeuf »

Remarque préliminaire

Ce qui suit est plutôt un débat interne entre féministes (et plutôt entre certaines féministes qui utilisent des réseaux sociaux) ; j'ai conscience qu'il pourra un peu sembler asbcons à pas mal de lectrices et lecteurs et je doute à vrai dire de la pertinence de parler de cela aussi publiquement.

À vrai dire, ce texte devait au départ uniquement être diffusé au sein de certains groupes féministes sur des réseaux sociaux. Cependant, ces groupes étant sur Facebook, je me suis retrouvée face à une sorte de dilemme moral. D'abord, Facebook est une société capitaliste dont le business model est de garder ses utilisateurs et utilisatrices dans ses filets en les incitant à ce que tout le contenu qu'ils voient soit lui-même sur Facebook. Par ailleurs, Facebook a une politique aux conséquences transphobes en obligeant ses utilisateurs et utilisatrices à mettre leur « vrai nom », de nombreuses personnes trans (ou pas, d'ailleurs) ayant vu leur compte supprimé car des gens rapportaient que ce n'était pas leur vrai nom.

Il me semblait donc assez peu cohérent au final de publier un tel texte directement sur Facebook, permettant ainsi sa reproduction sur ce réseau, ce qui revenait donc à travailler gratuitement pour une entreprise ayant une politique transphobe.

Voilà pourquoi j'ai choisi de le diffuser à la place sur mon blog ; ce mode de diffusion ne me paraît pas exactement idéal non plus, mais étant donné les circonstances, il me semblait le moindre mal.

Interrogation à propos des termes « cismec » et « cismeuf »

Récemment j'ai vu l'apparition des termes « cishomme », « cismec », « cisfemme », « cismeuf ». Je voudrais m'interroger (et éventuellement interroger les gens qui les utilisent, qui auront peut-être plus de réponse que moi) : mais qu'est-ce que ça veut bien dire ?

Pour être claire : je sais ce que veut dire « cis »[1]. Ce qui m'interroge c'est cette « fusion » de deux mots pour n'en faire qu'un. Quel est le but de l'opération ? Y-a-t-il seulement un but, ou s'agit-il uniquement de s'amuser à créer des néologismes parce qu'on peut ?

Mais revenons un peu en arrière. Cette façon de procéder (fusionner deux mots ensemble en les collant l'un à l'autre) est assez rare, il me semble, en langue française ; il est en revanche bien plus fréquent en langue anglaise. Il y a quelques années, c'était les termes « transman » ou « transwoman » qui étaient ainsi souvent utilisés. L'usage a, me semble-t-il, évolué, sous l'impulsion des militant·e·s trans qui estimaient que cette façon d'écrire les mots était une autre façon de remettre en cause le fait que les femmes trans étaient des femmes et les hommes trans des hommes, « trans » n'étant plus un adjectif mais changeant carrément le mot, impliquant que les hommes ou femmes trans, qui se reconnaissent pourtant comme homme ou femme, seraient une sorte de « 3ème genre » (Julia Serano aborde notamment ce point au début de son livre, Whipping Girl[2]).

Là, on a quelque chose d'un peu différent en apparence, puisqu'il s'agit non pas de supprimer l'espace pour les personnes trans, mais pour les personnes cis. Je ne suis pas sûre de la volonté des utilisateurs et utilisatrices de ce terme, mais comme il s'agit d'une sphère militante qui fait attention à l'utilisation des mots, je suppose que ce n'est pas juste un choix esthétique aléatoire et qu'il y a un message politique derrière.

On pourrait envisager que ce message politique soit le suivant : inverser le « stigmate », et au lieu d'avoir la dichotomie transphobe dénoncée ci-dessus avec d'un côté les « femmes » et « hommes » (supposé·e·s cis) et de l'autre les « transfemmes » et « transhommes » (pas tout à fait des hommes et des femmes, donc), avoir la dichotomie avec d'un côté « femmes » et « hommes » (supposé·e·s trans) et l'autre les « cisfemmes »et « cishommes ». Je suis sceptique sur cet usage, pour deux raisons :

  1. je ne pense pas qu'on puisse inverser des rapports d'oppression aussi facilement, et même si c'était la volonté des utilisateurs et utilisatrices de ce mot, dans les faits ma crainte est que cela revienne aux même choses qu'à la logique transphobe, c'est-à-dire de considérer que « homme cis » et « homme trans » sont deux genres différents, tout comme « femme cis  » et « femme trans » ; et dans un monde transphobe, ce n'est pas aux personnes cis que cela sera préjudiciable (notamment losqu'il s'agira d'exclure certaines catégories de femmes d'évènements féministes non-mixtes) ;
  2. j'ai l'impression que les gens qui utilisent ce terme continuent régulièrement par ailleurs à utiliser « homme » comme signifiant par défaut « homme cis » (et pareil pour « femme »), donc soit ce n'est pas pour cette raison qu'ils et elles le font, soit cela montre bien que cela ne marche pas.

Dans tous les cas, et sans connaître les raisons de cet usage, mais en m'aventurant juste sur ses conséquences, je doute fortement que cela soit à terme une bonne chose pour les personnes trans et je crains que cela serve surtout à renforcer des logiques transphobes, amenant à considérer que les hommes trans ne sont pas vraiment des hommes et les femmes trans pas vraiment des femmes. Certes, de manière peut-être plus subtile et polie que la version excluante plus frontale, mais au final toute aussi néfaste. De même, je m'interroge sur les conséquences à long terme (notamment pour les femmes trans) de certaines tendances qui se veulent « inclusives » et qui pour cela se donnent beaucoup de mal à expliquer que les hommes trans ne sont quand même pas vraiment des hommes, ou encore rajoutent « cis » partout y compris quand ce n'est pas approprié et plutôt excluant qu'autre chose (pour prendre un exemple de ça : prendre en compte tes privilèges c'est bien, mais préciser « femmes cis » quand tu parles de femmes victimes de sexisme ça revient juste à nier le sexisme que subissent les femmes trans). Bref, il me semble que l'inclusivité, c'est bien beau, mais que si on applique certains trucs un peu bêtement le remède est parfois pire que le mal...

Notes

[1] Pas trans, quoi.

[2] pp29-30 très exactement